Pourquoi l’homme le plus puissant du premier cercle présidentiel s’efface? Le départ du Patron du centre névralgique marque-t-il la fin de l’Amp, Alliance de la Majorité Présidentielle? Le Top-1 du pré-carré présidentiel prend le large pour «mieux servir».  Analyse.

Augustin Katumba Mwanke détestait tout devant de la scène. On le trouvait plus à la conception qu’à l’exécution, à la fabrication que sur les lieux d’apparat. Lundi 7 décembre 2009, au lendemain du jour anniversaire de l’investiture du Président de la République, il est là, dans la grande salle des banquets du Palais du peuple pour le premier déjeuner de l’histoire offert aux parlementaires par le couple présidentiel de R-dC. Il est là comme tout élu du Peuple.

Sans chercher les lampions. On chercherait à le voir à la deuxième table d’honneur. Il n’est ni à celle-là. Ni à la troisième. Ni à la quatrième. Ni en réalité nulle part ! Peu avant, le puissant Secrétaire Exécutif de l’Alliance de la Majorité Présidentielle AMP - sur papier jusqu’il y a peu - avait ovationné son idole Joseph Kabila Kabange dans la Salle des Congrès attenante lors du discours constitutionnel du Chef de l’État sur l’état de la Nation.

Là aussi, il a occupé ce strapontin de bois, recouvert de tissu vert mobutien longtemps éclaté, toujours le même. Personne ne l’a vu. Comme d’habitude, aucune télé ne l’a filmé. Aucune télé ne le connaît. Ni aucun de ces journalistes étrangers qui, blocs-notes et crayon en l’air, arpentent les couloirs de l’hémicycle, ne soupçonne ce qu’il est. Celui que les Grands de ce monde saluent et dont ils réclament la présence quand il s’agit de certifier la parole présidentielle de R-dC n’est connu de personne. Posez la question à mille dollars à cinq Députés de le désigner. Il ne s’en trouverait pas pour gagner la mise. C’est très bien ainsi, susurre-t-il. Le parfait homme de l’ombre.

Ceux qui le reconnaissent manquent pourtant une marche pour aller le saluer s’il n’y en a pas pour lui baisser la babouche. Ils savent que la main qu’ils serrent est celle qui venait de toucher la main du Chef de l’État. Cet homme a poussé une simplicité mêlée de mystère comme certainement rarement dans ce pays bling-bling.
 
Là où d’autres disposent d’une armée de gardes du corps prêts à dégainer au moindre frémissement et de véhicules d’escorte importés des États-Unis ou du Japon roulant à tombeau ouvert, tous feux allumés, Katumba Mwanke se contente d’un banal 4x4 - même si, depuis peu, c’est un V8 - et d’un chauffeur qui sert parfois à tenir un dossier.
 
À son bureau du quartier des textiles à l’extrême ouest de la Capitale, on est frappé par la simplicité des lieux.  On pensait trouver art-déco ou bois doré, c’est une table de supermarché que l’on découvre, encastrée dans une pièce qui servirait à un directeur d’école. C’est ici qu’il niche. C’est ici que dans la plus grande austérité, Katumba reçoit, écoute, consulte avant de rendre compte au Président de la République, l’Autorité Morale de l’Alliance de la Majorité Présidentielle à qui clairement il voue respect et passion.

«Vois son nom: Kabila. N’y vois-tu pas un destin?», me dit un jour «l’Ambassadeur» comme ses proches aiment à l’appeler pour avoir été le Représentant itinérant du Président de la République après avoir occupé les fonctions de ministre délégué à la Présidence. Puis celles de Secrétaire général du Gouvernement un court moment dans le régime 1+4.

Où qu’il soit, quelque position qu’il occupe, il sait que cela n’a aucune importance. Convaincu que Kabila représente l’espoir pour le pays, avec un brin de fierté, il dit qu’il reste le même. Personne ne refusera de prendre son appel. Pour ce qu’il représente auprès du Président.

Dans la lancée, il m’interroge: «Sais-tu la différence entre l’amour et la confiance? ». Il m’explique longuement son expérience de vie. L’amour est le sentiment d’attachement que l’on éprouve pour une personne. La confiance est au-dessus de l’amour. Vous pouvez aimer sans faire confiance. L’amour met ensemble, la confiance cimente une relation.

