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Le franc congolais déprécié est de moins en moins accepté par les commerçants de Bukavu qui exigent des dollars pour l’achat des produits alimentaires importés. Les moins favorisés, qui n’en ont pas, se rabattent sur les produits de la région moins cher. La production locale se développe.

A Bukavu, le dollar est roi. Tous les prix sont affichés en billet vert, même ceux des produits alimentaires. Les commerçants se prémunissent ainsi contre la baisse du franc congolais qui se change actuellement à 900 Fc pour 1 $ contre 665 Fc au début de 2009. «Nous anticipons les prix pour ne pas vendre à perte suite à la dépréciation du franc congolais», affirme John Bihinda, vendeur de riz importé du Pakistan.

Certains en profitent pour spéculer, majorant à la hausse des prix des produits alimentaires importés – riz, sucre, poissons salés, huile d’arachide, viande de bœuf, farine de froment, etc. – déjà très importantes. Un sac de riz de 50 kg coûte 55 $ au lieu de 24 $ au début de l’année et celui de sucre a doublé. D’autres refusent désormais les francs congolais. Cette scène observée à l’entrée du dépôt DATCO au centre-ville, le lundi 7 décembre, est significative : «Pour ceux qui veulent acheter, j’ai besoin de dollars et non de francs congolais», avertissait à haute voix Isabelle Julia, vendeuse d’huile végétale.


Zita Bujiriri, une ménagère de la commune d’Ibanda, qui voulait faire provision de farine de maïs pour sa famille, est rentrée chez elle les mains vides. «Je viens d’acheter des dollars au taux de 950 Fc, mais je n’ai pas réuni les 22 $ qu’on me demande pour 25 kg de farine de maïs», confiait-elle. Selon l’économiste Placide Bihembe, l’insuffisance de production locale rend les commerçants plus puissants. «Le gouvernement évite de faire pression sur eux, car ils tiennent l’économie du pays», ajoute-t-il.

Ceux qui ne détiennent que des francs congolais, en majorité des gagne-petit, n’ont plus leur place dans les marchés et magasins de Bukavu. Bien que les prix des produits de première nécessité soient affichés en francs congolais, tout se vend en dollars. Les cris des vendeurs approchant les clients font fuir ceux qui n’en n’ont pas, essentiellement les agents de l’Etat dont les salaires sont versés en francs congolais et les villageois venus s’approvisionner en ville.

Des produits locaux moins chers

Ne pouvant acheter en dollars des produits importés très coûteux, de nombreux Bukaviens changent petit à petit d’habitudes alimentaires et se rabattent sur les produits locaux. «Dans certains ménages, on prépare désormais la nourriture avec de l’huile de palme moins chère que l’huile qui nous vient de l’étranger», constate Freddy Cikala, de l’association des jeunes foyers de la commune de Bagira. Dans d’autres familles, on n’ajoute plus de farine de maïs à celle de manioc pour fabriquer la pâte, comme c’est l’habitude.

Au marché de Mudaka, à environ 18 km de Bukavu, les clients affluent en quête de produits locaux. On y vend tomates, oignons rouges, œufs, pommes de terre et haricots… Un kilo de farine de manioc y coûte 600 Fc alors que celle du Rwanda est vendue 1 000 Fc.

Certains commerçants viennent l’acheter à Mudaka en gros pour la revendre à Bukavu. Un litre d’huile de palme produite à Bunyakiri, à 75 km de Bukavu, coûte 1 000 Fc, deux fois moins que l’huile importée. «Il nous manque seulement les routes, mais nous amenons une grande quantité d’huile de palme», précise André Hamuli, transporteur sur l’axe Bukavu-Bunyakiri.

Certains opérateurs économiques et politiciens ont acheté depuis deux ans des terres et cultivent dans les territoires du Sud-Kivu. À Kalehe (60 km de Bukavu), l’ancien questeur de l’Assemblée nationale produit des tonnes des maïs, de manioc et des patates douces, qui sont vendues localement.

Le président de la Fédération des entreprises du Congo produit aussi du riz dans la plaine de la Ruzizi, région frontalière du Burundi. D’autres ont investi dans l’élevage et commencent à fournir Bukavu en lait et viande de bœuf.

SYFIA/Le Potentiel


(TH/GM/PKF)



Last edited: 08/01/2010 10:42:19

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