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Les femmes se ruent dans des métiers d’hommes

Kinshasa, 23/12/2009 / Société
Mécaniciennes, menuisières, maçon­nes ; aucun métier n’effraie plus aujourd’hui les femmes de Bukavu. Elles sont de plus en plus nombreu­ses à occuper des emplois jusqu’alors réservés aux hommes aux gros bras.

Rond-point ISP en plein cœur de la ville de Bukavu. Il est 17 heures et la pluie menace. Une dizaine des per­sonnes attendent un bus pour Kadutu, une commune populaire. Mais le mi­nibus qui arrive a un pneu crevé. Le chauffeur appelle un kwado, terme du jargon local qui désigne un mécani­cien chargé de changer et de réparer les pneus. Tout le monde regarde en silence et avec curiosité « celui » qui arrive : c’est une femme qui, au grand étonnement de tous, s’assied par terre pour changer rapidement le pneu.

« Je n’ai pas fini mes études secon­daires et j’ai vu qu’il y a d’autres fem­mes qui font la mécanique et gagnent leur vie, explique la femme kwado en finissant sa tâche. Je me suis inté­ressée et j’ai constaté que j’avais des capacités pour le faire et que ce n’était pas un tabou. Ça fait six mois que je suis dans cette activité et je gagne environ 5 000 Fc par jour (1 $ vaut 850 FC). J’ai un mari et trois enfants et ce travail m’aide dans ma charge ména­gère ».

Mécaniciennes, menuisières, ma­çonnes… Les femmes, depuis trois ans, osent pénétrer dans ces métiers longtemps pris en otage par les hom­mes. Elles sont aujourd’hui nombreu­ses dans les centres d’apprentissage des métiers qui prolifèrent ces der­niers temps dans la ville. Dans cer­tains secteurs, comme la conduite automobile, elles sont même aussi nombreuses que les hommes.

« Les femmes ont compris »

« Notre centre existe depuis dix ans, mais c’est ces deux dernières années que le nombre des femmes a augmenté dans la conduite automo­bile. Auparavant elles s’intéressaient plus au français et à l’anglais », expli­que René Rutakaza, chargé des pro­grammes à APROFA, une association qui dispose de centres d’apprentis­sage des métiers. En 2009, elles ont été une dizaine à s’y mettre alors qu’il y a seulement cinq ans, aucune femme n’était inscrite, précise René Rutakaza.

« Les femmes ont compris... Ce n’est pas parce qu’on va au salon de beauté ou qu’on change d’habits qua­tre fois par jour que l’on est appelé femme. La femme actuelle c’est celle qui cherche à gagner sa vie », expli­que une mécanicienne du rond-point ISP.

Certains chauffeurs se disent tou­chés par le sérieux des femmes dans leur travail. « Elles cherchent à se qua­lifier et montrer qu’elles peuvent mieux faire que les hommes, et ainsi font leur travail avec autant de sérieux et de propreté », reconnaît un chauffeur de bus stationné à l’arrêt de Nyawera. Cependant, pour l’instant, la quasi-tota­lité de ces femmes travaille encore comme employées ou aides et non comme patronnes.

Culture et conjoncture

Certains hommes pensent encore que ces travaux exigent de la force physique et que les femmes sont mal placées pour les faire. « Ce sont des idées anciennes. Si une femme pense avoir des capacités pour être mécani­cienne, elle peut le faire. C’est un tra­vail comme les autres. Il n’y a pas que les femmes qui ont une faiblesse phy­sique. Des hommes aussi sont inca­pables de faire ce genre de travaux », explique un jeune aide-chauffeur venu faire souder le siège de son minibus dans un garage. La majorité des hom­mes est de son avis.

Même si certains, trop conserva­teurs, supportent encore mal ce dy­namisme des femmes, la conjoncture joue en la faveur de celles-ci. « La vie est devenue dure ici à Bukavu... Voyez un peu le prix des loyers, celui des produits de première nécessité. Il faut forcer pour vivre et si on trouve un travail qui fait respecter sa dignité peu importe, on s’y jette », lance Bahati, une jeune femme qui s’occupe du soudage dans un garage de l’ave­nue Industrielle, en commune de Kadutu.

« Ma fille est aussi menuisière à Goma. Au début ça me faisait mal quand elle apprenait, car je pensais que sa place n’était pas là. J’ai cher­ché la cause de cette inquiétude et j’ai conclu que ce n’était qu’une fai­blesse d’esprit : on été longtemps aveuglé par nos cultures. La preuve c’est qu’elle a trouvé un homme et vit tranquillement dans son foyer », témoi­gne fièrement un menuisier de la même avenue.

En février 2006, la nouvelle Cons­titution a garanti, pour la première fois, la parité, donnant les mêmes droits aux femmes qu’aux hommes, et cela dans tous les domaines. Pour cer­taines organisations féminines, c’est une des grandes motivations qui poussent les femmes à embrasser toutes les carrières professionnelles.

La Référence Plus


(GM/Tkm/Yes)



Last edited: 23/12/2009 10:05:30

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