Pour la confiance qu’il inspire, il a réussi à se faire des amis de toujours comme des ennemis éternels. Avec répugnance, il évoque l’épisode Kassem, du fameux Égyptien du fameux team onusien qui l’a accablé et noirci. La montée en puissance - l’emprise - de l’Afrique du Sud qui a abrité à ses frais le dialogue inter-congolais - et, du coup, des Anglo-saxons - sur le marché de R-dC lui est attribuée et est mal perçue dans des chancelleries pour qui le Congo était la chasse gardée. De là, tout s’explique.

Katumba, dont la fermeté est redoutée par ses adversaires, avance à pas feutrés et par persuasion. Jamais, on ne l’a vu hausser la voix même quand ça coince, sauf ce jour lors d’un Comité Politique de l’AMP réuni dans une salle plus loin, avant de s’en dire aussitôt offensé. De ces attaques et d’autres, il dit n’en avoir cure.

Dans ce bureau où règnent l’ordre et le calme sont nés tous ceux qui, crinière au vent, écument le pouvoir. Selon ses proches, il ne dépense qu’avec parcimonie et après avoir reçu le go ahead. Et tient ses comptes prêts au centime.

Ce même comportement, il l’exigerait de ses collaborateurs. Ce qui les exaspère. Entre eux et cet homme fait de réserve et de sociabilité, de luminosité et de noirceur, une montagne prend parfois place. Il avoue qu’il lui arrive d’avoir de l’aversion pour une telle vulgarité qui lui a fait pousser précocement quelques cheveux blancs sur la tête comme cet homme puritain qui souhaite tout désapprendre abhorre ce jeu politique auquel il dit ne pas appartenir ou appartenir par accident.

Il dit parfois regretter le jour où il accepta la mission qu’il vînt effectuer en R-dC au nom de sa banque sud-africaine d’investissement HSBC qui l’employait et le rémunérait sans qu’il n’ait eu à s’en plaindre. Le régime de Mobutu venait d’être défait par la rébellion du Mzee Laurent-Désiré Kabila et la HSBC souhaitait être conseillée sur les opportunités d’affaires. Katumba fut envoyé en éclaireur auprès du nouveau régime où, très vite, il trouva un port d’attache: un poste de conseiller auprès du puissant ministre des Finances de l’époque de la rébellion de l’Afdl, confirmé à Kinshasa, Mawampanga Mwana Nanga.

Les ingénieurs mécaniciens parlant anglais et français avec à la clé un carnet d’adresses dans cette superpuissance émergeante anglo-saxonne, ne courent pas la rue à Kinshasa… Après de bons et loyaux services, Mawampanga a quitté les Finances pour l’Agriculture. Le conseiller ne souhaitait pas suivre son ministre dans sa course au Gouvernement et considérait sa mission terminée. Il s’apprêtait à faire ses valises pour repartir en Afrique du Sud où son poste lui était garanti quand le nouveau ministre des Finances Ferdinand Talangai qui venait de congédier tout le cabinet lui demandait de rester en place.

En politique c’est comme dans la vie courante : le premier coup d’œil est souvent le meilleur. Talangai a eu le temps de remarquer ce jeune homme austère, à l’aise dans un blue-jeans, qui parle peu mais n’ouvre la bouche que pour dire des choses pertinentes. Il est loin d’être le seul... Un jour, le Mzee se mit à chercher un gouverneur d’exception pour le Katanga, susceptible de redonner son âme à une province politiquement et économiquement exsangue après les rafles mobutiennes. Il se rappelle d’un jeune dont un autre vétéran de l’Afdl, André Kapanga, nommé depuis ambassadeur à Washington, lui avait parlé et que Mawampanga avait laissé au ministère des Finances.

Dès le premier contact, le Mzee - qui l’a fait venir, et qui ne l’avait jamais vu avant - s’émerveille de la précision dans la présentation des dossiers et de la discrétion, qualité rare dans cet univers de baveux, qu’il décèle dans ce visiteur.  « Je te prends. Tu pars au Katanga », hurle en Swahili le Mzee.

Le piège s’est refermé sur Katumba. Par respect ou par crainte, l’homme qui vient de réussir au casting sollicite un temps de réflexion. Une manière polie pour Katumba de prendre le large. Alea jacta est. Qui, sur ces terres de l’Afdl conquérante, pouvait se dérober à l’appel du Mzee?

