Qu’est-ce qui se passe au sein de la plate-forme politique AMP-PALU-UDEMO et Alliés qui a porté Joseph Kabila à la victoire finale au second tour lors de la présidentielle de 2006 ? Répondre à cette question, c’est moins ouvrir la boîte de Pandore qu’étaler à l’air libre le contenu d’un panier à crabes.

En effet, selon des apparences qu’il faut se garder de prendre pour des produits de fiction, plus d’un observateur au fait des convulsions qui secouent la famille politique du président de la République conviennent que la vérité au sujet de ces convulsions se situe à équidistance de ces deux termes de référence : celui de la boîte de Pandore et celui du panier à crabes.

En tous les cas, sauf à chercher pudiquement à le nier – ce qui ressemblerait étrangement alors à une imprudente fuite en avant – il est notoirement admis dans certains cercles de la famille politique présidentielle que le comportement de certains gestionnaires publics propulsés à des postes de responsabilité par les différentes composantes de la famille laisse à désirer.

On reproche à plusieurs d’entre eux d’être retombés dans une culture de gestion qui est une copie conforme en tout point de vue à celle qui a prévalu dans la République des copains une quinzaine d’années plus tôt, et renoué de ce fait avec les vieux démon de la jouissance et du l’enrichissement illicite qu’ils étaleraient ostentatoirement.

Bref, selon ces milieux, on assiste maintenant à un m’as-tu vuisme de mauvais aloi préjudiciable à la crédibilité et à l’honneur du groupe. Si bien que, ajoute-t-on, le commun dénominateur de ces mandataires publics s’appelle impunité.

Entre-temps le peuple, qui observe ces déviances et les voit au quotidien en fait ses choux gras dans les conversations.

Dans les bistrots, les bus, les lieux de travail et certains cercles de la majorité où l’on ne bénéficie pas – ou pas assez croit-on savoir - des dividendes de la victoire au même titre que les autres, les conversations se nourrissent des frasques de ceux que l’on commence à appeler avec une pointe d’ironie les nouveaux riches.

Beaucoup affirment que l’absence de sanction négative à leur endroit est l’une des causes des convulsions agitant ce microcosme dans lequel se constitue petit à petit une couche d’aigris et de grognons.

Député Pprd de son état, Albert Pwela et quinze autres de ses collègues de l’Assemblée nationale du même bord politique que lui qui se sont affichés la semaine dernière membres d’un courant dit rénovateurs au sein de l’AMP font partie de cette couche au sein de la majorité présidentielle.

A grands renforts de charges, il a incriminé l’état d’esprit qui agite aujourd’hui la famille politique à laquelle ils appartient et, au nom de son « courant », il a engagé une passe d’armes contre ce qui lui paraît ne pas se passer de manière orthodoxe au sein de la coalition.

Plus particulièrement, il a déchargé sa bile contre le gouvernement, qu’il a accusé d’immobilisme. Il s’en est également pris sans ménagement au président de l’Assemblée nationale, coupable à leurs yeux d’avoir « confisqué le pouvoir et réduit la chambre basse du Parlement au rôle de caisse de résonance du gouvernement ». Enfin, Albert Pwela a porté l’estocade contre certains membres de la coalition, détenteurs d’un mandat public, et il les a accusés de tous les péchés d’Israël.

Et, en filigrane de ce point de presse qui a fait grand bruit, cet esclandre a soulevé le courroux de Louis Koyagialo Ngbase Te Gerembgo, le secrétaire exécutif a.i de l’Alliance présidentielle.

Piqué au vif par cette prestation médiatique qui a des allures iconoclastes de la part de ces brebis du troupeau en rupture de discipline aux règles de bienséances qui régulent la vie de l’Alliance et dictent à ses membres la conduite à suivre, Louis Koyagialo leur a tout de suite rappelé que, dans leur show de samedi 14 décembre dernier au Palais du peuple, ils ont agi à rebours de la méthodologie en usage au sein de la plate-forme politique de soutien au Raïs Joseph Kabila Kabange.

Car en s’attaquant au gouvernement qu’ils veulent faire tomber par une motion de censure en préparation, et en dirigeant des attaques personnelles sur la personne d’Evariste Boshab en sa qualité de président du bureau de l’Assemblée nationale, ils ont péché contre la cohésion et la discipline qui sous tend la l’existence de la coalition.

