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Intervention remarquée de Mme Jaynet Kabila, présidente de la Fondation M’Zee Laurent-Désiré Kabila, à la 2ème journée de la Conférence parlementaire internationale de l’Action Mondiale des parlementaires (PGA) sur la Justice et la Paix dans la région des Grands Lacs et l’Afrique centrale dont les travaux se déroulent à Kinshasa

Jaynet Kabila partage son expertise de la tragédie des violences sexuelles à la Conférence parlementaire PGA sur la justice et la paix


La Conférence parlementaire internationale de l’Action Mondiale des parlementaires (PGA) sur la Justice et la paix dans la région des Grands Lacs et l’Afrique centrale organisée à Kinshasa du 10 au 12 décembre a compté parmi ses principaux intervenants de vendredi Mme Jaynet Kabila, présidente de la Fondation M’Zee Laurent-Désiré Kabila et présidente de l’Union des femmes du Congo. La communication de Mme Jaynet Kabila était programmée parmi celles des intervenants dans le panel consacré au fléau des violences sexuelles comme arme de guerre avérée terrible source d’insécurité dans la région sous examen.

La conférence qui a déjà été organisée antérieurement en Ouganda a réuni à ses travaux de Kinshasa des parlementaires et autres experts aussi bien de la RDC que du Rwanda, du Burundi et de la Tanzanie, de même que d’Amérique, de Suisse et des émissaires de l’Union Européenne, pour débattre des causes de l’insécurité en Afrique centrale afin de partager les vues sur la recherche des voies et moyens d’y ramener la Justice et la paix.

La série des communications suivies et les échanges qu’elles ont suscités dans l’assistance à ce forum organisé dans le haut lieu politique de la RDC, en l’occurrence le Palais du Peuple de Kinshasa, siège de l’Assemblée nationale et du Sénat congolais étaient très instructives à plus d’un titre. Leur enjeu consistait à cerner la problématique du fléau des violences sexuelles, particulièrement ses causes et l’impératif de leur éradication qui passe par la fin de l’impunité pour les personnes qui les commettent.

Le problème posé se corse, outre la peur des victimes à dénoncer leurs bourreaux et à afficher leur triste sort, par la délicatesse même de l’identification des auteurs des violences sexuelles pourtant connus, en l’occurrence les hommes en armes opérant dans les situations des conflits armés, mais qui se couvrent d’une scandaleuse immunité puisque très souvent le pouvoir public dans la majorité des pays de la région des Grands Lacs ne sévit pas assez contre les incriminés. Les intervenants ont étalé dans tout leur drame les faits déplorés partout dans les pays qui en vivent la tragédie. Ils indiquaient que ces faits ne représentaient qu’une infime partie de leur réalité à cause de la difficulté de parvenir à les relever de manière exhaustive.

On est même allé plus loin lorsque la déléguée de la province de Bandundu indiquera que le fléau des violences sexuelles se banalise puisque contrairement à ce qui est généralement admis, ce n’est plus seulement le contexte de guerre qui les favorise, mais la simple réalité dans des régions non confrontées à la guerre. Un dernier intervenant dans le panel, Me Gilbert Kalinda, ci-devant député provincial avec qualité  de rapporteur de l’Assemblée provincial du Nord-Kivu, en viendra à poser la question cruciale entre toutes de savoir si ce n’est pas parce qu’on parle apparemment trop du fléau des violences sexuelles qu’on aurait fini par lui donne des ailes, puisqu’il arrive que des personnes qui ne paraissent pas en vivre la tragédie se piquent par une curiosité visiblement malsaine à rechercher de l’expérimenter, une très grave déviation sociale si l’on peut la stigmatiser ainsi.

jaynetAu finish, on admet que c’est l’impunité ou le faibles moyens de sévir contre le fléau qui l’aggrave, d’où le pathétique appel à l’aide de tous les horizons pour rechercher toutes les voies permettant de réduire tant soit peu le redoutable mal social que représentent les violences sexuelles. La communication ci-après de Mme Jaynet Kabila en dit long. Suivez !

Discours de Mme Jaynet Kabila

Honorable députés et sénateurs,
Distingués invites
Mesdames et Messieurs,

Avant de commencer notre mot, nous remercions d’abord les organisateurs de cette conférence pour m’avoir associée à  cette occasion de partager avec vous les connaissances et l’expérience que nous avons acquises en travaillant avec les femmes, surtout celles à la base. La question de la violence sexuelle faite à la femme et à la jeune fille, et aussi l’utilisation de violence sexuelle comme une arme de guerre en République Démocratique du Congo sont des thèmes vastes qu’on ne peut pas aborder en 10 minutes. Néanmoins, nous croyons que nous tous ici présents, nous avons quand même une compréhension minimum de ces mots.

La violence sexuelle est un sujet qui préoccupe plusieurs femmes dans notre pays, surtout d’une manière particulière les femmes en milieux ruraux. Et nous avons la motivation valable, Mesdames et Messieurs d’être inquiets. Contrairement à l’homme, le genre féminin est plus en danger dans les milieux où il y a des conflits armés. Les actes de viols, Mesdames et Messieurs, peuvent nous affecter nous tous, vous, tout comme moi, si on se trouve au mauvais endroit, au mauvais moment, c’est-à-dire l’endroit où il y a la guerre. Nous voudrions ici parler surtout des femmes malgré qu’il y ait de nombreux cas de viols et violences sexuelles commis à l’endroit des hommes que j’ai eu l’occasion de rencontrer.

