La crispation est au top dans les milieux politiques où l’on attend anxieusement le remaniement trop annoncé du gouvernement au point que les ministrables donnés pour exclus de la nouvelle équipe de l’exécutif sont aux abois sans plus savoir à quel saint se vouer
Le chef de l’état, joseph Kabila a-t-il donné l’occasion aux ministres en fonction de passer l’année 2009 sous cette étiquette de membre de gouvernement ? Cela nous étonnerait. Une chose est vraie, jugé imminent, le remaniement du gouvernement n’interviendra pas avant 2010. Joseph Kabila et Adolphe Muzito attendraient-ils l’évaluation annoncée pour mars de l’année prochaine ? Cela est possible.
Dans une certaine opinion on pense que le Chef de l’Etat serait dans l’embarras entre remanier et changer le gouvernement jusqu’au Premier ministre. C’est ici que les intérêts s’entrechoquent. Le remaniement prend un autre sens. Et souvent, ce n’est pas le même sens que lui donne le Chef de l’Etat en sa qualité de chef de la majorité.
Pour certains, le remaniement est une occasion de mettre en pratique la politique de ôte-toi de là que je m’y mette. C’est une occasion rêvée pour les uns de réaliser leur rêve de devenir ministre ou vice-ministre. Rien n’est certain que ceux qui se bousculent feront mieux que ceux que l’on semble décrier actuellement. Un remaniement qui serait une réponse aux agitations diverses n’apporterait rien. Bien au contraire, il engagerait le pays à une espèce de saut vers l’inconnue. Personne ne sait de quoi seront capables ceux qui pourraient venir en masse au sein du gouvernement en ce moment où les objectifs sont plus clairs.
Au plan économique, il est question de maintenir le cap vers la réussite du Peg. Ne fut-ce que pour ce besoin d’aller vers le point d’achèvement, tout changement intempestif du gouvernement peut être une cause d’échec. A la rigueur le Chef de l’Etat et le Premier ministre devraient s’imposer la logique selon laquelle: « On ne change pas l’équipe qui gagne ». C’est ici que l’on peut se demander s’il y a nécessité de changer tout le gouvernement ou s’il ne serait opportun que d’opérer des changements chirurgicaux?
Une vielle lutte
En réalité, la demande de changer le gouvernement n’est qu’un caprice qui n’étonne personne. Elle n’obéit à aucun critère objectif. L’on se souviendra que dans la majorité, beaucoup n’avaient jamais adhéré à l’idée d’une coalition qui aurait pour conséquence, le partage du pouvoir. Si on n’en est pas arrivé là, on doit cela à Joseph Kabila seul. Dans la majorité donc, on s’était trouvé obligé d’accepter ce fait accompli. Cependant, chaque fois que l’occasion se présentait, on tentait d’y aller par forcing. Les raisons ne manquaient pas pour convaincre le Chef de l’Etat à la nécessité ( ?) de changer d’animateur du Gouvernement. L’une des raisons qu’on entend plus, c’est que les chantiers ne démarrant pas, le Chef de l’Etat courait le danger de ne pas être réélu en 2011. Il fallait donc changer le gouvernement pour que les chantiers démarrent.
Maintenant que les chantiers ont effectivement démarré, on devrait s’attendre à ce qu’on abandonne l’idée de changer à tout prix de Premier ministre. Curieusement, soit on ne considère plus le démarrage des chantiers comme un critère important dans l’appréciation de l’action du gouvernement soit on dit que ce succès ne reviendrait qu’au Chef de l’Etat.
Pour également trouver de raison d’accuser son chien de rage afin de le noyer, on s’est attardé sur les résultats économiques. La signature du programme avec le Fmi devrait éloigner toute idée de changer le gouvernement. Bien au contraire, plus le gouvernement aligne des succès, plus il énerve ceux qui l’attendaient sur le chemin de l’échec. Comme pour se convaincre eux-mêmes, les antigouvernementaux crient de plus en plus fort pour dénoncer l’inaction du gouvernement.
A quoi tiendrait cette inaction lorsque les chantiers ont effectivement démarré et qu’économiquement tout espoir est permis avec la perspective de l’atteinte du point d’achèvement ? Cela nous rappelle l’attitude des Juifs devant faire le choix entre Jésus et Barabas. Mettez-le à la Croix, criaient-ils. Pourquoi ? Mettez-le à la croix, criaient-ils encore et de plus belle. L’objectif, apparemment, c’est de pousser le Chef de l’Etat à jouer au Ponce Pilate. Les raisons de Kabila ne sont pas celles des agitateurs.