Un jour de 1971, peu avant de lancer la bataille anti-Rocard qui le mena à prendre le contrôle du PS qui lui ouvrit la porte du pouvoir - lui, le vieil homme usé par plusieurs défaites, lui, l’homme du passé que combattent des jeunes loups aux dents acérées - François Mitterrand confia à Pierre Mauroy qu’il nomma Premier ministre au lendemain du triomphe socialiste, qu’il suffit de 100 hommes décidés et fidèles pour prendre l’Élysée et s’y dérouler deux mandats successifs. Lorsqu’il finit de mettre la dernière main sur ses équipes et qu’il y imposa ordre et leadership, Mitterrand donna l’assaut et accéda au pouvoir en France.

Face à l’arsenal de Mitterrand, le candidat pur-sang du centre droit français sorti des meilleures écoles de l’aristocratie française, le président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, était devenu une proie facile. Aujourd’hui, l’homme qui ne savait rien de l’Économie et de la monnaie est devenu l’un des plus grands monarques que la France ait jamais eus au fronton du Panthéon. Jusqu’à son ennemi juré Jacques Chirac qui fut son Premier ministre de cohabitation avant de lui claquer la porte au nez en invoquant le fait qu’il n’était plus en mesure de poursuivre l’exercice de sa fonction, de lui vouer dans ses Mémoires le respect pour l’œuvre accomplie pour la France. L’entourage est ce qui a toujours payé…

L’éloignement de Katumba Mwanke, est-ce le glas sonné pour l’AMP ?

Le Président Joseph Kabila Kabange recherche 15 collaborateurs - ce chiffre formant du personnel constituant un vrai centre stratégique résolument tourné vers l’objectif à atteindre. Il lui faut ce noyau pour lancer, conduire et réaliser le grand projet que le Président nourrit pour le pays. Celui de transformer et de moderniser la R-dC.

Au lendemain de mille guerres toutes victorieuses, le Président détient désormais tous les leviers du pouvoir. Ces guerres, Kabila les a menées avec un groupe d’hommes dans les soutes. Au premier rang: Moïse Katumbi Chapwe, Théophile Mbemba Fundu Di Luyindu, Vital Kamerhe, Barnabé Kikaya Bin Karubi, Évariste Boshab Mabudj, Marcellin Cishambo, Pasteur Daniel Ngoy Mulunda, Guillaume Samba Kaputo, Augustin Katumba Mwanke.

katumba Des civils. Des frères d’armes aussi. Avec une démocratie impitoyable, certains ont fondu comme neige au soleil. D’autres ont pris la tangente. Pour d’autres encore, le chemin est trop long. Très vite, entre ces deux derniers - Samba et Katumba - ce fut l’inséparable duo. Mauvais coup du sort, au lendemain du triomphe à la bataille des Législatives et des Présidentielles, alors que la guerre fait toujours rage, le premier succombe, emporté par un mal dont la nature laisse perplexe.

Lui, à ce niveau de responsabilités, qui aurait dû prendre bien soin de lui! Mis face à la fragilité de la vie, Augustin Katumba Mwanke est effondré. Il pleure son ami comme on pleure son bébé. Aujourd’hui encore, il essuie une larme quand il pense au Prof. Mais il sait qu’il n’a pas le choix. Il doit conjurer le mal. Avec toute la fureur. Tant qu’il y a la vie, il y a la lutte. Il ne sera la proie d’aucun monde hostile, il en sera le chasseur.

 Aux combats électoraux, si le Prof. Guillaume Samba Kaputo s’expose, distribue des coups, lui, n’apparaît nulle part, ni sur une affiche, ni sur une photo quelconque du pré-carré. Son nom n’est repris sur aucune ordonnance présidentielle. Mais Katumba est au cœur de la manœuvre.
 
Lors de la bataille du perchoir, c’est comme lors de toutes ces batailles épiques d’après victoire ou quand il faut sauver des ministres ou, comme ce 17 octobre 2009, le Premier ministre Adolphe Muzito lui-même, menacés d’éviction par les foudres de l’opposition. C’est autour de lui que tout s’esquisse et tout se dessine. C’est autour de lui que s’organisent les mises en scène dès que le quitus de rigueur de l’Autorité Morale a été obtenu.

