Spéculations et commentaires vont bon train sur l'avenir de l'AMP. Créée entre les deux tours de l'élection présidentielle en 2006, le navire A.M.P., Alliance pour la Majorité Présidentielle, serait en train de prendre l'eau.  La démission de l'emblématique Augustin Katumba Mwanke, éminence grise du Kabilisme, du secrétariat exécutif de cette plateforme, ne serait qu'un épiphénomène, la cerise sur le gâteau et l'aveu implicite de la crise qui secouerait le "Kabilaland".


Il y avait d'abord, dit-on volontiers, l'acharnement orchestré pour contraindre à une démission humiliante Vital Kamerhé, l'un des artisans et cheville ouvrière de la victoire de Joseph Kabila à la présidentielle de 2006. Sont venus ensuite la création du fameux courant dit des "rénovateurs" qu'à son temps, la hiérarchie de l'Alliance avait préféré traiter par le mépris. Enfin, pour couronner le tout, les sempiternelles critiques sur "l'immobilisme" du gouvernement dénoncé déjà à l'époque du patriarche Antoine par la quasi totalité des composantes même de l'AMP.

En ajoutant à cette liste la course effrénée au positionnement, les ambitions personnelles, la corruption, la cupidité des responsables politiques, l'insécurité endémique à l'Est, la rébellion à l'Ouest, un bilan économique et social assez mitigé, les députés qui disent ne plus croire à l'efficacité de l'institution parlementaire, les ministres qui critiquent sans vergogne leur propre gouvernement, etc..., on comprend qu'il y a de quoi perdre son latin.

Alors que s'affichent les rancœurs des uns contre les autres, tout le monde sait par exemple "qui est contre qui", "qui ne peut pas sentir tel autre", on sait de moins en moins "qui est réellement avec qui". Cette désagréable impression de vide à la direction du navire AMP (sinon du gouvernement) laisse bien sûr, la porte ouverte à toutes les divagations. Le navire semble tanguer et, déjà, certains rats se préparent à l'abandonner, croit-on savoir.

Otes-toi de là que je m'y mette !

Pourtant, à y regarder de plus près, ceux des ministres ou des députés de la majorité qui se font les chantres de la critique systématique contre le  gouvernement et l'AMP, ne sont pas précisément ceux qui brillent le plus par leur réussite dans leurs propres domaines. Il y a dans leur discours une part évidente de populisme et donc une forte propension à la démagogie.

Le verbalisme n'a jamais été une action en soi, sauf pour masquer ses propres turpitudes. A jouer aux plus malins, ils ne se rendent pas compte que nos compatriotes en ont marre de ces litanies de mauvais résultats qui, en fin de compte, ne proposent aucune solution, sauf la vague prétention, sans la moindre preuve du reste, que leurs auteurs feraient mieux et plus vite que ceux qui sont en place. C'est le fameux jeu de "ôtes-toi de là que je m'y mette"!

Quand on est dans une coalition gouvernementale, "on ferme sa gueule ou on démissionne", comme disait quelqu'un. Solidarité gouvernementale oblige. Se démarquer de cette règle, c'est compromettre un équilibre stratégique, discréditer et donner en pâture le chef même de la coalition à laquelle on appartient. C'est se dédire et faire le jeu de l'opposition.

Ce sont les idées qui créent les coalitions et les rassemblements. Ceux qui disent publiquement ne plus partager les idées d'une coalition devraient avoir l'honnêteté intellectuelle de s'en séparer. Car tous ces couacs, discordances et dissonances mis en scènes par nos propres partenaires donnent de l'AMP et de son leader, une image piteuse et lamentable. Autant dire que nous n'avons rien en commun et qu'on n'est ensemble que par opportunisme.

