La tempête apaisée à ce jour de la polémique soulevée tout récemment à l’Assemblée nationale par la motion du député Ngoma Kosi Abdul qui a failli emporter le ministre des Transports et Voies de communication avait comme face invisible et immergée de l’iceberg l’acquisition par l’entreprise publique Régie des voies maritimes, RVM, du navire Ngole Iliki (nom d’un ancien dirigeant de l’entreprise), une unité des plus pimpantes de sa flotte navale. Le député en question et qui est tout de même un enfant maison de la RVM où il avait longtemps œuvré avant d’arracher son mandat à la représentation nationale était apparu à première vue habilité à dénoncer les tares qui se commettent dans l’entreprise.

C’est sans doute pour cette raison que ses pairs lancés dans la chasse aux sorcières contre les mauvais gestionnaires du patrimoine national se sont joints à lui sans tergiverser. Et la motion, comme on se le rappelle, avait sérieusement soulevé des vagues tandis que son initiateur arrachait la vedette du titre de redresseur des mœurs et de remonteur des consciences.

Le ministre des Transports qui était parfaitement au parfum de la vérité dans le dossier était si imperturbable dans son assurance de n’être point en cause qu’une bonne partie de la représentation nationale trouva son attitude arrogante pour jurer de le couler. Or la vérité était toute autre. Le dossier de la motion était mal ficelé au point de disqualifier son auteur au fur et à mesure que se déroulait le débat.

Finalement, spectaculaire retournement de la situation, le ministre défendit et démontra tellement bien la régularité de l’opération dénoncée autour de l’acquisition du navire au centre de l’affaire, que même les premiers alliés de l’initiateur de la motion se rétractèrent et votèrent contre ladite motion ainsi rejetée par un massif désaveu à l’Assemblée nationale.

Gestionnaire de bonne foi se considérant mal compris

 Evidemment de tels cas de retournement de situation sont rares, et plus d’un dans l’opinion a continué à garder le doute en suspectant un subterfuge de manipulation de la représentation nationale. En quelque sorte on pouvait soupçonner une manœuvre d’étouffement du dossier par les responsables de l’entreprise visés en fait dans la louche opération suspectée d’irrégulière acquisition de Ngole Iliki. On pouvait croire que le député aurait raté son coup parce que ne faisant pas le poids devant la puissante entreprise  RVM appelée d’ailleurs la Gécamines de la province du Bas-Congo. Comment extirper dans les esprits ce sentiment de doute qui pouvait subsister autour de l’achat du navire Ngole Iliki ?

Voilà dans quel contexte le responsable de la RVM indirectement mis en cause dans le dossier a jugé en toute conscience opportun de faire toute la lumière sur l’acquisition du navire Ngole Iliki. C’est le comportement compréhensible de tout gestionnaire de bonne foi se considérant mal compris que de mettre les points sur les i, comme on dit. La RVM qui s’est sentie indirectement visée détenait le plus de preuves de clarification de la situation. D’après les éléments constitutifs du dossier, les remarques du député Ngoma ont paru s’écarter de la réalité des faits.

Dans un premier temps et pendant le chaud bouillonnement du feuilleton de l’inquisition parlementaire contre le ministre des Transports et Voies de communication, le numéro 1 de la RVM, le ci-devant Adg Robert Mbuinga, avait adressé au président de l’Assemblée nationale une correspondance l’informant de toute l’opération menée autour de l’achat du navire, en saisissant en copies de cette correspondance notamment le Premier ministre en personne.

Il est évident que la direction de l’entreprise ne pouvait laisser admettre des faussetés sur le dossier auprès d’une institution nationale ne pouvant saisir le fond du problème sans en connaître les tenants et aboutissants. L’Adg de la RVM, ci-devant Prof. Mbwinga Bila Robert ne pouvait qu’assumer ses responsabilités en dénonçant et s’insurgeant contre la supercherie cachée dans la démarche du député Ngoma Kosi.

 L’Adg s’est effectivement insurgé contre ce qu’il a qualifié « d’affirmations mensongères délibérément insérées par l’Honorable Ngoma Kosi Abdul dans la motion de défiance à l’encontre du ministre, « dans le but d’obtenir l’adhésion des honorables députés à sa démarche ». L’Adg indiquera, par exemple, qu’à « la page 2 du texte de la motion, l’initiateur de celle-ci, agent mécanicien au Chantier naval de la RVM et qui à ce titre connaît la nature de différentes activités de l’entreprise, accuse le ministre d’avoir inclus l’activité de dragage parmi les fonctions du navire Ngole Iliki ».