Il jure que la Majorité ne saurait laisser tomber un des siens sans conséquence sur sa cohésion en ralliant une initiative de l’opposition. Il termine ses réunions au petit matin quand dès le lendemain tôt, il en préside d’autres. Au lendemain de l’une de ces victoires clé, alors que les Députés de la Majorité sont dopés comme jamais, Katumba répond à un voisin de banc qui dans l’hémicycle le félicite pour la pertinence des choix opérés par l’Alliance.

Le succès ne lui appartient pas, dit-il. Il appartient à une équipe. «La seule chose que je sache faire c’est de détecter les cerveaux et de les amener à œuvrer ensemble afin de faire avancer le projet du Boss», glisse-t-il sur un morceau de papier que cet homme noircit rarement préférant des textes qu’il expédie continuellement de son minuscule Nokia, à des écrits ou des prises de parole.

Mi-avril 2009, à Kingakati, la ferme présidentielle à deux heures à l’est de la Capitale, il prend pour la première fois la parole devant 320 Députés de la Majorité réunis autour du Président de la République. Comme sans doute jamais auparavant en public - sauf lorsqu’il fut gouverneur du Katanga - Augustin Katumba Mwanke s’est lâché dans le grand art comme on ne lui connaissait pas : celui d’électriser la foule. Chaque mot vient à sa place. Il manque en apothéose d’entonner le chant des partisans.

Cet homme a redonné sa fierté au camp de la Majorité Présidentielle après d’âpres luttes de clans qui ont laissé entrevoir le précipice. À Kingakati, Députés et Ministres manquent de le porter en triomphe. « On ne change pas une équipe qui gagne», psalmodient des Députés dans un coin. Une pétition a été signée par les Présidents des Partis politiques et des Personnalités politiques indépendantes qui forment la Majorité Présidentielle. Elle réclame le maintien de Katumba à la tête de la Coordination de l’Alliance.

Le Secrétaire Exécutif de l’AMP sait qu’il est arrivé là par accident, et qu’il attend de passer la main au prochain que désignera le Président de la République. On dit que s’il a entendu parler de l’initiative, il l’a, dans le plus grand secret, torpillée fortement. Sous la houlette du Président de la République, il a mené et gagné toutes les batailles mais cet ingénieur qui est infiniment à l’aise dans le pré - sur ses terres natales du Katanga minier ou ailleurs dans le pays où il s’évade le temps d’un week-end pour réfuter les armes - n’a pas oublié pourquoi et comment le Président de la République lui a confié cette mission.

Au Kasaï Oriental, son prédécesseur André-Philippe Futa a échoué de se faire élire Député national dans la circonscription de Miabi. À la Coordination de la Majorité, un critère est présenté comme incontournable: il faut être un élu du Peuple, membre de la Chambre basse. La Chambre qui compte le plus de parlementaires membres de la Majorité Présidentielle.

La Chambre devant laquelle le Gouvernement est responsable. La Chambre en l’enceinte de laquelle le régime joue son destin. Au fond, Katumba Mwanke a reçu ce poste à titre transitoire. Quand le pays bascule dans la quatrième année de la Législature, que les batailles essentielles ont été livrées et gagnées, l’heure a sonné de quitter les devants de la scène. Qui mieux que lui sait ou sent les intentions du Chef de l’État ?

Le 7 décembre, dans son discours sur l’état de la Nation, Joseph Kabila Kabange n’a fait aucun mystère sur ses intentions. Il veut mener son action à son terme jusqu’en 2011, date légale des prochaines consultations nationales. Mais il veut donner un réel coup de fouet au pays et réorienter celui-ci en appelant à des solutions structurelles conduisant à «la modification de l’environnement juridique dans lequel se définit et se conduit la politique de la Nation».

En décidant «de faire de l’amélioration du climat des affaires un objectif prioritaire, un de ceux sur lesquels devra être jugée l’efficacité du Gouvernement, testée la cohésion de la Majorité gouvernementale, et évaluée la qualité de notre administration et de notre système judiciaire». En mettant le doigt sur la plaie puante de R-dC: l’absence de sécurité juridique et du coup, la mise à l’écart du pays dans la compétitivité internationale.