Ce qui fait l'unité, la force et la cohésion d'un parti politique ou d'une coalition gouvernementale, ce sont toutes les batailles engagées ensemble. C'est le degré de solidarité de ses membres. C'est l'engagement que l'on prend les uns envers les autres. Ce sont toutes les victoires conquises, partagées et célébrées ensemble. Parfois aussi les échecs subis ensemble et assumés ensemble. Ce sont toutes les stratégies arrêtées ensemble et mises en commun pour gagner et pour appliquer ensemble un projet politique accepté par tous, pour le meilleur et pour le pire. Ce qui bien entendu n'interdit nullement la réflexion ni les introspections personnelles dans un cadre consensuel bien défini. Mais, surtout pas dans les colonnes d'un journal, ni sur les ondes d'une radio. "On la ferme ou on démissionne", disions-nous déjà.

Croire au projet politique de Joseph Kabila

Les partenaires de l'AMP doivent donc arrêter de chercher à l'extérieur les incompréhensions, les doutes et les autres raisons de leur incapacité à œuvrer ensemble pour entraîner l'adhésion populaire. Il y a trop d'ambitions personnelles, trop de rancœurs et trop de haine entre les différents partenaires de l'alliance. La seule façon pour nous de faire taire l’opposition et d’empêcher nos compatriotes de céder à ses chants des sirènes, c’est avant tout de croire fermement au projet politique pour lequel nous nous sommes mis autour de Joseph Kabila, et de bien faire le travail pour lequel notre candidat a été élu.

La question est de savoir comment nous pouvons lutter concrètement contre les maladies, la faim, l’exode rural, le chômage, l'insécurité, l’ignorance et le délabrement moral qui affectent les Congolais. Comment pouvons-nous construire une société plus juste, plus tolérante, plus humaine ? Comment redonner à notre peuple de nouvelles raisons de croire à l’avenir et de nous redonner leurs votes en 2011?

Il s'agit pour nous, de trouver le moyen de déclasser tous ceux qui, pour seule alternative, nous proposent leur anti-kabilisme viscéral enveloppé dans des discours de haine et dont nous venons encore de voir des résultats à Dongo.

La situation réelle, nous la connaissons tous. Il nous faut démarrer une nouvelle action avec des idées et une direction plus claires, en prenant des initiatives plus fortes. Il ne suffit pas, en effet, d'appeler à la recomposition de la majorité présidentielle. Il faut, à présent et pour l'avenir, imaginer comment être ensemble, comment rester ensemble et comment continuer ensemble une action commune qui ait des répercutions sur la vie quotidienne de nos compatriotes.

Pour cela, nous devons trouver ensemble des nouvelles approches à leurs problèmes, et ceux de notre pays: la question nationale, l’école, le village, l’agriculture, le paysannat, les routes et les autres infrastructures des fameux cinq chantiers qui sont le fondement de la lutte contre la pauvreté et la misère. Car, malheureusement, plus de dix années après la prise du pouvoir par la révolution des forces populaires de notre pays et, à mi-parcours du mandat que nous a confié le suffrage universel en 2006, la RDC est encore l’un des pays les plus pauvres d’Afrique.

Impatients, nos compatriotes ne voient pas très bien où nous les conduisons. Nous avons promis monts et merveilles. Malgré tout ce que nous faisons, nos compatriotes ne voient ni monts ni merveilles. C'est peut-être (certainement même) nous qui ne leur expliquons pas clairement ce que nous voulons, ce que nous faisons et quand peuvent-ils spérer voir les premiers résultats de notre action.

Réconcilier la majorité avec elle-même

Pour être cette coalition autour de laquelle se rassembleraient tous les Congolais, l'AMP doit représenter le progrès, le changement, la révolution (n'ayons pas peur des mots), et la rupture avec tout ce que notre pays a vécu depuis l'indépendance.  Nous sommes et nous devons rester le mouvement du changement. Les Congolais ont des exigences de plus en plus pressantes. A nous d'en tenir compte avec des réformes audacieuses.