Et l’Adg de renseigner qu’à aucun moment, depuis les négociations pour l’achat dudit bateau jusqu’à sa réception officielle et même dans les interventions ultérieures pour sa présentation, il n’a été question d’une fonction de dragage pour ce bateau, ni de notre part, ni encore moins de la part de Son Excellence Monsieur le ministre des Transports et Voies de Communication ». Sic. La suite de l’indication donnée par le responsable de la RVM tranche net : « L’Honorable Ngoma Kosi a volontairement et malhonnêtement ajouté cette fonction qui est la seule que (le navire) Ngole Iliki ne peut pas remplir, puisqu’il n’est pas équipé pour ce faire, en vue de faire accréditer sa version d’inopérationnalité du bateau ».

Par ailleurs l’Adg considère que l’assertion du député selon laquelle « maintenir la drague Banana en état opérationnel à ce jour a été possible grâce à une enveloppe de 4,028 millions USD de financement additionnel de PMURR est une affirmation gratuite et mensongère, parce que l’ancien président de la délégation syndicale (de l’entreprise) qu’il est, participait aux réunions du Comité de gestion et qu’il sait que ce montant n’a jamais été mis à la disposition de la RVM par la Banque Mondiale dont les services peuvent être consultés pour apporter la preuve ».

Une contre-vérité de plus est relevée dans une autre affirmation du député indiquant « qu’il n’y a pas d’espace pour contenir une bouée dans ce navire », ce à quoi est aisément rétorqué par l’Adg que, « encore une fois, il s’agit non pas d’un avis, mais d’un mensonge parce qu’il suffit de lui demander de donner les dimensions d’une bouée par rapport aux espaces avant et derrière la timonerie pour se convaincre du caractère complètement fallacieux et mensonger d’une telle affirmation ».

Il en serait de même de la remarque signalant que le navire ne dispose pas « de matériels appropriés pour la bathymétrie, le balisage et la pêche ». La direction de la RVM considère à ce sujet qu’il y a refus délibéré de la part du député « de s’appuyer sur le rapport de l’état du bateau tel qu’il fut établi par les services de la RVM en date du 14 avril 2009 et dont il (député) détient un exemplaire, et qui décrit les équipements dont est doté Ngole Iliki, grâce auxquels il peut justement faire les sondages (2 sondeurs, 2 radars, 2 GPS, 2 ordinateurs), le balisage (2 mâts d’une capacité de charge de 20 T chacune) et la pêche (2 mâts pour l’attachement des filets, dispositif de nettoyage des poissons, 2 supports de filets, une chambre froide).

Il y a enfin le coût mis en relief de l’achat du navire, de même que des frais de transport. La direction de la RVM fait d’abord remarquer que ce bateau a navigué seul de Ostende en Belgique jusqu’à Boma. Quant aux frais de dédouanement dont fait aussi cas le député, il ne pouvait en être question puisque le bateau a été exonéré du paiement des droits de douane, s’agissant d’un investissement en rapport avec l’objet social de la RVM, tandis que les dépenses auxquelles est aussi faite allusion de réception, le député « omet volontairement d’en donner ou d’en demander les montants, cherchant seulement à produire un effet auprès de la représentation nationale, effet d’indignation qu’il cherche également à produire lorsqu’il dit que pour mieux utiliser le navire, il faut des travaux supplémentaires et coûteux ! ».

La suprême contre-vérité aura été celle d’affirmer que le ministre des Transports mis en cause a « apporté sa caution en présidant les cérémonies ». Et l’Adg de pousser presque une exclamation d’indignation en s’interrogeant : « Comment et pourquoi l’Honorable député qui est en contact permanent avec ses informateurs de Boma et de la RVM peut-il continuer de ne pas savoir en décembre 2009, c’est-à-dire 8 mois après la réception officielle de Ngole Iliki que cette cérémonie a été présidée par Son Excellence Monsieur le Vice-Premier ministre en charge de la Reconstruction ? ».

Quand le Premier ministre tient à avoir le cœur net !

Concrètement la correspondance du numéro 1 de la RVM devait intéresser le Chef du gouvernement se sentant concerné par l’opprobre qu’on voulait jeter sur un membre de son équipe. Il a effectivement signifié à l’Adg Mbuinga en retour de correspondance l’opportunité d’un contrôle sur terrain pour vérifier la situation, démarche à laquelle l’Adg ne pouvait que souscrire. Il acceptera dans ce contexte la mission de contrôle proposée par le Premier ministre qui a délégué à cet effet deux de ses conseillers que sont M. Alex Nkusu Ndongala et Romuald Ngulungu.

Ce duo des missi dominici de la primature s’est effectivement rendu à Boma au Bas-Congo, au siège d’exploitation de la RVM. Les échos de ce passage des envoyés spéciaux du Premier ministre à Boma où ils ont visité le navire Ngole Iliki sont édifiants sur les réalités qu’on avait voulu édulcorer autour de ce dossier.

