L’exercice 2009 se termine sur une note satisfaisante pour le secteur bancaire. Malgré la crise financière internationale, de nouveaux investissements ont été enregistrés.
La traditionnelle rencontre trimestrielle entre les banques commerciales et l’institution d’émission a été respectée. Celle de décembre a tourné en une cérémonie d’échange de vœux entre l’Association congolaise des banques (ACB) et la Banque centrale du Congo (BCC) en la résidence de Michel Losembe, président de l’ACB, le 16 décembre 2009.
Comme à la fin de chaque exercice, le président de l’ACB a saisi cette occasion pour faire l’état des lieux du secteur bancaire en 2009. Année particulière difficile pour l’ensemble de l’économie congolaise qui a souffert des conséquences de la crise financière et de la récession qui en a résulté.
Dans ce contexte morose, l’Association connaît un dynamisme nouveau depuis un peu plus d’un an. De huit, l’association a vu le nombre de ses membres passer à seize, et ces derniers, sous le leadership de Michel Losembe, Directeur Général de la Citibank, a décidé de faire de l’ACB une Association qui compte.
Durant la période difficile, les banques se sont réorganisées, se réunissant mensuellement, discutant ensemble de problèmes du secteur, notamment les dérives du climat des affaires, les pesanteurs fiscales et judiciaires.
Ce travail a été s’inscrit en complémentarité avec celui de la Fédération des entreprises du Congo, notamment en ce qui concerne l’amélioration du climat des affaires. VL’ACB a donc pris la défense du secteur bancaire pour favoriser l’émergence des banques en discutant avec la Banque centrale, les administrations publiques, notamment les régies financières.
L’ACB a aussi travaillé avec le gouvernement dans le cadre des crises de dérapages du Franc congolais, de la reprise de l’inflation, des discussions avec les bailleurs de fonds, sur les stratégies macroéconomiques du gouvernement.
Avec ses interlocuteurs, l’ACB a fait comprendre le rôle joué par les banques dans le développement durable d’une nation. Car, affirme-t-on dans les milieux des banquiers : « Il n’y a pas de développement économique pérenne si les banques ne jouent leur rôle en récoltant l’épargne d’un côté et ne financent pas l’économie de l’autre ».
Les banques restent donc la pierre angulaire du développement, un vecteur déterminant de la croissance économique. Si elles n’augmentent pas la collecte de l’épargne, ne touchent une partie de plus en plus importante de la population et si elles ne peuvent financer des entrepreneurs qui veulent lancer des activités ou les étendre, tous les efforts de relance ne seront rien d’autre que des coups d’épée dans l’eau.
Fort de son nouveau leadership, l’ACB devenant une corporation professionnelle crédible, ambitionne d’amener les décideurs du pays à hisser le secteur bancaire au centre de ses préoccupations et lui donner la place qui lui revient dans l’économie nationale.
Le meilleur interlocuteur de l’ACB est par conséquent la Banque Centrale du Congo dont l’accompagnement et la vision sont indispensables pour déclencher un véritable démarrage du secteur et ainsi faire bénéficier à l’économie de l’effet de levier si nécessaire à la croissance.
L’Institut d’émission l’a bien compris et s’est attelé en 2009 à prendre des mesures qui favorisent l’essor des banques, à commencer par l’agrément de six nouvelles banques.
Ce qui a valu à la BCC les félicitations des banquiers pour tout le travail accompli pour le secteur, et ce en sus de son rôle dans l’aboutissement de bonnes nouvelles enregistrées récemment, notamment la reprise d’un programme formel avec le Fonds monétaire international.
Le secteur bancaire porteur de croissance économique
L’arrivée de nouvelles banques est bénéfique à l’économie, tant cette dernière est une des plus sous-bancarisée au monde. Les nouveaux arrivants, en plus des capitaux injectés en RDC; pénètrent des créneaux que les anciennes n’avaient pas vraiment ou n’ont pas encore explorés : la micro-finance, le crédit aux particuliers et aux PME.
Ces nouveaux segments concourent à démontrer le dynamisme de la profession et renforcer sa crédibilité aux yeux de la population, a noté Michel Losembe dans son allocution.
En dépit de cet environnement difficile de 2009, le secteur bancaire sera un des maillons de la vie nationale qui aura tiré son épingle du jeu.
Au moment où plusieurs secteurs de l’économie ont reculé face à une conjoncture difficile, (les mines a connu la fermeture de certaines entreprises, celui des Télécoms le dégraissement des effectifs) ; pour le secteur bancaire, l’an 2009 se clôture par un accroissement significatif du nombre d’institutions bancaires avec l’arrivée de 6 nouvelles banques, 62 nouvelles agences et guichets ouvertes un peu partout à travers le territoire national, 124 356 comptes en banque ouverts, 935 nouveaux emplois créés et 81 millions de dollars injectés comme capital dans l’économie.
Pour consolider ces acquis pour un secteur en pleine résurrection, les banques commerciales voudraient faire évoluer, avec l’accompagnement de la BCC, certains aspects de la réglementation et des lois.
Cela en vue de poser les jalons de la croissance soutenable autour d’une loi comptable qui permette la comptabilisation intégrale en devise, à l’instar du secteur minier ; loi sur la monnaie électronique pour permettre une assise solide au progrès technologique en matière de paiements dématérialisés; loi sur le Code des investissements qui exclut le secteur bancaire ; réglementation du change qui comporte encore trop d’obstacles au développement du commerce ; la mise en place d’un système d’adjudication de devise simple et régulier qui permette aux banques de répondre tant soit peu à une demande croissante de devises et soulager les tensions sur les taux de change…
En tant qu’association, l’ACB a également des défis à relever. Elle mettra à la disposition de ses membres des outils, cela avec la mise en place d’un programme de formation bancaire et à terme d’un centre de formation, avec l’aide de certains bailleurs de fonds ; la mise en place d’une politique de communication de la profession visant à vulgariser le concept de bancarisation aux populations et à crédibiliser le secteur, l’intégration de valeurs communes aux membres notamment l’éthique professionnelle et la lutte contre le blanchiment de capitaux, l’innovation technologique…
Ce qui a fait dire à Michel Losembe que bien que sur un bon départ, le nombre et la complexité des défis à relever étant tels, il faudra au secteur bancaire bien plus que cinq chantiers pour arriver à ses fins. Ceux-ci s’assimilent en effet à plus que 12 travaux d’Hercule !
Quel avenir aux banques congolaises ? Les opérateurs du secteur s’investissent, l’autorité monétaire s’engage à accompagner l’effort, le climat des affaires est maintenant une priorité du gouvernement…. L’année du Cinquantenaire de la République démocratique du Congo sera-t-elle aussi celle du décollage de nos banques ? L’ACB veut y croire…
Le Potentiel
(CL/PKF)