Pour y parvenir, on ne le dira jamais assez, nous devons commencer par rendre à la politique toute sa crédibilité. La politique ne doit plus être cette instance du mensonge et de l'enrichissement facile. Une instance où l'on s'occuperait en priorité de ses sœurs, de ses neveux, de ses maîtresses et de ses copains en négligeant les préoccupations des électeurs et des camarades de lutte.

Alors que se pointent des élections qui risquent de s'avérer très difficiles pour nous, notre coalition doit se concentrer et se recentrer. Cela doit commencer dès aujourd'hui même par la réconciliation avec toutes les forces de progrès que compte notre pays, tel que le souhaitait Feu Mzee Laurent-Désiré Kabila, afin de les impliquer et de les  privilégier dans la mise en application de notre projet politique. Elargir la majorité peut, bien entendu, conduire à des associations avec les adversaires d'hier. Ce qui est important, c'est de ne pas laisser sur le bord du chemin ceux qui ont toujours eu les mêmes idées que nous.

Voilà des mois, sinon des années, que nous appelons à la reprise de langue avec ceux de nos camarades et compagnons de route qui ont pris des distances ou se sont éloignés de notre famille politique à la suite de quelques erreurs politiques ou des déviances de ceux qui en avaient la charge.  Je pense à des hommes comme Vital Kamerhe et autres compagnons de Laurent-Désiré Kabila.

S'il est vrai que personne n'est indispensable, nous pensons néanmoins que tout le monde est nécessaire. Car, c'est le nombre qui fera la différence, la majorité et l'unité. La République est et doit rester la garante de la liberté de chacun. Liberté de parole, liberté de pensée, et même la liberté ainsi que le droit à l'erreur et donc le droit de se tromper. Ceci revient à dire qu'un parti n'a pas le droit d'oublier ni de laisser sur le bord de la route ceux qui l'ont servi.

Il faut bien reconnaître que le Pprd tout comme la coalition AMP n'ont pas toujours pris les bonnes orientations politiques, ou alors, ne les ont pas toujours expliquées de façon intelligible. Le choix de nos hommes n'a pas toujours été des plus judicieux. Le dangereux copinage avec certains acteurs au passé discutable sinon douteux et avec des vedettes de la voyoucratie congolaise a parfois beaucoup troublé et semé le doute chez nos compatriotes.

"On commence par se rapprocher des hommes, sans voir le risque qu'il y a de se rapprocher également de leurs idées et de les adopter au détriment des nôtres", disait quelqu'un. Nous avons souvent oublié que c'est le partage des responsabilités, le partage des risques et le partage équitable des biens de la République qui nous permettront d'arriver à une sphère comme de citoyenneté.

L'Amp doit oser, prévoir et proposer

Il faut éviter que l'AMP tout comme le Pprd ne deviennent des machines à fabriquer des aigris et des nostalgiques. Pour cela, nous devons arrêter d'avoir honte de dénoncer les responsables de la décrépitude et du délabrement dans lesquels notre pays s'était enfoncé de 1960 à 1997 par la faute notamment de tous les petits chefs de guerre et autres qui continuent de prendre des armes pour servir de forces d'appoint à l'expansionnisme de certains de nos voisins. Le courage politique de Joseph Kabila, nous avons permis d'enterrer la hache de guerre, mais, ne l'oublions pas, "qui a bu boira". Un traître reste un traître.

Plutôt que nos querelles de chapelles, nous devons chercher à présenter une nouvelle donne pour la paix, le développement économique, l'émancipation sociale, la croissance et l'emploi. Les membres de la majorité présidentielle doivent se serrer les coudes autour du projet politique de Joseph Kabila qui est en soi une sorte de loi d'orientation contre l'exclusion et la pauvreté. Son ambition est d'intégrer chaque Congolais dans une grande Nation congolaise. Il faut transformer très rapidement les "cinq chantiers du Président de la République" en réalité palpable, visible et évidente.

