Mégapole de près de 9 millions d’habitants, Kinshasa souffre d’une carence de gouvernance dont la visibilité quasi nulle s’offre jour après jour aux Kinois sans avoir besoin de se démentir.
Kinshasa est devenue crasseuse. Kinshasa se meurt au jour le jour. Kinshasa est comme un navire qui tangue sur une mer sans cesse en furie. Kinshasa est une ville où les lois se prennent le matin, s’appliquent superficiellement le temps d’une matinée et s’en vont mourir dans les placards de l’Hôtel de ville. Ce sont les propos que l’on entend à longueur de journées dans les bus et dans les taxis de la ville. On n’en finit donc pas de s’apitoyer sur la destinée de la grande métropole congolaise, et Dieu seul sait combien de textes réglementant sa gestion depuis l’indépendance n’ont connu qu’une application éphémère avant d’aller se reposer pour l’éternité dans les placards poussiéreux de ses archives !
Pour tout dire : chaque jour qui passe, les Kinois n’arrêtent plus de se répandre en inquiétudes et en pessimisme sur la descente aux enfers de leur ville assaillie par une multitude de problèmes devenus quasi insurmontables. Beaucoup d’entre eux avouent avoir aujourd’hui l’impression que la maîtrise des problèmes complexes que traverse la Capitale échappe totalement ou en partie à leurs édiles urbains au point qu’ils ignorent apparemment par quel bout il faut amorcer leur résolution hypothétique.
Cascade de problèmes dans Kinshasa la tentaculaire !
Les problèmes qui font la décrépitude de Kinshasa sont de tous ordres. Un bref regard sans complaisance sur l’image qu’offre l’environnement de la ville permet de se rendre à l’évidence que l’incurie est omni présente partout.
Qu’il s’agisse de l’assainissement de la ville ou du problème des érosions qui donnent des insomnies à plus d’un Kinois, du délabrement à vue d’œil de la chaussée, ou encore de l’obstruction des caniveaux par des ordures ménagères, de la pénurie des transports en commun et de leur corollaire qui est la réglementation de la circulation routière, de l’envahissement désordonné des emprises publiques par des constructions anarchiques ou de la prolifération des lieux de prière, de la délivrance intempestive des autorisations d’installation et d’ouverture de moulins de manioc et de maïs, de garages, de débits de boissons dans l’irrespect le plus total des normes administratives établies; qu’il s’agisse enfin du problème non moins inquiétant que constitue la déperdition morale généralisée de la jeunesse kinoise: ce sont là autant de motifs d’inquiétude qui assaillent les Kinois plus que jamais déboussolés devant la cascade de problèmes devant lesquels ils accusent leurs édiles urbains d’incurie.
L’étendue de la ville est aujourd’hui telle que son administration et sa gestion de manière rationnelle pose de graves problèmes dont il faut se garder d’occulter l’existence.
L’absence d’un réseau routier urbain capable de relier toutes les 26 entités administratives qui la composent constituent un handicap sur le plan sécuritaire vue du point de vue de l’intervention rapide des forces de police commises à cet effet. L’inter connexion de toutes les communes entre elles par des routes carrossables et éclairées la nuit est une nécessité qui s’impose. Cette question ne mérite pas que nous nous y attardions aujourd’hui, autant que la question de l’insalubrité publique qui a dépouillé la capitale de son appellation d’antan de Kin-la-Belle au profit de celle moins reluisante de Kin-la-Poubelle qui lui sied parfaitement bien au vue de l’état qu’elle présente actuellement.
Certes, l’Hôtel de ville a trouvé une parade au problème de l’insalubrité de la ville en installant des poubelles publiques dans plusieurs coins des communes. Mais à l’insuffisance de ces moyens d’évacuation des ordures ménagères et autres se greffe celui de leur vidange en temps utile.
En effet, la fréquence de passage des camions chargés de vidanger les poubelles surchargées est quelquefois si hypothétique que l’on déplore souvent la destruction de ces poubelles qui croulent sous le poids de leur contenu. Et la situation n’est guère plus brillante dans les endroits dépourvus de poubelles publiques : les ordures s’y entassent en créant des odeurs pestilentielles. Le marché central de la capitale et ses environs immédiats de même que certains « wenze » tels celui du Rond-Point Ngaba, Matete, Gambela pour ne citer qu’eux présentent eux aussi autant de spectacles désolants d’insalubrité publique chaque jour. Et leur situation est bien pire après une ondée avec des vendeuses qui étalent leurs marchandises sur la boue et des acheteurs qui approchent ces étals de fortune en surfant pratiquement à travers des mottes de cailloux ou de terre !
Il ne se trouve personne, parmi ceux qui pataugent dans cette gadoue nauséabonde qui ne manque pas de vitupérer contre l’autorité urbaine sous l’accusation d’incurie.
Autre sujet d’interpellation de l’autorité urbaine de Kinshasa :
les érosions. En cinq années, celles-ci ont rayé de la carte de la capitale certaines parties de ses quartiers populeuses.
