Les enseignants des écoles catholiques ont boudé l’appel de grève lancé par Jean Bosco Puna. Mais ils veulent voir clair dans la gestion des frais scolaires versés par les parents d’élèves. Selon des indiscrétions, ils ne sont pas contents de la manière dont ces frais sont répartis, estimant que les responsables de l’église catholique à Kinshasa se réservent la part du lion.

Depuis septembre, le ministère de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel (EPSP) tente de désamorcer le mouvement de grève des enseignants. Mais rien ne présage que l’année scolaire 2009-2010 arrivera à bon port en juillet prochain sans heurts. On se souvient que le ministre de l’EPSP, Maker Mwangu Famba, a placé cette année scolaire sous le signe de la bonne gestion des ressources dans les écoles. Jean Bosco Puna, le très médiatique, mais controversé S-g du Syndicat national des enseignants des écoles catholiques (SYNECAT) est farouchement opposé à la prise en charge des enseignants par les parents d’élèves. Il a appelé les enseignants des écoles catholiques à un mouvement de grève, le 7 décembre dernier, sur toute l’étendue du territoire national. Echec. Deux écoles de Kinshasa seulement ont suivi cet appel le Lycée Sacré-Cœur de la Gombe et le Lycée Kabambare de Kinshasa. En réalité, ça n’était pas en soutien au mot d’ordre de Jean Bosco Puna, mais bien pour exprimer leur mécontentement au sujet de la gestion de la fameuse prise en charge.

La cagnotte

Selon des sources, les enseignants des écoles catholiques ne comprennent pas pourquoi dans la répartition de la cagnotte l’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, devrait s’octroyer 20% contre 20% autres aux écoles pour leur fonctionnement et 60% aux enseignants. Comble de tout, le prélat catholique, dénoncent ces enseignants, aurait exigé que totalité de sa quote-part soit versée au premier trimestre, soit avant décembre. Les enseignants du secteur catholique sont davantage courroucés à l’idée que, tout calcul fait, ils ne vont toucher que la moitié de ce qu’ils avaient perçu l’année passée. On se souvient que l’archevêque de Kinshasa, défenseur acharné de la suppression de la prise en charge des enseignants par les parents d’élèves, s’est vu, pourtant, vivement critiqué pour le décret (n°ARKIN/LMP/09 13/2009 portant directives de gestion des frais d’intervention ponctuelle applicables aux écoles conventionnées catholiques de Kinshasa) qu’il avait signé, le 2 septembre dernier.

Ce décret fixe les « frais d’intervention ponctuelle » à l’équivalent en francs congolais de 180 dollars (école secondaire) et de 100 dollars (école primaire) pour toute l’année. Dans un point de presse qu’il avait tenu, le 5 septembre, au siège de l’archidiocèse de Kinshasa, Mgr Monsengwo s’était dit mal compris dans l’opinion. Ceci témoigne du malentendu, voire de la confusion, qui règne autour des frais scolaires, outre le minerval, que les parents doivent payer à l’école. C’est donc un démenti que l’archevêque de Kinshasa avait voulu apporter, à sa manière, estimant que son décret avait été mal interprété. Pour lui, il ne s’agissait que d’une « proposition » pour « remettre de l’ordre », en attendant que les instructions précises.

En effet, a déploré le prélat catholique, les chefs d’établissement sont allés jusqu’à demander 300 ou 400 dollars par enfant au cours de ces dernières années, sans que personne ne lève le moindre doigt. A ses yeux, c’est ni moins ni plus de la corruption, de la concussion et du vol. « C’est une proposition et non une décision », a tranché dans le vif, Mgr Monsengwo.

Et cette « proposition » s’appuyait sur les lettres circulaires (n°MINEPSP/CABMIN/003 et MINEPSP/CABMIN/004) du 6 et 8 juillet 2009 qui donne les directives pour l’année scolaire 2009-2010, sur l’arrêté (SC/0207/BGV/MIN EECG/HT/2009) du 29 août du gouverneur de Kinshasa qui fixe les frais de scolarité des écoles publiques et privées agréées pour l’année scolaire 2009-2010. Mais aussi sur la lettre circulaire (n°MINEECG/CABMIN/003/ BLD/N/2009) du 1er septembre 2009 de la ministre provinciale en charge de l’Education portant clé de répartition des frais scolaires de l’année scolaire 2009-2010. Ecole pour tous.

« Les frais d’intervention ponctuelle ainsi perçus seront gérés selon la clé de répartition suivante : frais de fonctionnement (20%), Fonds commun de solidarité (20%) et intervention ponctuelle de toute nature (60%) », proposait l’archevêque de Kinshasa. Pour qui les frais de fonctionnement ainsi que les frais destinés aux interventions ponctuelles de toute nature doivent être gérés par le conseil de gestion de l’école.

Contrairement aux critiques qui lui sont faites, Mgr Monsengwo laisse entendre qu’il est préoccupé par l’accès à l’école du plus grand nombre d’enfants r-dcongolais. C’est dans cette perspective d’assainir la gestion financière dans les écoles et pour accompagner le gouvernement dans ses efforts pour faciliter l’accès à l’école de tous les enfants en âge de scolarité, qu’il a pris l’initiative de créer pour les écoles catholiques de Kinshasa le Fonds commun de solidarité (FCS).

Ce fonds a pour missions de mobiliser les fonds en vue de la prise en charge de la scolarité des enfants démunis, la réhabilitation et la construction des infrastructures scolaires et leur équipement en mobiliers et matériels didactiques, ainsi que du fonctionnement des écoles. Le FCS qui comprendra deux organes (gestion et contrôle des activités), est placé sous l’autorité directe de l’archevêque de Kinshasa. Les ressources du FCS (dons, legs, libéralités, intervention financière ponctuelle) sont versés dans un compte bancaire. Mais le provisoire est devenu définitif.

Patience Kimvula/Le Soft


(TN/Tkm/GW/Yes)