Le macabre comptage des cas de viols des femmes dans le Sud-Kivu rapporte gros aux Ong de plus en plus nombreuses dans cette province et qui paraissent en faire un lucratif fonds de commerce qui ne cesse d’attirer et de faire pousser ces Ong tels des champignons
A Bukavu, une multitude d’Ong s’occupent aujourd’hui des femmes violées qui attirent de nombreux financements internationaux. Souvent cet argent enrichit plus les responsables d’association qu’il n’aide les nombreuses victimes. C’est seulement une infime partie de l’aide allouée aux victimes des violences sexuelles qui leur parvient, estime Salvator Mubalama, le responsable de Coalition des paysans producteurs agricoles pour le développement intégré (Copadi), de Kaniola, à l’ouest de Bukavu (à l’est de la RDC) où les viols ont été particulièrement nombreux.
Et pourtant, les associations censées leur venir en aide sont légion. La Commission provinciale de lutte contre les violences sexuelles (CPLVS) regroupe 155 Ong locales, d’autres n’appartiennent à aucun collectif et plus de dix Ong internationales financent des activités dans ce domaine. « parce que les viols perpétrés en RDC ont stimulé la solidarité internationale et suscité la compassion pour les victimes » reconnaît Cyprien Birhingingwa, président de la Société civile du Sud-Kivu.
Un secteur lucratif
C’est ainsi que ceux qui interviennent dans ce domaine s’enrichissent parfois rapidement, dénonce Jean Mwilarhe. membre de l’Ong des droits de l’homme Reprodhoc/Sud-Kivu. Des responsables locaux d’Ong internationales qui interviennent dans des activités d’aide sur les violences faites à la femme, créent leurs propres associations, mais les financements ne parviennent pas aux victimes ». Elles dilapident les fonds destinés aux femmes violées dans des dépenses d’administration des projets, scandaleuses aux yeux des victimes », ajoute S. Mubalama. « Une Ong internationale a fait le trajet Bukavu-Walungu, deux fois par mois pendant 6 mois, ce qui a consommé environ 1800 $ outre les frais de séjour. pour faire le suivi d’un micro-crédit de 2 000 $, soit 20 $ remis à chacune des cent femmes violées pour leur réinsertion économique », s’étonne-t-il.
« Comme beaucoup de fonds y sont consacrés et que le gouvernement n’a pas dicté une politique d’intervention des Ong, certaines d’entre elles changent tout simplement d’activité et s’impliquent dans la prise en charge des femmes violées », regrette Anne Chirume, une analyste. Le secteur regorge ainsi d’amateurs et d’opportunistes. La majorité ne sont pas formés pour ce délicat travail qui engage la vie des femmes, se plaint Adèle Kagarabi présidente de la CPLVS.
Cependant, d’autres Ong sont convaincues qu’il n’est pas nécessaire d’attendre des financements extérieurs pour venir en aide aux victimes. Elles font un travail remarquable avec des moyens très limités et dans des lieux où les grandes institutions n’arrivent pas. « Le 12 et le 16 juin, nous avons consulté et soigne dans notre clinique mobile, 37 femmes et 20 fillettes violées à Izege et Mwirama/ Walungu (à 145 km à l’ouest de Bukavu). Il y a 4 ans, elles n’avaient reçu que des premiers soins, puis ont été abandonnées jusqu’à ce jour », déclare Paul Ramazani, coordinateur de Fondation Rama-Levina, une association locale de dix personnes dont quatre médecins qui interviennent grâce aux cotisations des membres.
Des aides diverses
Les victimes des viols sont, elles, convaincues que de l’argent est versé pour elles aux Ong qui viennent leur parler. Mais elles n’en reçoivent pas toujours, constate Gisèle Faida, chargée de programme du Collectif des femmes agissant en synergie (Cofas). Pour justifier leurs dépenses, les Ong présentent des statistiques qui sont loin de la réalité.
Certaines femmes profitent aussi de la multiplication de ces Ong. Comme les déplacées sont nombreuses, de vraies ou fausses victimes de viol arrivent à se faire enregistrer plusieurs fois pour profiter des petites aides qui nous sont destinées, confie N.L, l’une d’elles qui ne cache pas ses raisons d’agir ainsi, parce qu’ils s’enrichissent grâce à notre soufFrance ».
« Les bienfaiteurs nous envoient des aides multiformes: nous remonter le moral, faciliter une activité économique une fois rentrée dans la communauté, payer les soins médicaux des femmes violées malades et accompagner le dossier judiciaire des victimes qui portent plainte », déclare une victime, sous anonymat.
Selon un responsable de Family health International (FHI) qui préfère taire son nom, « les victimes des viols qui se plaignent de ne pas être bien considérées, ignorent le volume de l’assistance qui leur est destinée. Au FHI. nous payons les frais de l’accompagnement psychologique puis le déplacement et le séjour de la victime ». Pour attaquer le mal à la racine, Uwalci (Union des femmes paysannes du Sud-Kivu), en collaboration avec d’autres associations, a choisi de faire de la prévention à travers une campagne. Nous pouvons mettre fin aux violences faites à la femme.
