Les travaux du Forum national sur la lutte contre corruption (FONALC) ont été ouverts, mer­credi 16 décembre 2009 au Palais du peuple, par le vice-premier mi­nistre en charge de la Recons­truction, Emile Bongeli. C’était en présence de MM Michel Botoro Bodias, Baloyi Richard et Coco respectivement ministre congo­lais de la Fonction publique et mi­nistres sud-africains de la Fonc­tion publique et des Services pu­blics et celui de la Décentralisa­tion et Bonne gouvernance.

Généralement, lorsqu’on se retrouve dans de grandes assises nationales, on a le sentiment de joie de revoir les compatriotes ainsi que les partenaires partager les idées susceptibles de contri­buer ou d’accélérer le processus du développement économique et social. Mais hélas ceci n’est pas le cas aujourd’hui.


Souffrez que je déroge à la formule protocolaire consacré à ce genre de manifestation en vous disant brutalement  que c’est une honte, une honte toute bue pour notre pays, la RDC, de se noyer dans la corrup­tion ; un mal récurrent, connu de tous mais jamais, jamais alors, combattu avec autant de détermination et d’efficacité.

Les efforts que nous sommes appelés à con­sentir aujourd’hui auraient dû ser­vir à une réflexion profonde sur les stratégies et les moyens de la reconstruction nationale, dont le pays a grandement besoin. Voilà, nous sommes obligés de nous adonner encore une fois de plus à un exercice de prise de cons­cience collective en vue de jugu­ler cette gangrène qui menace dangereusement la crédibilité et la survie de la nation congolaise, a soutenu le vice-premier Emile Bongeli avec son franc-parler ha­bituel.

Les problèmes liés à la corrup­tion étant déjà identifiés et ses conséquences connues, il a recommandé qu’il soit plus question de peaufiner les armes et de ravi­ver l’ardeur au combat pour un engament fort à l’effet de maîtriser ou de réduire considérable­ment l’impact négatif de la corrup­tion et de ses auteurs publics ou privés, passifs ou actifs.

La corruption : un monstre

Pour leur part, les ministres congolais et sud-africains ont fus­tigé, dans leurs allocutions res­pectives, que la corruption est un fléau qui gangrène la société non seulement congolaise, mais aussi africaine.

Pour le ministre sud­-africain de la Fonction publique et des Services publics, ce forum entre dans la droite ligne de la ré­forme de l’administration publique initiée par le gouvernement con­golais depuis 2003 et soutenue par la République Sud-africaine ainsi que d’autres partenaires au développement.

Par ailleurs, tous les autres in­tervenants officiels et les experts ont reconnu que la corruption reste ce mal qui affaiblit les insti­tutions, établit les inégalités dans la communauté nationale et s’ins­talle là ou la mal gouvernance rè­gne comme mode de gestion. Ils ont aussi dénoncé le fait que des individus poussent les officiels à poser des pratiques illégales et inciviques.

Selon la délégation sud-afri­caine, la RDC seule n’est pas con­cerné par la corruption. C’est toute l’Afrique qui souffre de la cor­ruption. Pretoria s’est engagé à combattre ce fléau.

Un plan d’urgence Multisectoriel

Il est démontré que la corrup­tion est un monstre qu’il faut ab­solument combattre en dépit de tous les qualificatifs qu’on peut coller à ce mal pour le justifier (cailloux au Cameroun, Madesu yabana en RDC...).

Il y a donc beaucoup de défis à relever pour combattre la corrup­tion. Car c’est devenu une pandémie socia1e comme le VIH/Sida. C’est dans cette optique que dès l’entame du Forum, les participants ont proposé qu’il soit ins­titué un « Plan d’urgence multisectoriel » pour lutter contre la corruption.

Pour sa part, le premier avocat général M. Katwala qui représen­tait le Procureur général de la République, a déploré qu’on jette souvent la pierre à la magistra­ture alors que cette dernière s’est considérablement améliorée. Pour lui, c’est la mise en œuvre des mesures existantes qui pose problème. Aussi, il a plaidé pour que le législateur prenne des lois qui n’existent pas encore en RDC en vue de réprimer la corruption. Il a cité pour exemple la loi sur les abus sociaux, la loi sur le favori­tisme, et d’autres qui ne sont pas encore dans l’arsenal juridique de la RDC. Le premier avocat géné­ral a également dénoncé la non application des décisions judiciaires.

L’inquiétude de la Société civile

La journée d’ouverture du Fo­rum a été ponctuée par le boycott, pendant quelques heures, des travaux par les délégués de la So­ciété civile de la RDC. En effet, elle a quitté la salle pour protes­ter contre l’absence remarquée des officiels (décideurs politiques) congolais.

Pour la Société civile, leur absence risque d’hypothé­quer les conclusions et recom­mandations de ce débat national. A son retour dans la salle, elle a insisté sur l’engagement inexigé que les décideurs politiques à tous les niveaux puissent pren­dre une part active à ce forum.

On a noté la présence du vice-­gouverneur de la province du Bas-­Congo, Déo Nkusu. Dans son intervention, il a salué l’initiative. Il a insisté que soit évoqué la ques­tion de paiement de l’impôt par les citoyens. Selon lui, l’impôt cons­titue un moyen financier supplé­mentaire à l’Etat et lui permet ainsi d’améliorer les conditions de vie de ses populations, d’une part. Et d’autre part, il peut permettre à l’Etat de mettre ses agents à l’abri de la corruption.

Pour leur part, des moralistes ont insisté sur l’engagement individuel de chacun pour lutter contre la corruption, du chef de l’Etat au huissier, du prêtre au fidèle, de l’enseignant à l’élève, tout le monde doit prendre un engagement pour que la so­ciété change. Ils ont appelé à une participation et l’implication de toutes les couches sociales du pays pour réussir ce combat contre la corruption. A l’unanimité plusieurs inter­venants ont souligné que s’il y a la guerre à l’Est du pays, c’est le fait aussi de la corruption.

La Référence Plus


(CV/Milor/Yes)