Kabila veut lancer le chantier de la modernisation institutionnelle et mieux préparer le pays aux «enjeux du vingt-et-unième siècle». Il veut mieux organiser l’action. Il veut mettre le pays au diapason. Il veut mettre tout son poids sur un chantier à tort délaissé : le social. Le Président a décliné avec fermeté les recadrages politiques et institutionnels à opérer sans attendre. Du coup, c’est un nouvel horizon qui s’ouvre au pays et à la Majorité.

La R-dC est une démocratie qui, quoiqu’à ses débuts, se veut pleine et entière et cela veut dire débat permanent. Des guerres ont pris fin mais le pire n’est jamais loin. Aujourd’hui et maintenant, cela appelle nouveaux thèmes, nouvelles inconnues, nouveaux acteurs.

L’action politique est une mission. Elle a un début et une fin. La vie c’est comme le temps. Quand la météo change, il faut changer au gouvernail. Un bâtiment n'avance de la même manière par temps calme et par bourrasque. Pour exister, il faut être, et être c’est rester en éveil.

Pour Joseph Kabila et pour l’Alliance de la Majorité, le moment de refaire le plein de gaz a sonné. Katumba qui a un goût inné de la stratégie et qui, sur son terrain favori, n’a pas d’égal, s’est immergé. L’heure de la grande redistribution des cartes est arrivée. À quoi se consacre le stratège ?

Pour être efficace, le stratège se doit de rester dans l’ombre. Le silence et le secret sont des armes indispensables dans toute démarche stratégique, dit Riboud. Ce maître d’armes quitte les salles des machines. Trop bruyantes et qu’il exècre. Il redevient l’homme de glace, position qu’il affectionne.

Avec son effacement à la tête de l’Amp, celle-ci devient-elle un machin désincarné? Le destin de l’Amp ne dépend pas de Katumba. Il dépend de ce qu’en feront ses membres qui, englués dans des querelles byzantines, s’entre-dépècent furieusement à la place publique. Si le débat est souhaitable dans une enceinte, on ne payait pas cher l’avenir d’une Alliance trop gloutonne où on joue chaque jour à se faire peur.

Lui, l’homme de poigne, lui, le grand fauve, lui, le stratège, est déjà ailleurs. Il travaille. Mieux, il pense. Il repense à faire pièce à ce qui arrive : ce rocher qui soudain se dresse en pleine mer tranquille et qui pourrait transpercer le navire. À l’Amp, à ce qui se voit très clairement, il n’a ni démissionné, ni été démissionné. Katumba était fin service.

Pourquoi cela n’est-il pas plus clair? Pourquoi ne communique-t-on pas? Un matin, trois tabloïds le crucifient méchamment. On lui dit de les réunir pour donner sa version des faits. Il balaie cela d’un revers de la main. La presse c’est le meilleur. Mais c’est le pire. Le parfait homme de l’ombre est mieux placé pour le savoir.

Quand politique rime avec discrétion !

Katumba Mwanke allie plusieurs valeurs humaines : clairvoy­ance, rigueur, nationalisme, réserve, discrétion, fidélité, loyauté, sérieux, humanis­me, humilité, goût du beau, moralité. Clairvoyant, l’homme traite minu­tieusement les affaires publiques, qui passent par ses mains, dans un écré­mage comme le ferait un ingénieur assis dans son laboratoire. Il s’attire les ennuis de ceux qui espèrent filtrer dans les nominations à coups d’influence, de clientélisme ou d’injections financières. Rigoureux, la rudesse du bleu-Jean qu’il arbore et dont il s’était dépouillé pour s’accommoder aux habitudes ves­timentaires liées aux nouvelles fonctions élevées qu’il occupe, renforçait sa du­reté.

Lorsque les prétentieux se butent contre sa fermeté, ils jonglent avec la rhétorique du dénigrement. Il ne faut pas compter sur lui dans le tripatouil­lage des dossiers d’une fine délicatesse. Un étranger devenir banquier dans le pays de Mandela n’est pas un Nobel qu’on décerne à un rongeur des coffres forts. Son retour au pays, pour con­tribuer à son redressement, n’a pas été suivi d’affiches, genre wanted, comme, c’est le cas de plusieurs congolais qui font frémir les cheveux chaque fois qu’ils franchissent leur frontière.

