Triste sort que celui de la RDC pays post-conflit à nouveau mis sous pression par les déstabilisateurs impénitents qui récidivent en fomentant de nouveaux foyers de conflits injustifiés dans d’autres régions du pays jusqu’ici plus ou moins épargnés par les guerres.
Lundi 7 décembre, le Chef de l’État a loué l’amitié, la paix et la fraternité qui marquent nos relations avec les neuf États voisins. Avec l’Angola, Joseph Kabila Kabange a été encore plus explicite. Notre pays veut dialoguer avec ce pays frère - comme il l’a fait avec le Rwanda et l’Ouganda - en vue de «régler les divergences qui ont fait jour» et qui alimentent les chancelleries.
Nombreux sont les observateurs qui voient dans les développements de la situation sécuritaire à l’Equateur la main des pays voisins. Ceci d’autant plus que la propagande bat son plein dans les médias contre laquelle Kinshasa n’a encore manifestement rien fait. Alan Doss vient de monter la pression: il faut cesser de voir Dongo comme «un simple incident. C’est plus que ça désormais», a déclaré le diplomate onusien. Comment expliquer ces guerres quand le pays est doté d’institutions démocratiquement élues et s’emploie à aller vers la prospérité ?
Dieu, que d’hypothèques! Insécurité à Dongo à l’Équateur, assassinats de religieux à Bukavu, pressions des Nations Unies pour que Bosco Ntaganda soit livré à la CPI, doutes sur les voisins d’Ouest - l’Angola qui refuse de renoncer au pétrole du plateau continental de la R-dC dans l’océan Atlantique, et le Congo Brazzaville qui offrirait l’hospitalité à Honoré Ngbanda Nzambo-ko-Atumba et à Kpama Baramoto, tout au moins clament-ils, en passant des appels depuis le code 242....
Attention - les nouvelles technologies aidant - n’importe qui peut prétendre appeler de n’importe où. Cela dit, Ngbanda et l’ancien général mobutiste Baramoto nourrissent un rêve: revenir au plus tôt à Kinshasa par un contingent armé…
«Pour le moment, la dynamique est mauvaise. Il y a des choses qui inspirent peurs et angoisses», assure un diplomate occidental à Kinshasa.
«Nous renforçons notre présence à Gemena pour décourager toute aventure. Je pense qu’il est très important, quand on laisse…, cette situation se détériorer. Ces gens là sont armés, avec des armes de guerre: Ce ne sont pas des coupe-coupe. Ce sont des armes assez brutales qui ont été utilisées. On a eu plusieurs rapports,… Il y a des gens qui savent manipuler ces armes. Il faut en tenir compte, il faut être prêt, il faut se préparer pour que ça ne soit pas vu comme un simple incident. Je pense que c’est plus que ça maintenant. Et nous devons être prêts à toute éventualité».
Mercredi 9 décembre, Alan Doss, le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies et chef de la mission onusienne en R-dC, a fait fort. Il a dit tout haut ce que tout le monde disait tout bas. En faisant monter du même coup la pression.
Les ministres provinciaux de l’Équateur - qui en disent trop, ou pas assez sur les médias - ne font rien pour faire baisser la tension. Ce sont des déclarations trop défaitistes qu’on entend sur les médias.
«Ah, mon frère, dit l’un d’eux, ces gens là sont trop nombreux… L’affaire est politique, elle n’est pas militaire», déclare - incroyable - l’un d’eux sur une des radios de Kinshasa. Comme pour justifier la faiblesse de la riposte… Puis, de faire évacuer leurs familles… Scénario connu !
Dongo c’est bien face à la République sœur du Congo-Brazzaville, qui héberge des ex-FAZ mobutistes qui ont toujours cherché où amarrer.
Dans son discours sur l’état de la nation, lundi 7 décembre, Joseph Kabila Kabange a promis de rétablir au plus vite l’autorité de l’État à l’Équateur. Et il a reçu en audience, jeudi 10, les sénateurs originaires de l’Équateur pour débattre de la question. Selon plusieurs sources, les FARDC auraient pris le dessus sur les assaillants...
Conspiration internationale.
