Le président Joseph Kabila, par son directeur de cabinet interposé, écrit au Premier ministre Adolphe Muzito, pour lui signifier l’interdiction de l’achat à l’étranger des imprimés de valeur que l’Hôtel des Monnaies est à même de produire à moindres frais
On n’a pas fini d’épiloguer sur la lettre du directeur de Cabinet du Chef de l’Etat au Premier ministre demandant à ce que le chef de l’Etat soit désormais informé de tout engagement de fonds. Cette lettre a été au centre d’une polémique qui avait fait croire à un tsunami dans la majorité.
Mais, on a, enfin compris qu’il y avait plus de peur que de mal et que cette lettre entrait dans la stratégie commune du Chef de l’Etat et du chef du gouvernement. Cela ne va pas empêcher que les mêmes causes produisant les mêmes effets, on assiste à une vaste agitation au sein de la classe politique dans laquelle on a cru à un désaveu du Premier ministre.
En effet, la lettre du directeur de cabinet du Chef de l’Etat, Adolphe Lumanu Mulenda Bwana N’Sefu, date du 24 décembre 2009 et porte le numéro 2003/ 2009. Adressée au Premier ministre, elle réserve des copies aux ministres des Finances et du Budget, aux directeurs de cabinet adjoints du Chef de l’Etat et au gouverneur de la Bcc.
Pour la Haute Hiérarchie du pays, cette instruction répond à la volonté d’orienter la gestion des Finances publiques vers plus de transparence et une plus grande maîtrise des coûts opérationnels.
Le pouvoir est laissé à l’Hôtel des Monnaies dont les prérogative spéciales et la technicité prédisposent à la production de ces imprimés de valeur selon les besoins de différents services du pays. Cette décision préfigure la lutte que le gouvernement congolais doit mener contre les importations à coup de commissions de certains produits que le marché local peut concurrencer valablement.
Le contenu de la lettre
Le contenu de la lettre est le suivant : « Excellence Monsieur le Premier ministre, sur instruction du chef de l’Etat, il vous est demandé d’informer tous les ministres et autres responsables concernés que désormais, l’importation des imprimés de valeur réalisables en République Démocratique du Congo, est interdite. Cette instruction traduit la volonté de la Haute Hiérarchie d’orienter la gestion des finances publiques vers plus de transparence et une plus grande maîtrise des coûts opérationnels. L’Hôtel des Monnaies qui dispose à la fois des prérogatives spécifiques en la matière ainsi que l’expertise et de la technique appropriées est chargé d’assurer seul la production de ces imprimés en fonction des besoins exprimés par les différents services de l’Etat. Le Gouverneur de la Banque centrale du Congo qui me lit en copie est également instruit pour prendre toutes les dispositions utiles quant à ce ».
Elle est signée comme on l’a dit par le Directeur de Cabinet du Chef de t’Etat.
Cette lettre vient ainsi mettre fin à une polémique dans laquelle étaient engagé s’il y a quelques mois le ministère des Affaires Etrangères – qui avait signé un contrat avec une firme française en vue de produire pour la Rdc des passeports bio-métriques – et l’Hôtel de Monnaies qui réclamait les prérogatives que la lettre du directeur de Cabinet du Chef de l’Etat rappelle heureusement.
Une décision à applaudir
Cette décision, plutôt que d’être détournée de son sens, celui du souci du Chef de l’Etat de réhabiliter un investissement aussi précieux que l’Hôtel des Monnaies est à saluer par tous, Car, en effet, personne ne pouvait comprendre que la Rdc ait investi dans cet hôtel des Monnaies, mais en définitive, ce pays importe jusqu’aux timbres postes. Cette politique faisait de l’Hôtel des Monnaies un véritable » éléphant blanc.
On espère qu’après cette lettre du Chef de l’Etat, toutes les influences cesseront et que non seulement, comme le souligne l’instruction du Chef de l’Etat, le coût de production de ces imprimés seront contrôlés, mais aussi on saura qui fait quoi et pour le compte de qui. Il semble qu’à ce jour, à lire la lettre du Directeur de cabinet du Chef de l’Etat entre les lignes, tout le monde s’y met selon les intérêts incontrôlés.
Le Chef de l’Etat, tout en adressant copie aux différents ministre et services concernés, demande au Premier ministre de les informer. Cela peut paraître dans une certaine opinion comme une démarche qui en cacherait une autre. Nous osons croire que partant de la situation particulière de notre pays où beaucoup en font au nom des autres sans avoir reçu mandat, cette démarche permet la transparence. Les ministres ont reçu des copies de la lettre afin qu’ils n’en ignorent point.
L’instruction du Chef de l’Etat par le Directeur de Cabinet ne souffre d’aucune ambiguïté. Car, précise-t-il : « Cette instruction traduit la volonté de la Haute Hiérarchie d’orienter la gestion des Finances publiques vers plus de transparence et une plus grande maîtrise des coûts opérationnels ».
Une démarche normale pour un Chef de la majorité appelé non seulement à veiller au grain, mais aussi à orienter sans cesse l’action du gouvernement dont le Premier ministre est l’exécutant.
Et après l’Hôtel des Monnaies ?
Cette lettre du Directeur du Cabinet, connaissant le microcosme politique congolais, risque de provoquer un tollé dont le but serait d’empêcher que le gouvernement aille plus loin que l’Hôtel des Monnaies. Dans ce pays, on déplore des importations même dans les domaines où le pays est capable de s’auto suffire.
C’est le cas de ce pays qui a le lac le plus poissonneux du monde qui, dit-on, meurent de vieillesse, mais qui importe du Poisson de qualité relative.
Il en est de même des pâturages enviés par les voisins, mais le pays importe la viande de capa sans oublier les croupions de dindons. Que dire d’étendues de terres fertiles qui n’empêchent pas le pays à être dépendant sur le plan alimentaire ?
Tout malheureusement est question de politique, surtout de décisions courageuses. Généralement, les Congolais confondent tout. Ils vont jusqu’à penser que pour encourager les échanges, il faut tuer l’industrie locale. Et pourtant, en se faisant l’avocat des libres échanges ( ?), ils plaident plutôt pour des commissions.
C’est d’ailleurs tout le sens qui avait été donné au pugilat » entre l’Hôtel des Monnaies et le ministère des Affaires Etrangères au sujet des passeports bio-métriques.
Par cette instruction apparemment bénigne, le Chef de l’Etat vient de s’attaquer à tout un système entretenu du dedans. L’argument, on le sait, la peur des procès avec des firmes étrangères qui se présentent comme ayant plus de droits que l’Etat congolais. Il est temps que le gouvernement apprenne à aller de l’avant et toujours avec des poings fermés.
Joachim Diana G./L’Avenir
(DN/Milor/GW/Yes/PKF)