Dans sa recherche de l’équité, les abuseurs crient à la rancune. Sur ses épaules repose l’espoir de toute une commu­nauté. Epris de justice, il n’hésite pas à frapper. Certains racontent que les mandataires démis de leurs fonctions avaient glissé son nom sur la liste de Kassem qui cherchait à se débarrasser des interlocuteurs poilus pour remettre le Congo sous la manipulation interna­tionale.

Nationaliste, il déteste le confinement tribal. Son parcours semble être tiraillé dans la difficile conciliation entre les appels des proches et l’exigence d’une justice distributive. Certaines associations culturelles, qui voulaient le transformer en simple caisse de résonances des intérêts séparatistes, trouvent en lui un repoussoir dégoûtant alors que ceux qui passent à l’avant-plan de leurs actions, l’intérêt national, le trouvent fascinant. Augustin n’est sincère que lorsqu’il confesse avoir agi pour l’intérêt supérieur de la nation.

Réservé, il a gardé jalousement l’exactitude de la mesure. Une denrée précieuse en politique. Puisqu’elle traite des matières sensibles politique marche avec la discrétion. Un simple mot suffit pour agiter toute une nation. Cette qualité lui a valu la confi­ance de ses supérieurs et la jalousie de ses pairs parmi lesquels se recrutent parfois ses plus grands bousculeurs.

Fidélité et loyauté

C’est ici où il tire le bénéfice de son capital enfoui dans sa réserve. Comme il parle peu, il consacre beaucoup d’efforts a tenir sa promesse, remplir le devoir et concrétiser un projet. Ici vient à son secours un autre atout: la sincérité. Un homme a qui il avait promis assistance ressassait à la sortie de son bureau: « ah, celui-là, c’est un blanc ». On dit de lui qu’il est sérieux. Doté d’une forte personnalité et d’une haute estime de soi, il renvois souvent ses hôtes qui traînent tribut et aumône à l’Occasion d’un anniversaire ou d’une fête de fin d’année. Cette attitude gonfle, malheureusement l’effectif de ses enne­mis qui, affublés, par cette incongruité malencontreuse, parlent de mépris ou d’orgueil.

Humain

Il reste profondément et possède des faiblesses. Malheureusement c’est plus ce qu’il ignore qu’on lui attribue la re­sponsabilité. On fait passer son extrême prudence pour de la méfiance, l’orgueil ou la solitude.Le goût du beau. L’élégance de son bureau de Kinshasa élève l’admiration de tout visiteur vers le sublime. Il avait transformé le gouvernorat du Katanga en un joyau. Pensif, probablement que son pragma­tisme se fond dans l’idéalisme traduit par le motif abstrait du tableau perché sur le mur de son bureau. Autour de la moralité, il peut réunir l’unanimité même de ses transfuges les plus fa­rouches. Il semble qu’il fait exception dans sa tribu laquelle (simple humour plaisantin lance par d’autres tribus) ac­cusé des performances alcooliques.

Assidu, calme, tempéré, équilibré, réceptif, hospitalier et respectueux. Il draine toute la noblesse de la culture bemba. Valeur indéniable pour le dével­oppement du Katanga et du Congo. Dénigré injustement dans le rapport Kassem dont tout le monde connaît les véritables motivations, c’est plutôt le sketch de Nzembela qui tranche. Mis en face, l’action de l’élite dirigeante et les intérêts internationaux devant le projet économique nationaliste de Mzée Ka­bila, la scenette dévoile le rapport ma­laisé entre le Congo et l’ONU.

La parole imitée à Mobutu rappelle ses derniers aveux: chaque fois qu’une partie sera. en dehors des enjeux. elle parlera du pillage des ressources naturelles de la République Démocratique du Congo. L’humour comme l’a si bien dit Freud dans Les mots d’esprit et leur rapport avec l’inconscient permet de dévoiler la vérité enfouie dans la communauté qui la refoule dans le rire en présence d’une réalité contraignante qu’on n’accepte pas. Et pour reprendre le Roland Bar­thes de l’Analyse structurale du récit: les productions culturelles, à l’instar du théâtre populaire ou du récit de vie d’Evelyne, reflètent les pensées collec­tives ».

Tryphon Kin-Kiey Mulumba/Le Soft


(DN/TH/Yes)