Notre nouveau discours doit citer explicitement parmi nos priorités: la création d'un toit pour chaque Congolais, le rétablissement du lien familial fragilisé par la crise et la dépravation des mœurs, un métier et un quartier pour chacun de nos compatriotes. Chaque famille congolaise est et doit redevenir un maillon de la chaîne de cette démocratie congolaise que nous voulons de proximité et de convivialité.

C'est la seule façon de combattre la désagrégation du lien social, d'arrêter l'exclusion du plus faible, du malade et du vieux, afin de faire participer tous nos compatriotes qui ne demandent qu'à travailler, à l'œuvre exaltante de la reconstruction nationale. L'AMP (avec le Pprd en tête) doit être le mouvement politique qui ose, prévoit et propose. Nous devons être capables de montrer la voie et d'ébaucher des solutions à tous les problèmes qui se posent à notre peuple.

Arrêter la machine à fabriquer des aigris

Pour devenir un Mouvement politique digne de ce nom, l'AMP devra réussir un exercice dans lequel ont échoué la plupart de ses composantes : transmettre et faire partager à tous les Congolais le même enthousiasme pour la reconstruction de leur pays. Ses dirigeants doivent être capables de construire une culture interne participative et mobilisatrice. Il ne peut y avoir d'un côté des acteurs et de l'autre des spectateurs.

Il faut que nos compatriotes et les partis qui les représentent au sein de cette coalition se sentent fiers d'appartenir à ce Mouvement et de partager les valeurs républicaines qui sont celles de son leader. C’est-à-dire, un sens aigu des services à rendre à notre pays, une politique de ressources humaines porteuses de progrès et respectueuse de tous ces membres, une gestion intelligente des compétences, une mobilité sectorielle et géographique, etc.
Pour réussir cette campagne qui s'annonce difficile, l'Amp et les partis qui la composent doivent commencer par motiver et fidéliser leurs cadres, leurs animateurs, leurs militants et leurs collaborateurs par des règles d'action et d'appréciation communes. Il faut lier au mieux la rémunération aux compétences et aux résultats de chacun.

Il faut arrêter de nommer n'importe qui à n'importe quel poste, sous le fallacieux prétexte d'équilibre régional ou autre, de même qu'il ne peut plus être question de nous dire tous les jours que la coalition et ses partis satellites n'ont pas de moyens pour agir. On ne fait pas de la politique sans argent. A nous de créer la richesse. Autant de chantiers à ouvrir, autant de rassemblements à prévoir, autant de solutions à proposer dans le cadre strict des valeurs de la République. Nous avons un devoir d'émancipation du Congolais contre l'obscurantisme qui lui a fait croire trop longtemps que la seule loi c'est celle de la voyoucratie, du plus fort, du plus voleur, du plus malhonnête et du plus magouilleur.

Pour porter les ambitions et les espoirs des Congolais, les partis de la majorité présidentielle doivent être dirigés par des hommes irréprochables. Des hommes sincères, libres et de bonnes mœurs. C'est cela l'esprit, la lettre et la philosophie qui a fait prendre les armes à notre peuple contre l'ancien régime. Nous devons le retravailler et le propager sans complexe. La révolution du 17 mai est un acquis dont nous avons tort de  ne plus nous prévaloir. C'est un fait historique rare dont nous n'avons pas à avoir honte.

Arrêtons de nous flageller. Bien sûr, nous devons tenir compte des équilibres dans la représentation des groupes nationaux : provinces, ethnies, régions, religions, corps de métiers, etc. Sans toutefois en faire un critère absolu. Il faut consolider les structures du Kabilisme, de sorte qu'il devienne une institution capable de résister au vieillissement, à la sclérose et à l'usure du temps. A condition, encore une fois, d'arrêter de faire des aigris.

Correspondance de Delphin N'Zamba Afri-ku-Nyeng (Président Honoraire Pprd/France)


(DN/Yes)