Question : que sait-on véritablement du mouvement de « rébellion » ou de « libération » ayant pour point de départ la localité de Dongo, au Sud-Ubangi, province de l’Equateur ? Réponse : pas grand-chose, en dehors de ce qu’en rapporte le site Internet de l’Apareco, ci-devant « propriété privée » (sic) jouissant de la protection « de la législation française » (resic). L’affirmation est dans le communiqué du 27 octobre 2009, signé Paul Rigobert Akanga, secrétaire général adjoint et porte-parole.

C’est par ce site qu’un certain Ambroise Lobala Mokobe, passant pour le porte-parole de l’organisation insurrectionnelle, fait diffuser ses déclarations appelant le peuple congolais à se soulever contre le Pouvoir établi. Intoxication ou pas, ce qui importe, c’est le constat du soutien médiatique de l’Apareco à une activité subversive dont les exploits sur le terrain, s’expriment en termes de personnes abattues, de colonnes des compatriotes fuyant au Congo-Brazzaville ou dans d’autres localités de la RDC, de villages incendiés, et même de tentative d’abattage d’un hélicoptère de la Monuc !

C’est comme si, à partir de la RDC, une organisation se réclamant de l’Opposition française donnait ouvertement sa caution aux indépendantistes Corses et que le gouvernement Sarkozy trouvait cela tout à fait normal dans les relations diplomatiques. Ou, si l’on veut, c’est comme si une organisation se réclamant de l’Opposition américaine, domiciliée à Kaboul, faisait l’apologie d’Oussama Ben Laden, et Washington n’y voyait aucun inconvénient ! C’est plutôt anormal…

Aujourd’hui médiatique, demain peut-être politique, sinon politico-militaire, le soutien de l’Apareco aux « Patriotes Résistants Congolais » épouse la même logique du soutien des chefs Fdlr résidant en Occident, même si la différence tient, d’un côté, du rôle en retrait d’Honoré Ngbanda pour les événements de Dongo et, de l’autre, du rôle d’avant-garde d’Ignace Murwanashyaka pour les événements du Nord et du Sud-Kivu. On sait de ce dernier qu’il a été récemment mis aux arrêts en Allemagne où il réside légalement et d’où, selon les informations recoupées, il dirigeait jusque-là les Fdlr.

Au lendemain de son arrestation, plusieurs ONG de défense des droits de l’homme ont enjoint les autorités d’autres pays européens, notamment la France et la Belgique, de neutraliser les dirigeants Fdlr y résidant tout aussi légalement. Tout le monde est d’avis que c’est là le moyen indiqué pour mater les Fdlr et favoriser la consolidation de la paix dans le Grand-Kivu en particulier, la sous-région des Grands Lacs en général.

En février 2009, en séjour à Goma en vue de couvrir la cérémonie de rapatriement au Rwanda des éléments Rdf ayant pris part à l’Opération « Umoja Wetu », j’avais mis sur Internet l’article intitulé « Pire que Nkunda existe : Dr Ignace Murwanashyaka, président des Fdlr ! ». J’estimais, en effet, qu’il était de la part des Occidentaux inconséquent, irrationnel de dénoncer les crimes des Fdlr et de forcer Kabila et Kagame « de composer pour éliminer ce phénomène », alors que des personnages comme Murwanashyaka n’étaient menacés de quoi que ce soit dans les pays ou communautés d’accueil !  

Force est de constater qu’il s’est écoulé une dizaine de mois cauchemardesques pour les populations du Nord et du Sud-Kivu avant de voir l’Allemagne procéder à l’arrestation d’Ignace. Or, si tous les Murwanashyaka d’Amérique, d’Europe, d’Asie, d’Afrique et d’Océanie avaient été neutralisés bien avant, c’est certain que le bilan de près de 6 millions de morts, de plus de 2 millions de déplacés internes et de plus de 400 mille réfugiés, le tout sur fond de pillage systématique et systémique des ressources naturelles congolaises du Grand Kivu, serait moins effarent que celui autour duquel l’on s’égosille aujourd’hui.