L’appât du gain multiplie les Ong en RDC
Trop d’Ong sont considérées comme un mayen pour capter des financements extérieurs qui vont enrichir leurs promoteurs aux dépens des activités utiles. Quelques Ong bien gérées font exception. Reportage au Katanga à l’extrême sud de la RD Congo.
« C’est mon Ong. Mon entreprise. Vous n’avez pas de leçons à me donner ». Ces paroles, prononcées par un coordonnateur d’une Ong, résonnent aux oreilles de Christian Mbunda qui raconte son aventure : « Au début, nous fonctionnions avec les cotisations des membres. Nous avons loué un local pour installer une Ong agricole. Quand nous avons obtenu un financement, du coordonnateur aux membres chacun voulait s’enrichir ». Cet ex-membre d’Ensemble contre la faim et la misère (ECFM) ne veut plus s’affilier à quelque association que ce soit.
Lubumbashi, au Katanga compte toutes sortes d’Ong. Certaines ne sont que de simples mentions sur les murs de bâtiments devenus des magasins d’alimentation ou des habitations. D’autres encore n’existent que de nom sur les documents du coordinateur. Des Affaires sociales à l’Environnement en passant par le Conseil régional des Organisations non gouvernementales (Crong), personne ne connaît leur nombre avec exactitude. Le Crong en compte 73, le Centre d’apprentissage et d’appui agricole 40, la Centrale des coopératives du Katanga 11 et les associations des handicapés en ont une Vingtaine. Mais bien d’autres existent.
Transparence dans la gestion
Membre de l’une d’elles, Jean-Pierre Ndala se plaint : « Des qu’on a eu le premier financement le coordonnateur s’est acheté une voiture neuve et a dit quelle servirait aux courses de l’Ong. Le budget en a souffert. Selon le coordonnateur du Crong, il faut se donner certaines exigences pour bien mener une Ong : être transparent dans la gestion financière et la gestion des conflits savoir se fixer des objectifs et identifier les priorités. Enfin, il est important de respecter les délais fixes pour l’exécution d’un projet. « Nous formons les Ong pour que les puissent gérer les ressources et financements afin de réaliser leurs objectifs. Mais malheureusement, toutes ne sont pas affiliées à la plate-forme », explique-t-on au C rang.
Différentes raisons sont invoquées pour justifier les problèmes de gestion. Ainsi, Ezéchiel Tshibangu Tshanz, de Vision, soins et éducation pour tous, pense qu’ils sont à mettre à mettre en rapport avec les conditions de vie des employés : « Imaginez quelqu’un d’affamé mais qui à la charge de faire les achats de l’Ong. Il sera tenté de soutirer un peu d’argent pour le repas du soir chez lui. Au service urbain des Affaire sociales, on n’est pas du même avis.
« La gestion est une question de personnalité, de bonne gouvernance. Si le besoin pour la communauté est d’avoir une école, chacun mettra la main à la pâte pour qu’elle soit construite. Mais si les besoins sont ceux des dirigeants et non de la communauté, l’argent sera mal utilisé, déclare Philémon Kasongo, chargé des actions sociales.
Germain Kafwimbi, coordonnateur du Crong, abonde dans ce sens. Rien ne fonctionne si les fondateurs ou dirigeants d’une Ong n’ont pas, au préalable. consulté la population et ne connaissent pas les difficultés auxquelles celle-ci est confrontée. « Ceux qui prétendent parler au nem des paysans ne leur donnent même pas l’opportunité de progresser. Voilà qui crée un fossé d’incompréhension entre dirigeants et bénéficiaires », explique Germain Kafwimbi.
Répartir les responsabilités
Cependant, malgré ces difficultés, certaines Ong du Katanga son,t crédibles et ont la confiance des bailleurs. Au Cenagri par exemple, de vastes étendues de champs renseignent suffisamment sur leur travail sur le terrain. Le centre apprend à ses 2700 membres (dont 775 agriculteurs) à se prendre en charge. Les agronomes suivent les agriculteurs et proposent des méthodes et techniques agricoles.
Ici, être membre, ce n’est pas passer son temps au siége de l’Ong mais être à son poste de travail en appliquant les leçons reçues à la formation. « Il faut leur apprendre » faire des projets la court terme pour la survie mais aussi à moyen et, à long terme pour le développement individuel et celui de la communauté, déclare le coordonnateur du Cenagri.
Depuis 1991, le Centre en est à son 15e partenaire financier. Parmi les secrets de sa longévité, le coordonnateur pane de la répartition des tâches. « Il faut que la personne chargée de la logistique, ne soit pas la même que celle qui tient la caisse, pas non plus que celle qui remplit les livres des comptes si la sortie de l’argent exige plus de deux signatures, il est possible de freiner la fraude.
Syfia Grands Lacs/La Référence Plus
(DN/TH/GW/Yes)