La nouvelle dimension qu’apporte la note verbale du ministre congolais des Affaires étrangères est une preuve de la détermination de Kinshasa de ne pas tergiverser sur tout ce qui touche à sa souveraineté nationale.
La Rdc n’a pas fini de décolérer sur les propos on ne peut plus discourtois du Commissaire européen au Développement, le Belge Karel De Gucht. Ce dernier confondant ses propres pulsions liées à la politique belge en Rdc, a estimé que du côté congolais il n’y aurait pas d’interlocuteurs et par conséquent, l’aide européenne y apportée ne donnait aucun résultat. Karel De Gucht aurait été à son premier geste, on pourrait penser à une erreur de parcours.
On pouvait donc lui donner la chance de s’amender. Tout le monde sait pourtant que les propos de Karel De Gucht, toujours à la limite de l’injure, sont devenus courants. C’est une obsession. On peut donc, le jugeant, dire que l’erreur est humaine, mais y persévérer est diabolique.
La réaction diplomatique
Cette fois, le gouvernement congolais, par le ministre des Affaires étrangères, a tenu à manifester officiellement sa désapprobation aux propos du Commissaire européen en charge du Développement. Avant que la Commission se soit prononcée sur cette protestation de la Rdc, il ne pouvait être question, entre-temps que Karel De Gucht revienne sur le lieu du crime, ne fut-ce que par simple décence.
La Rdc n’attend pas que la Commission européenne désapprouve le Belge De Gucht. Même dans le cas où, comme une certaine presse belge semble le soutenir, Karel De Gucht aurait tenu ces propos à la dictée de toute la Commission européenne, la Rdc attendait que la Commission assume ces propos. Il n’y a pas que la Commission européenne qui a une certaine responsabilité collective avec ses commissaires. La Rdc a également une certaine responsabilité devant ses institutions et son peuple.
En termes clairs, la Commission européenne se tromperait si elle pensait que la Rdc serait obligée de tout subir de voir déversée sur elle toute la puissance européenne. C’est donc une provocation, voire une insulte que d’envoyer Karel De Gucht à Kinshasa où il ne trouverait aucun interlocuteur pour signer des contrats d’une aide qu’il sait d’avance qu’elle ne servira à rien.
Puisque la Commission européenne sait que d’ici fin janvier, Karel De Gucht ne sera plus à son poste et que son successeur pourrait bien faire le déplacement de Kinshasa sans provocation, le mieux à faire aurait été d’attendre le départ de De Gucht, sinon donner une moindre explication à ce comportement dont l’incongruité n’échappe à personne. Ne pas tenir compte de toutes ces susceptibilités, c’est verser dans la provocation, dans l’humiliation qu’aucun Etat souverain ne peut accepter. Karel De Gucht n’est donc pas le bienvenu à Kinshasa.
Puisque Karel De Gucht ne quitte pas le gouvernement européen, il n’a que changé de poste en passant de Développement au Commerce, la Commission a intérêt à le rappeler à l’ordre. Dans le cas contraire, la Rdc en tirera toutes les conséquences, même dans le cas où la Commission européenne serait « le donateur divin ». La Rdc n’acceptera aucune aide humiliante. C’est ce que le ministre congolais des Affaires Etrangères a écrit à la Commission européenne le 2 janvier 2010. Dans cette note verbale, Alexis Thambwe Mwamba s’indigne des propos tenus le 16 décembre dernier par Karel De Gucht au cours d’un débat sur le Congo au Parlement européen.
Le ministre congolais des Affaires étrangères estime que ces propos constituent un mauvais procès sur le fonctionnement de l’Etat congolais « dans des termes aux relents notoirement racistes, irrespectueux et irresponsables ». Après cette protestation et étant donné le silence de la Commission, on est étonné que la presse belge s’étonne que le Karel De Gucht soit, en attendant, persona non grata à Kinshasa.