Les inquiétudes planant sur la situation à Dongo, conjuguées aux frustrations face à la vie chère, demandent à être mieux appréhendées alors qu’approchent les fêtes de fin d’année.
Il n’y a pas que l’Équateur. «On est en plein cœur de la tempête», croit savoir un observateur. Qui s’appui sur les assassinats ciblés de religieux à Bukavu au Sud-Kivu qui en rajoutent aux peurs que le spectre de l’insécurité inspire en cette période de la Nativité et de la Saint-Sylvestre … Mgr Laurent Monsengwo Pasinya interpelle l’État et la MONUC sur les meurtres en l’espace de quelques heures de l’abbé Daniel Cizimia dans la nuit du 5 au 6 décembre dans sa chambre du couvent de la paroisse de Kabare par des hommes armés, et de la sœur moniale Denise Kahambo Murahirwa, lundi soir 7 par des hommes armés en uniforme. Alors qu’un autre couvent des prêtres a été victime d’une attaque à main armée.
L’archevêque de Kinshasa juge la situation sécuritaire préoccupante: «Nous stigmatisons ces actes de violence, susceptibles d’envenimer la situation sécuritaire au Sud-Kivu. Nous demandons à l’État congolais et à la MONUC, chacun en ce qui le concerne, de prendre des mesures vraiment efficaces pour arrêter l’escalade de la violence, identifier les coupables, les juger en toute justice et assurer la protection des biens et des personnes».
À Bukavu, les autorités provinciales passent au crible divers scénarios. A les en croire, ces cas de violence sont intentionnellement dirigés contre l’Eglise catholique puissante dans la province. Il s’agit d’amener celle-ci à réclamer des comptes à l’État. L’objectif est de faiblir la position des Institutions démocratiquement élues».
Le jésuite belge Léon de Saint Moulin qui est tout sauf un premier venu dans la sphère, déclare: «Les guerres du Congo sont suscitées de l’extérieur». C’est tout dire! «La R-dC a beau invoquer sa légitimité obtenue des élections libres, transparentes et démocratiques, celles-ci, aux yeux des Occidentaux, n’ont de sens que quand elles servent leurs intérêts économiques et financiers. C’est-à-dire quand et seulement quand elles concourent à la stabilité politique chez eux», pose-t-il.
Au Nord-Kivu, alors que les FARDC s’emploient à achever avec l’appui de la MONUC la traque des FDLR pour la pacification de l’Est, les Nations Unies découragent les efforts de paix. À la suite des ONG des droits de l’homme, avec en tête Human Rights Watch, elles s’évertuent à décrier l’impunité dont jouissent militaires et miliciens auteurs de graves violations en dépit des efforts fournis par le gouvernement dans ce domaine.
Droits de l’homme précisément, le rapport adopté lundi 7 à Genève par le Conseil des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme en R-dC, met en relief le refus des autorités r-dcongolaises de collaborer dans l’arrestation de Bosco Ntaganda et son transfert à la Cour pénale internationale qui l’accuse de crimes de guerre et a lancé depuis trois ans un mandat d’arrêt international.
Or, Ntaganda a rejoint les FARDC avec ses hommes (CNDP) et est le commandant second des opérations contre les FDLR à l’Est. Si le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, estime que le moment de se défaire de Bosco Ntaganda n’est pas encore venu, et que son arrestation et son transfert à La Haye porteraient un coup dur au processus de paix à l’Est, les ONG n’en ont cure.
Sur le front économique, comme si la frilosité des bailleurs internationaux ne suffisait, un autre voisin d’Ouest, l’Angola n’entend nullement renoncer au pétrole du plateau continental de la R-dC sur le littoral Atlantique. Alors que les efforts diplomatiques tendent à privilégier le dialogue sur ce dossier, la reprise des cours du pétrole pourrait tout remettre en cause lors de la réunion de la commission mixte prévue à Luanda.
Les études montrent que les concessions pétrolières que Kinshasa revendique sont des blocs de pêche occupés par Chevron Texaco qui produit 168.000 barils par jour et Exxon Mobil 600.000 barils par jour. Mais le débat se corse à propos du fameux bloc 15 qui représente en termes de réserves pétrolières près de 4 milliards de barils : Exxon 40%, British Petroleum 26,6%, AGIP, 20% et Total 13, 3%. Sur ce tracé du bloc 15 se trouvent en exploitation 400 millions de barils dont 200 millions par Tullow Oil et le champ de Chevron avec 200 millions de barils. Des multinationales occidentales.
