L’entrée du CNDP au gouvernement dans le remaniement qui s’annonce avec persistance ne fait plus de mystère mais l’ex-mouvement rebelle y va avec de telles enchères qu’il ne rassure plus et compromet même l’aboutissement des tractations
L’entrée plusieurs fois annoncée, mais pas encore formalisée du CNDP(Conseil National pour la Défense du Peuple) au gouvernement est au centre du débat au sein de la classe politique congolaise. A en croire les derniers pourparlers entre officiels de Kinshasa et des délégués de cet ex-mouvement rebelle dernièrement à Goma, sous la surveillance de la « Facilitation internationale », un accord définitif serait intervenu entre « parties » pour une cohabitation non conflictuelle au sein d’une nouvelle équipe gouvernementale.
Pendant que des questions de fond et de forme se posent quant à la participation du CNDP au sein d’un gouvernement que le législateur réserve exclusivement aux partis et plates-formes sociétaires de la majorité parlementaire, celle qui tourmente de nombreux esprits et celle de savoir si les ex-rebelles méritent la confiance de leurs partenaires au pouvoir. L’interrogation vaut d’autant que les compagnons du général Bosco Ntaganda brillent par des volte-face qui continuent de faire passer leur groupe pour une nébuleuse.
Un vivier pour les mouvements insurrectionnels ?
Les Congolais en quête de paix et de réconciliation s’inquiètent particulièrement d’un mouvement politique qui a du mal à couper totalement les amarres avec sa branche militaire et don les éléments armés n’ont pas tous répondu à l’appel à l’intégration et au brassage au sein de l’armée nationale. Le CNDP s’apparente de plus en plus à un vivier où tous les « apprentis sorciers » viennent s’approvisionner pour tenter de remettre le Nord-Kivu sur le chemin de la guerre. Les Forces Armées de la République Démocratique du Congo sont devenues la cible des Ong de défense des droits de l’homme et de plusieurs structures, très critiques vis-à-vis des opérations Kimia I et II, à cause précisément du comportement, que l’on qualifierait de « voyou », des soldats « brassés » du CNDP, dont la connexion avec les « forces négatives » internes et étrangères reste très prononcée.
Que deux « aventuriers » nommés général Gad et lieutenant-colonel Nsengiyumba aient réussi à les embarquer dans un énième mouvement insurrectionnel ne peut que susciter doute et suspicion quant à l’engagement de ceux qui prétendent avoir renoncé aux armes de respecter effectivement leur serment. Rien ne garantit qu’après l’écrasement dans l’œuf de cet embryon de rébellion, le Masisi soit définitivement à l’abri de l’insécurité provoquée par des inciviques en armes.
Beaucoup croient que si l’armée nationale a pu venir rapidement à bout des troupes de Gad et Nsengiyumba, c’est probablement parce que celles-ci ont compris, après l’évaluation des forces en présence sur le terrain, que leur aventure militaire ne pouvait aller loin, compte tenu du déploiement du verrou de Kimia II, auquel veillent les FARDC et la Monuc. Il y a aussi l’absence d’un appui militaire étranger, par exemple ougandais ou rwandais.
Un « mariage » de tous les dangers
Compte tenu des incertitudes que font peser les fils égarés du CNDP et leur leadership politique sur les institutions de la République, nombre d’observateurs pensent que la prudence devrait être de mise avant le chambardement de l’architecture institutionnelle actuelle. Il y a à se demander si ces seigneurs de guerre qui se manifestent à l’annonce d’un remaniement jusque-là contraire aux normes constitutionnelles ne seraient pas la pointe qui cache l’iceberg de nouvelles ambitions politiques ayant pour soubassement la lutte armée.
Le raccourci des armes a tellement bien payé dans ce pays que l’on ne serait pas surpris qu’après que le CNDP aura eu sa part du « gâteau » politique, après celui de son intégration sans frais dans l’armée nationale, d’autres apprentis sorciers gagnent leurs galons militaires et des postes politiques par le recours à la même recette. Certes, il y a nécessité de faire la paix sans tirer un seul coup de feu, mais lorsque des actions de complaisance avec ceux qui sèment la mort à l’Est ne met pas un terme au cycle des rébellions, il serait difficile de décourager les maîtres chanteurs qui écument cette partie de la République et que peuvent susciter d’autres coins du pays.
Kimp./Le Phare
(DN/Tkm/GW/Yes)
Last edited: 31/12/2009 17:33:00