Dans sa réplique à Albert Pwela et à ses amis, le secrétaire exécutif a.i de l’Alliance a cru de son devoir de les rappeler à l’ordre et de leur faire comprendre que si la liberté d’expression n’est nullement mise sous éteignoir au sein de l’AMP au même titre que le droit de penser autrement, ces droits ne peuvent s’exprimer qu’au sein des partis membres de l’Alliance.

Une façon de dire à la bande à Pwela que, quelque pertinents que pourraient être les griefs qu’ils ont, ceux-ci devraient être exprimés au cours d’une réunion de leurs partis respectifs et non dans les couloirs d’un quelconque édifice public.

C’est, de la part du secrétaire exécutif de l’AMP un vigoureux rappel à l’ordre qui a sans doute valeur d’avertissement, valable et opposable à tous.

Une façon enfin pour lui de rappeler à tout le monde et à chacun qu’on est membre de l’Alliance que sous le couvert d’un parti, à moins d’y être entré en qualité de personnalité indépendante.

C’est dire que ce n’est pas tant le bruit fait par les éclats de voix de Pwela que la manière et le cadre que celui-ci a choisis pour exhaler son ras-le-bol qui a indisposé la hiérarchie de la coalition.

En fin de compte et à tout considérer, cette passe d’armes dans laquelle le député Pprd Albert Pwela et ses amis viennent de s’illustrer remet sur le tapis cette propension à l’indiscipline et d’atteinte à l’esprit de solidarité qui commence à prendre corps au sein de la majorité présidentielle.

Ceci étant, cette prestation des mousquetaires du courant « rénovateur » appelle de notre part plusieurs réflexions.

La première est que, au sein de la majorité présidentielle, personne ne peut plus nier aujourd’hui les situations que nous avons décrites tout au début de cette réflexion et qui créent des remous au sein de la majorité ne peuvent pas être éludées, parce qu’elles sont connues de tous.

En somme, pour beaucoup de gens dans l’intérieur de la coalition, les « rénovateurs » n’ont fait que dire tout haut ce que les autres membres de la coalition disent tout bas. Ce qui pourrait être vrai.

Mais nous partageons aussi l’opinion de ceux qui, soucieux de préserver la cohésion de l’Alliance et la pugnacité électorale dont on en attend aux joutes électorales toutes proches, se doivent de ne pas blanchir ceux des mandataires publics et autres personnalités convaincues de malversations ou de corruption.

Autrement, nous nous montrerons complices de tous ceux qui voudraient vider l’opération Tolérance Zéro de toute sa quintessence.

Dans certains cercles de l’Alliance, il est tout aussi vrai que certaines opinions ne se lassent pas de les fustiger et de regretter la condescendance dont bénéficieraient ces mandataires. Nous serons les dernier qui innocenterons ce genre d’hommes qui jettent l’opprobre sur la crédibilité du groupe.

Mais, en tout état de cause, en l’absence de confirmation par voie judiciaire de faits précis et probants à mettre à charge desdits mandataires, nous serons également les premiers à mettre pareils faits sur le compte de l’affabulation et des supputations.

De toutes les façons, et ceci est notre seconde réflexion, nous passerions pour trop présomptueux si nous prétendions que la coalition politique présidentielle n’est composée que des anges et des saints absolument irréprochables à tout point de vue, et qu’il faudrait mettre des œillères pour ne pas les voir.

Des erreurs, des dérapages dans l’exécution des tâches, et des comportements à la limite de la licence bousculent quelquefois les idées reçues sur telle ou telle personnalité politique proche du chef de l’Etat : tant que les indélicatesses dont ces personnalités seront accusées ne relèveront que de la rumeur publique, nous nous garderons de les prendre pour du pain béni ou pour des vérités bibliques.

Notre dernière réflexion nous incline à méditer sur les mécontentements récurrents et les luttes de positionnement qui se déroulent au sein de la majorité présidentielle.

Nous n’aurons de cesse de dire que ces comportements et ces attitudes ébranlent sa cohésion et ceci ne se voit souvent que chaque fois que s’annonce un remaniement du gouvernement, des nominations à des postes diplomatiques ou à des emplois hautement rémunérés dans les entreprises publiques.

Ceci étant, il devient urgent et impérieux pour le Raïs Joseh Kabila, autorité morale de l’AMP de tirer les leçons et les conséquences des soubresauts qui agitent la coalition.

On n’est pas bien loin des préparatifs des futures échéances électorales auxquelles il ne pourra aller qu’avec des partis, des organisations et des personnalités réellement convaincues de la fidélité et du capital de confiance que les uns et les autres vont apporter dans son escarcelle.

Clément Vidibio/MMC


(CV/TN/Yes)