Les conseillers Alex Nkusu Ndongala et son comparse Romuald Ngulungu furent reçus à Boma par les autorités de la place, en l’occurrence la Maire de la ville, ci-devant Mme Marie-José Nsuami qui leur a signifié l’importance que représentait pour sa juridiction et pour le pays même l’unité RVM qu’ils allaient visiter. Surtout dans le cadre de la réforme structurelle que le pouvoir venait d’y effectuer en la transforment en société commerciale appelée de ce fait à une plus grande rentabilisation de ses activités.

Les deux émissaires de la délégation de la primature présenteront à leur hôte l’objet de leur mission en indiquant que c’est suite au mémo que l’Adg de la RVM avait adressé quelques semaines auparavant au Premier ministre concernant le fonctionnement du bateau Ngole Iliki que le chef du gouvernement voulant connaître la situation réelle sur ce navire les avait dépêchés sur terrain à Boma pour lui rendre compte à la fin de leur mission.

Mais c’est au cours de la visite proprement dite des installations de la RMM, particulièrement du navire lui-même Ngole Iliki, que les envoyés spéciaux du Premier ministre ont pu se rendre compte et constater les réalités qui furent présentées avec malveillance sur l’acquisition de ce bateau. Une randonnée fluviale expressément organisée à cet effet leur permit de mieux palper les réalités de la prestance de Ngole Iliki sur lesquelles les techniciens dans les divers services de son exploitation ont fourni d’abondantes explications.

Ngole Iliki approprié à la réforme structurelle à la RVM

Les conseillers de la primature apprendront et constateront, par exemple, que dans la flotte de l’entreprise, il n’y a pas un autre navire qui est aussi bien équipée que Ngole Iliki acquise pour la première fois sur fonds propres générées par la RVM. Muni d’une coque impeccable, selon les techniciens du chantier naval, ce bateau a effectué très aisément son déplacement depuis le port d’Ostende en Belgique jusqu’au port de Boma.

Ngole Iliki est un chalutier de haute mer – à fortiori un bâtiment compétitif des eaux douces - conçu au départ pour la pêche mais ses équipements performants le prédisposent à des activités supplémentaires appropriées pour la RVM. Il y a la sonde du tirant d’eau, la communication de navigation, le contrôle au système radar, le remorquage et le ravitaillement d’autres navires, de même que la pêche qui est sa naturelle fonction première avec équipement d’une chambre froide. Le type de moteurs dont Ngole Iliki est équipé correspond à celui auquel sont habitués les techniciens de la RVM.

La particularité du navire Ngole Iliki que ressortent presque spontanément tous les techniciens et chefs de service de la RVM est que dans le cadre de la transformation de l’entreprise en société commerciale suivant la réforme lui appliquée par les instances supérieures de l’Etat propriétaire, l’exploitation de l’activité supplémentaire de pêche lui attribuée amènera cette unité à accroître sa production. Dans la recherche de toutes les voies et moyens d’accroissement de cette productivité, face au débordement du port de Boma, il est même envisagé que le quai de la RVM soit aussi exploité à l’accostage des navires commerciaux pouvant payer des frais redevables à la société.

Voilà ce qui fait dire à plus d’un responsable contacté par la délégation de la primature qu’il faut être de très mauvaise foi pour critiquer l’effort que fournit dans ce cadre le comité de gestion piloté par l’Adg Robert Mbuinga visiblement préoccupé de faire réaliser cette nouvelle mission attribuée à la RVM par la haute hiérarchie du pays.

Le responsable de la délégation syndicale est allé plus loin pour fustiger les aigris mal intentionnés qui ourdissent le torpillage des initiatives positives stimulant la rentabilisation de l’entreprise par leur sabordage de l’élan de renouveau imprimé à la RVM. Considérant que dans le chef de l’enfant maison initiateur de la motion de torpille de l’action de renouveau en cours, une frustration pouvait en être la  motivation, il en viendra à dire que même dans ce contexte, la voie empruntée de sabotage sur la place publique était mal venue, puisque seule la délégation syndicale est habilité à canaliser les revendications sociales du personnel de l’entreprise.

Dans les coulisses de l’entreprise où l’on est conscient des opérations de sape généralement ourdies contre les gestionnaires, on rit quelque peu sous cape face à l’agitation de l’agité déstabilisateur, un animateur de branche affichée de notoriété publique d’obédience Al Quaïda et qui comprendrait une douzaine de membres, se raconte-t-on à Boma. Le vote de l’éclatant désaveu de la motion du député Ngoma Kosi à l’Amblée nationale l’avait bien démontré quand, à l’appel des bulletins du dit vote, les vivats à la séance plénière signifiaient clairement l’identification des partisans de l’initiateur de la motion par le cri Al Quaïda. C’est tout dire.

Tous ces faits ont été palpés par les missi dominici du Premier ministre Adolphe Muzito se déclarant très édifiés à la fin de leur mission de ce qu’ils ont palpé autour de la controverse de mauvais aloi soulevée méchamment autour de la situation visée de l’acquisition du bateau Ngole Iliki par la RVM.

Daniel Nzuzi/MMC


(DN/Yes)