C’est peut-être cela qui retardera le remaniement du gouvernement. Une chose est vraie, Joseph Kabila n’empruntera jamais cette voie. En termes clairs, il ne changera de gouvernement qu’au regard des résultats jusque-là obtenus et en fonction des résultats attendus. Comme on ne peut plus reprocher le gouvernement d’avoir échoué dans son programme avec le Fmi, on a déplacé le critère d’appréciation. Cette fois, le gouvernement est jugé sur le social.
Ce qui est déplorable, même les membres de la majorité s’y trompent, c’est qu’on pense que le gouvernement aurait la capacité d’obtenir le social par décret. Et pourtant, honnêtement, le démarrage des chantiers et la signature du programme avec le Fmi, constituent la fondation du social. Car, on ne peut prétendre améliorer le social si on ne se débarrasse pas de cette tourde dette, si on ne bénéficie pas des appuis budgétaires et si on ne réalise pas le programme d’infrastructure tel que prévu dans le cadre de Cinq chantiers.
Personne de bonne foi ne peut parler de l’échec du gouvernement tout en reconnaissant l’effectivité des cinq chantiers et la réussite de la démarche auprès de Fmi. L’opposition, quant à elle, a tout intérêt à ce que la majorité se brouille avec des changements des gouvernements. Lorsqu’un gouvernement qui a aligné des résultats doit être changé de telle sorte que la majorité se trouverait devait une nouvelle équipe gouvernementale qui devra faire ses preuves, l’opposition ne peut qu’y trouver matière à placer des critiques. On peut se demander pourquoi les critiques les plus acerbes ne sont adressées qu’au gouvernement. Pourquoi l’opposition ne s’intéresse-t-elle que très peu de la magistrature, du parlement,... ?
Chacun selon son intérêt
On peut poser la même question sur le compte de la majorité. Elle est à peine critique envers les autres institutions que le gouvernement. Pour l’opposition, on ne le dira jamais assez, la meilleure façon de diviser la majorité, c’est de jouer sur les alliances. Aujourd’hui, aucun parti de l’opposition ne tolère une majorité Amp-Palu-Udemo solide et soudée jusqu’aux prochaines élections de 2011. Les dirigeants de l’opposition ne s’en cachent pas, séparer le Palu de l’Amp permettrait d’ouvrir le jeu des alliances en 2011.
Curieusement, même au sein de la majorité, beaucoup ne rêvent que de la fin de cette alliance. Les motivations sont différentes. Certains leaders de la majorité ont le sentiment que le Palu serait venu manger leur pain. Lorsqu’on sait que l’une des valeurs de cette coalition était le rétablissent de l’équilibre Est-Ouest, on comprend pourquoi la lutte pour le changement d’alliance à une couleur provinciale. En termes clairs, ce sont plus les leaders du Bandundu membres de l’Amp qui en veulent à Muzito et au Palu. Leur argument, c’est qu’ils seront à même de jouer le rôle qu’on reconnaît au Palu.
Ce n’est pas par hasard que ce sont les leaders du Bandundu, membres de l’Amp qui ont entrepris de déstabiliser le Palu notamment en allant exhumer Thérèse Pakasa et la placer en position non seulement de revendiquer la légitimité au Palu, mais de mettre en cause celle de Antoine Gizenga comme chef du parti. Ce sont également ces leaders du Bandundu, du Kwilu en plus qui professent l’évangile de l’échec du gouvernement.
Kabila n’écoute pas les chants des sirènes
Le malheur pour eux, c’est qu’ils sont convaincus que Kabila se décidera sur base des sondages fabriqués derrière la case, comme disent les Kinois ou encore qu’il prendra pour vérité d’Evangile les élucubrations des gens qui ont leur ambition derrière eux à tel point qu’elle les aveugle et peut les conduire dans un trou.
Certains sont tellement aveuglés au point d’oublier qu’il existe des critères pour participer au gouvernement. Il est question de disposer d’un certain nombre de députés. Si on est seul au parlement, comme une perdrix sans « enfants », on peut crier haut et fort, le remaniement ne pourra avoir lieu que pour les mêmes partis politiques. A part quelques exceptions, les partis qui participent au gouvernement et qui sont les plus concernés par cette opération, ne s’agitent pas. Par contre, ce sont les exclus qui sont aux abois. Ils veulent voir tout chambardé dans l’espoir qu’ils pourraient se glisser et occuper même un bout de pouvoir comme membre du gouvernement.
Joachim Diana G./L’Avenir
(DN/TH/GW/Yes)