Les érosions les plus connues parce que les plus spectaculaires sont celles de Mataba au quartier Binza Pigeon, dans la commune de Ngaliema ; Kingu dans la commune de Selembao ; Kindele, Cité Mama Mobutu et camp militaire de Badiadingi dans la commune de Mont-Ngafula : toutes ces érosions ont provoqué d’immenses cratères qui ont envoyé dans leur précipice des centaines de familles sinistrées dont la liste s’allonge à chaque pluie !
Ces sites érosifs sont donc devenues des sujets d’épouvante pour des centaines de familles kinoises. Le moins que l’on puisse dire est qu’elles semblent avoir eu raison de la capacité de réaction de cette autorité urbaine qui ne sait plus où donner de la tête devant l’ampleur de leur avancée !
Quand bien même la responsabilité première de l’apparition de ce phénomène est à incomber aussi bien à l’autorité urbaine qu’aux chefs coutumiers connus pour leur soif irréfragable d’argent, les populations qui se sont approprié ces terres les ont mises en valeur au mépris des normes édictées en matière de protection et de préservation de l’environnement. Elles sont de ce fait elles aussi coupables de complicité de l’émergence de ce phénomène dont on déplore l’ampleur aujourd’hui, ne serait-ce que parce qu’elles ont largement contribué au dénudement du sol en abattant les arbres qui protégeaient jadis ces terres contre les ruissellements des eaux de pluie.
Mais, dans tous les cas, ceci n’exonère malheureusement pas l’autorité urbaine de ses responsabilités quant aux moyens à mettre en œuvre pour combattre ce fléau naturel.
L’obstruction des caniveaux par des détritus de tout genre par une population en manque de culture et de notions d’hygiène élémentaire fait qu’à chaque pluie, les eaux débordent sur les chaussées et les abîment lorsqu’elles se retirent. Il s’ensuit des inondations qui affectent également le vécu quotidien des Kinois, notamment en raison des perturbations qui s’ensuivent sur le plan des déplacements à travers la ville.
Dans le cas d’espèce, l’opinion accuse l’autorité urbaine de ne pas responsabiliser suffisamment les édilités communales sur les travaux d’utilité collective décrétés en son temps par le gouvernement. Les opérations hebdomadaires du « Salongo » (travaux collectifs d’assainissement) ne connaissent plus l’engouement qu’elles ont suscité à leur lancement, tant elles sont effectuées chaque samedi dans une atmosphère de désintéressement bien perceptible.
Qui délivre les autorisations d’ouverture de débits de boissons et de moulins à maïs et à manioc ? Autorité urbaine ou bourgmestres des communes, peu importe. Ce qui s’observe est que ces autorisations sont délivrées sans qu’elles ne soient précédées d’enquêtes commodo et incommodo comme cela est prescrit par la loi. Car on explique pas comment des endroits où ces sortes d’activités n’auraient pas d’être autorisée laissent fonctionner soit des « nganda » où se débitent des nuisances sonores intempestives, quelquefois à proximité d’écoles ou d’hôpitaux. Il n’est pas rare non plus d’entendre ronronner des moteurs de moulins à manioc et à maïs à des heures indues, parce que, prétextent leurs propriétaires, ils sont astreints à suivre l’horaire de fourniture du courant qu’impose la Société nationale d’électricité (Snel )!
Et que dire de ces veillées nocturnes organisées à tout bout de champ par les responsables des églises dites de réveil, sinon qu’elles se déroulent avec la bénédiction sinon l’indifférence des autorités locales, visiblement très indulgentes en faveur de tous ceux qui se mettent en travers des lois ?
Dernièrement, le gouvernorat de Kinshasa a pris une série de décisions réglementant l’exercice de certaines activités à travers la ville. La fermeture de plusieurs vieux cimetières et d’une vingtaine d’hôtels jugés insalubres parce que ne répondant pas aux normes en la matière font partie de cette série de décisions. Hélas ! depuis lors, on continue à enterrer à Kinsuka, Kimbanseke et Kintambo tout comme dans les deux petits cimetières de Kimwenza, ce avec la complicité évidente des chefs coutumiers ou d’autres petits monarques du coin attirés par l’appât insatiable du gain.
Que dire de la continuité d’activité de cette maison de passe au lieu dit « Porte noire » qui fonctionne allégrement sur la rue Ingende dans le quartier Kindele de Mont - Ngafula. Et tout cela se passe dans la plus grande indifférence du chef de quartier, du bourgmestre et par ricochet de l’Hôtel de Ville ! Ceci étant, comment ne pas donner raison à ceux qui accusent celle-ci d’incurie ?
Allons ! allons, trêve de constats : un sursaut de la part du gouverneur de la Ville André Kimbuta pour une gestion plus lucide de son entité, une vigoureuse reprise en main des affaires relevant de sa responsabilité s’imposent au regard des échéances politiques futures qui se profilent à l’horizon. Il est plus que temps qu’il mette du cœur à l’ouvrage et qu’il y pense le plus sérieusement du monde.
Clément Vidibio/MMC
(CV/DN/Yes)