La terminologie trahit le fameux Ambroise

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, devrait-on attendre qu’il y ait davantage de morts, davantage de déplacés internes, davantage de réfugiés, le tout sur fond de davantage de pillage des ressources naturelles congolaises de l’Equateur, pour commencer à chercher à neutraliser les « chefs Fdlr » de Dongo résidant en Occident ?

Peu avant ces événements, je me rappelle avoir marqué, sur le Net, mon étonnement de voir l’Apareco s’afficher en « propriété privée » fonctionnant sous protection « de la législation française », sans que cela ne suscite interrogations. J’ai été copieusement injurié par les hommes d’Honoré Ngbanda. Mais, au moins, je me suis réjoui de constater une sorte de gêne de la part des « confrères » de l’Oeil du Patriote, organe de ce mouvement. Entre autres les Mena, Okeke, Akanga et autres Mbelu qui, visiblement, doivent avoir saisi la dimension exacte des risques encourus au plan diplomatique avec une telle affirmation ; une crise entre Kinshasa et Paris pouvant vite arriver.

Aujourd’hui, toute la communauté Internaute en est témoin : l’insurrection de Dongo n’a qu’une source d’information : le site Apareco. Mieux que simple témoin : les Internautes sont capables d’identifier, à partir d’une terminologie bien connue, la personne qui se cache derrière le fameux Ambroise Lobala Mokobe. Des expressions genre « sinistre œuvre d’extermination des Congolais », « forces d’occupation et de pillage », « coalition des aventuriers internationaux », « propagation de la terrifiante nouvelle », « plan macabre » etc. ont dans le classe politique congolaise leur utilisateur favori ; à moins qu’Ambroise Lobala Mokobe ne compose ses textes en s’inspirant des textes types de Ngbanda  (suivez mon regard).

On ne serait pas surpris de se retrouver, bientôt, avec une interview à la « Wilson Jackson » ou une lettre à la « Eric Lenge », sinon une « photo montage », sorties toutes d’un certain laboratoire. Entre-temps, sur le terrain, vont s’aligner d’autres morts, d’autres déplacés, d’autres réfugiés, d’autres pillages !

Retrait de la protection de la législation française

Curieuse coïncidence : les événements de Dongo ne sont pas sans rappeler la guerre du Mlc en 1998. Car c’est au moment où le Rcd, porté à bras le corps par le Rwanda depuis l’Est, avait manqué la prise de Kinshasa à l’Ouest en août que l’on vit surgir à l’Ouest le Mlc, pratiquement un mois plus tard (septembre).  L’insécurité entretenue par les Fdlr et les divers groupes armés congolais principalement dans le Kivu sont le reliquat de la guerre de 1998.

On se rend compte, cette fois, que c’est au moment où les Fardc, aidées en cela par la Monuc, sont en train de liquider cette guerre que l’Ouest, avec Dongo, prend la relève de l’Est ! Les rares sources à en connaître les contours soutiennent qu’aux jeunes Enyele se sont joints les ex-Faz et les ex-Mlc pour la plupart ex-Dsp et ex-Gaci ! Quand on sait que ces ex-soldats et leurs « alliés » bénéficient du soutien médiatique de l’Apareco, présidée par un Honoré Nbganda qui se reconnaît dans les uns et les autres, et quand – en plus – le « hasard » fait que Dongo se signale à l’instant où les chances de Jean-Pierre Bemba de quitter la Cpi s’amenuisent, c’est que l’on assiste à quelque chose ressemblant à un passage de relais !

Seulement voilà : avec le précédent Ignace Murwanashyaka en Allemagne, le soutien (encore médiatique avec cependant tout le potentiel de devenir politico-militaire) de l’Apareco pourrait amener la France à réagir conséquemment ! Notamment – si jamais elle l’a réellement fait – en retirant à cette organisation la protection de la législation française ! Merci par avance du nouveau torrent d’injures…

Correspondence de Omer Nsongo die Lema


(DN/Yes)