Dans ses perspectives, il n’a pas seulement lutté pour les intérêts de sa propre famille mais aussi de ses contemporains. Quant au professeur Biyoya, il a dit que son collègue Nguya-Ndila a presque tout dit sur l’action diplomatique de Léopold II.
La salle de spectacle de Wallonie-Bruxelles dans la commune de la Gombe a abrité le samedi 19 décembre dernier une conférence-débat organisée par la Fondation Roi Léopold II à l’occasion du centenaire de sa mort.
La conférence-débat a été rehaussée de la présence de l’ambassadeur de Belgique en Rdc, M. Dominique Struye de Swielande et d’un public nombreux et varié.
Avant toute chose, le secrétaire général de la Fondation Roi Léopold II, Me Jean Daighout K. Kitamuka a prononcé une allocution. Il a expliqué la motivation de la création de cette fondation : « La fondation Roi Léopold II a été créée pour pérenniser la mémoire du fondateur du Congo mais aussi contribuer au parachèvement de l’oeuvre du Roi Léopold II en République Démocratique du Congo tel qu’il ressort de nos objectifs. »
Il a souhaité que se tienne, dans le cadre de l’année du Cinquantenaire, un colloque dont le thème serait : « La coopération belgo-congolaise, 50 ans après, bilans et perspectives ».
Nous reviendrons plus loin sur la présentation de la fondation. Quatre orateurs, tous professeurs d’universités ont été invités à développer des sous-thèmes en rapport avec le thème central ci-dessous.
Il s’agit du Professeur Nguya-Ndila (juriste) qui a développé : « Œuvre du Roi Léopold II : Stratégie et conquête », du Professeur Kalele Kabila (sociologue) qui a planché sur « L’action de Léopold II : quelques leçons à tirer », du professeur Philippe Biyoya (internationaliste) qui a parlé de « l’action diplomatique de Léopold II » et du professeur Isidore Ndaywell (historien) qui a parlé de « La création de l’Etat Indépendant du Congo, de sa gestion et de sa cession à la Belgique en 1908 ».
La trilogie léopoldienne : science, philanthropie, diplomatie
Le professeur Nguya-Ndila a dit que le Roi Léopold II est un génie créateur. Il a bâti sa stratégie de conquête de l’Etat indépendant du Congo sur une trilogie qui a payé : science, philanthropie et diplomatie.
S’agissant de la science, dit-il, Léopold II a organisé en 1876 la Conférence géographique de Bruxelles à laquelle prennent part des savants qui ont la connaissance de l’Afrique. Deuxième élément : Léopold II avait une politique philanthropique basée sur l’humanisme.
Enfin, le souverain belge a été un fin diplomate. Il a développé une action diplomatique de grande envergure en ayant des contacts utiles avec Bismarck, le chancelier allemand de l’époque qui l’a soutenu dans son projet de conquête pendant que la France et le Portugal avaient tenté d’étouffer son projet dans l’œuf.
Trois leçons à tirer de l’action de Léopold II
Le professeur Matthieu Kalele Ka’bila, lui, a tiré trois leçons essentielles de l’oeuvre de Léopold II, à savoir son grand talent diplomatique, sa grande détermination d’avancer, sa vision à très long terme.
Parlant de son talent diplomatique, le professeur Kalele s’est posé la question de savoir comment un roi d’un petit pays comme la Belgique qui venait de sortir de la colonisation hollandaise a pu convaincre les puissants de l’époque pour la réussite de son projet ? Et l’orateur de prendre l’exemple des Songye : celui qui veut devenir chef passe par une école initiatique où on lui fait subir différentes épreuves et on lui apprend comment décoder des énigmes et des mystères.
La grande détermination du souverain belge : en dépit de l’environnement politique qui ne lui était pas propice, il a poursuivi son projet contre vents et marées. Bref, il a pu tailler son chemin dans le roc. Enfin, Léopold II a eu une vision à très long terme.
Dans ses perspectives, il n’a pas seulement lutté pour les intérêts de sa propre famille mais aussi de ses contemporains. Quant au professeur Biyoya, il a dit que son collègue Nguya-Ndila a presque tout dit sur l’action diplomatique de Léopold II. Il s’est limité à faire des commentaires en insistant sur le fait que le souverain est un fin manœuvrier, un fin tacticien.
La création, la gestion et la cession de l’E.I.C. à la Belgique.
Vint enfin le tour du professeur Isidore Ndaywell qui, en plus, fait partie de la commission scientifique du Commissariat du Cinquantenaire institué par une ordonnance présidentielle. D’emblée, il a dit qu’il ne partage pas l’idée de l’immortalisation de la mémoire de Léopold II.
C’est pourquoi il ne s’est pas mis debout lorsque le secrétaire général de la Fondation prononçant son discours, a invité l’auditoire à garder une minute de silence en mémoire de Léopold II.
Par contre, à la fin de son exposé, Ndaywell a demandé au même auditoire à se mettre debout en mémoire des milliers victimes des exactions commises par le régime léopoldien au Congo. C’était amusant !
L’Etat indépendant du Congo, dit l’historien, fut créé le 1er juillet 1885 et a duré 23 ans. 1er juillet était la date de la fête nationale. Le 1er juillet 1935 était célébré le cinquantenaire du Congo.
Il détient des photos montrant un grand défilé ce jour-là à Vivi (la première capitale du pays). Ce n’est qu’en 1960 que cette date a changé et devint le 30 juin. Léopold II, toujours à en croire le prof Ndaywell, rêvait de faire de la Belgique un grand pays qui souffrait encore des difficultés énormes consécutives à sa séparation avec la Hollande, sa puissance colonisatrice. (à suivre)
DL/L’Avenir
(BT/PKF)