Il n’y a rien de grave dans cette décision des dirigeants congolais, à moins de nous faire croire qu’entre la Commission européenne et les partenaires africains, régnerait la loi du plus fort. Il faut être dans une certaine logique belge pour ne pas comprendre la logique congolaise. Si la Commission était conséquente avec elle-même, puisqu’elle assume les propos du Commissaire européen, le Belge De Gucht, elle ne devrait pas envoyer cet homme dans un pays sans interlocuteurs.
Un appât sans attrait
On fait miroiter à la Rdc le montant de 278,5 millions d’euros devant servir aux dix projets. En refusant de recevoir le porteur de ces millions, n’est-ce pas que Kinshasa aide la Commission européenne à ne pas jeter son argent par la fenêtre? Même si le successeur de Karel De Gucht, Andris Pielbags Letton s’inscrivait dans la logique injurieuse de Karel De Gucht qui sera ainsi transformée en une logique européenne, la Rdc aura le choix entre sa dignité et cette aide racistonéocolonialiste. Et si l’intérêt européen sur la Rdc passe par des lunettes belges, comme veut nous le faire croire une certaine presse belge, et tant que la position belge sera contre la souveraineté et la dignité de la Rdc, l’aide européenne ne sera pas attendue en Rdc.
Comme il n’y a pas d’interlocuteurs et d’Etat en Rdc, pas besoin que Karel De Gucht sollicite un visa. Il n’a qu’à prendre son avion et atterrir dans ce non Etat et qu’il y faire ce qu’il veut. Il peut même, comme Henri Morton Stanley, inaugurer son Etat sur ce vaste territoire. S’il perd son temps à solliciter un visa, il est vrai que dans l’état actuel des choses, sa venue en Rdc n’étant pas une opportunité, « toute demande de visa serait considérée comme une provocation ». Même si Karel De Gucht devenait le messie; l’envoyé de Dieu, Kinshasa refusera avec raison de l’accueillir. Si la Commission européenne n’a jamais vu un pays lui fermer la porte, elle sera servie cette fois.
Il n’a jamais été dans l’intention des dirigeants congolais d’engager un bras de fer avec la Commission européenne. Mais ce pays ne peut pas ne pas réagir contre les injures et la provocation faciles de Karel De Gucht. Si la Commission européenne se dit solidaire des propos injurieux de ce récidiviste, c’est elle qui engage le bras de fer contre la Rdc. Il faudra qu’elle en donne des raisons. Si aussi, la Commission, comme le prétend une certaine presse belge, a poussé Karel De Gucht à la provocation contre Kinshasa afin de se donner des raisons de retarder, voire de geler son aide à ce pays, elle a pris inutilement un long et tortueux chemin. Puisque l’intervention à chaud de Lambert Mende, ministre congolais de la Communication et des Médias, avait laissé les dirigeants européens indifférents, il était normale que le ministre des Affaires Etrangères utilise la voie diplomatique pour porter la protestation de Kinshasa jusqu’aux sourde oreilles de la Commission.
La nouvelle dimension qu’apporte la note verbale du ministre congolais des Affaires Etrangères est une preuve de la détermination de Kinshasa de ne pas tergiverser sur tout ce qui touche à sa souveraineté nationale. Il n’y a pas d’imprudence à ce sujet. Il était plutôt imprudent de la part de Karel De Gucht de penser qu’utilisant la tribune européenne pour verser contre la Rdc un venin belge, il réussirait à détourner la vigilance des dirigeants congolais.
Encore une fois, à moins d’avoir un parti pris, on ne peut pas estimer que c’est Kinshasa qui aurait apporté à la tribune européenne les querelles belgo-congolaises. L’initiative, dans la crise belgo-congolaise comme dans ce qu’on peut appeler la querelle euro-congolaise, est venue du Belge Karel De Gucht. Assez de faire peur à la Rdc en présentant la réaction de l’institution européenne à la note verbale de Kinshasa comme la perspective de la fin du monde avec le ciel qui s’abattrait sur le Congo.
Joachim Diana G./L’Avenir
(CL/TH/GW/Yes)