Qui a tort ? Qui a raison? Kinshasa a fait appel à deux spécialistes, Jean Folack qui s’est distingué dans le litige entre le Nigeria et le Cameroun au sujet de la péninsule de Bakassi, et Louis Foyang, cartographe. De son côté, Luanda recourt aux services de deux avocats portugais, Galvao Teles et Soares da Silva qui font partie d’une association des avocats et travaillent avec le cabinet Leitao. Ils ont décidé de porter le problème devant une cour internationale.
À voir comment les R-dCongolais ont été récemment expulsés d’Angola, on peut comprendre l’attitude de l’Angola lorsqu’il s’agira de céder le plateau continental que revendique la R-dC. L’Angola choisira-t-elle de passer à la menace directe quand les pressions kinoises seront plus précises ?
À Kinshasa, nul n’ignore le poids économique, militaire et diplomatique de Luanda dans la sous-région. Tout comme nul n’ignore les liens qui unissent Luanda à Brazzaville, tout comme Luanda à Prétoria, l’autre grand de la sous-région. À plusieurs reprises, explique-t-on, l’Angola a été aux côtés de Kinshasa pour lui prêter mains fortes.
Il appartient à notre pays de renforcer cette amitié et cette compréhension au moment où des notes verbales hostiles circulent dans les chancelleries annonçant une détérioration des relations entre Kinshasa et Luanda.
La R-dC n’a nul besoin de guerre. Elle qui dispose d’Institutions démocratiquement élues et vient de mettre le cap sur la prospérité dont ont besoin ses populations.
«De par ses immenses ressources du sol et du sous-sol et sa situation géographique au centre du continent, la République démocratique du Congo est l’objet de multiples convoitises et se trouve au cœur de beaucoup d’enjeux mondiaux et régionaux. Pour cette raison, comme pour nos besoins de développement, la politique extérieure est un domaine prioritaire de l’action du gouvernement. Je me réjouis de rapporter que l’année qui s’achève aura été une grande année diplomatique pour notre pays.
Elle a été caractérisée par son retour remarqué sur l’échiquier international. En témoignent, au plan régional, la tenue à Kinshasa, de deux grandes rencontres des chefs d’Etat et de gouvernement, le Sommet de la SADC et celui de la CÉÉAC, auxquels s’est ajouté, il y a quelques jours, la Conférence Internationale de la Femme Noire (...). En venant à Kinshasa et en acceptant d’y passer quelques nuits, ces chefs d’État et de gouvernement ont démontré qu’ils n’avaient aucune crainte pour leur sécurité. Qui l’aurait cru il y a à peine quelques mois?», a déclaré le Chef de l’État dans son discours sur l’état de la Nation.
De poursuivre: «Je suis heureux de dire qu’aujourd’hui notre pays est en paix avec tous ses neuf voisins. C’est le résultat d’un travail méthodique et de longue haleine. Je mentionnerai, à titre illustratif: ma rencontre le 4 mars 2009 à Kasindi avec le président ougandais qui avait été préparée par les Sommets bipartites antérieurs de Ngurdoto et Dar-Es Salaam. Ma rencontre à Goma le 6 août 2009 avec le président du Rwanda qui a accéléré la normalisation entre nos deux pays, après que plusieurs réunions ministérielles aient balisé le chemin.
Le dialogue engagé à chacune de ces occasions a permis la compréhension mutuelle et la solution des différends. C’est de la même manière que nous entendons régler les divergences qui ont fait jour entre nous et l’Angola, pays frère avec lequel, en plus de partager la frontière la plus longue, nos liens d’amitié sont scellés dans le sang. C’est dans cet esprit qu’est prévue, pour bientôt à Luanda, une réunion de la Grande Commission Mixte».
Tshimanga Dolay/Le Soft
(Tkm/DN/GM/PKF)
Last edited: 14/12/2009 16:07:22