Cette connaissance de notre vulnérabilité doit nous interpeller à comprendre en profondeur les CAUSES de telles violences. Nous devons nous poser la question : pourquoi les violences sexuelles massives des femmes et jeunes files sont-elles commises à l’Est de notre pays, principalement dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, et la Province Orientale, et pas au Bandundu ou au Bas Congo ? Les causes majeures qui favorisent les actes des violences sexuelles commises à l’endroit de la femme sont la guerre, les conflits armés et l’insécurité. Nous voudrions vous rappeler à titre d’exemple, Mesdames et Messieurs :

  1. Les viols massifs des femmes allemandes pendant la deuxième guerre mondiale ;
  2. Les guerres du Balkan pendant les années 90 qui ont occasionné des viols massifs des femmes croates et serbes ;
  3. Dans le nord de l’Ouganda voisin, les femmes continuent à subir des viols depuis les années 80 jusqu’à ce jour.
  4. L’histoire de notre pays, la République Démocratique du Congo, n’est pas mise à l’écart de ces exemples.

Comme vous venez de le constater dans ces exemples, la guerre ou les conflits armés sont le dénominateur commun de viols et violences sexuelles faits aux femmes. Mesdames et Messieurs, nous devons faire une réflexion sincère, approfondie et réaliste. C’est en 1998 que le traité de Rome créant la CPI a été conclu. Ce traité qui reconnaît le viol et l’esclavage sexuels comme crime de guerre et crime contre l’humanité n’a été reconnu par la communauté internationale qu’en 2008 par la résolution 1820 de Conseil de Sécurité des Nations Unies. On peut voir combien de temps que la violence sexuelle a pris pour être reconnue comme un crime.

cipjpCe genre de résolutions et les lois des différents pays, existent pour condamner les mauvais actes qui sont déjà commis contre la femme et l’humanité. Mais nous devons mettre beaucoup plus l’accent sur la prévention des conflits pour éviter la création des nouveaux conflits armés, et en même temps travailler pour la résolution des conflits existants. Cette stratégie nous permettra de réduire l’impact négatif de l’utilisation de la violence sexuelle comme arme de guerre qui détruit la cellule de base sociale qu’est la famille, et par conséquent toute la communauté. En même temps nous croyons que la violence sexuelle est plutôt une arme utilisée pour la destruction de l’être humain, et surtout la femme.

Mesdames et Messieurs, détruire la femme c’est détruire l’avenir d’une Nation. Pouvez-vous penser comment la procréation peut-elle continuer dans certains coins de notre pays sans les femmes ? Parce que ses organes de reproduction ont été détruits par la violence sexuelle qui continue à prendre de l’ampleur. Cela doit nous interpeller tous. Nombre de personnes parlent de la justice, disent que justice soit faites. Oui, c’est notre souhait à tous et d’ailleurs c’est plus qu’un souhait, car nous voudrions voir la justice être dite parfaitement. Autrement, nous devons faire une marche arrière et nous poser la question de savoir combien de femmes peuvent identifier les hommes armés qui les ont violées ? Et où se cachent-ils ? A cette question, il est difficile de trouver une réponse précise.

La vraie justice que l’on peut rendre a la femme en général et à celle victime de la violence sexuelle en particulier, est d’arrêter les situations qui favorisent l’existence d’actes de violence sexuelle. Arrêter la guerre et ramener la paix ainsi que la stabilité durable. Graduellement les viols massifs cesseront malgré l’insécurité qui caractérise généralement les zones post-confit d’une Nation. C’est cela la demande principale de la femme. En des mots simples, Nous dirons: « la paix et la stabilité durable ».

Les femmes victimes des violences sexuelles font face à d’énormes défis comme :

  • le traumatisme
  • la discrimination et la stigmatisation
  • le rejet d’elles-mêmes, de leur propre famille et de leurs communautés
  • les blessures physiques permanentes et psychologiques
  • les maladies incurables ou chroniques et l’isolation

Ces défis demandent l’implication de tout le monde : qu’il s’agisse des victimes, des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif. Tout le monde à un rôle à jouer. Nous saisissons cette occasion pour présenter aux honorables députes les propositions suivantes:

  1. Faire le suivi de la mise en œuvre des lois promulguées sur les violences faites à la femme;
  2. Proposer des projets de lois qui devront régler les questions des hommes qui portent les armes contrairement aux dispositions constitutionnelles et autres lois de la République.

cipjpEnfin, nous demanderons aux membres de l’Action Mondiale des Parlementaires de faire un plaidoyer en faveur de l’instauration de la paix et de la stabilité durable dans la Région des Grands Lacs, en général et dans notre pays, la République démocratique du Congo, en particulier.

Comme vous le savez : les problèmes de l’Est ont eu de l’ampleur en 1994 à cause du génocide au Rwanda, et pour les résoudre, nous avons besoin d’une action globale.

Honorable députés et sénateurs,
Distingués invites
Mesdames et Messieurs,


La paix et la stabilité sont les conditions préalables pour avoir un environnement sain permettant l’impulsion du développement. Alors les femmes devraient s’engager à être partie prenante à toute initiative de paix ayant pour objet la résolution des conflits armés ou non armés.

C’est notre souhait que cette conférence nous permette de faire une symbiose entre les pratiques idéales et les pratiques réalistes en ce qui concerne les violences sexuelles. Mesdames et Messieurs, Nous vous remercions pour votre aimable attention.

Texte présenté par Daniel Nzuzi / MMC


(DN/Yes)



Last edited: 12/12/2009 12:34:34

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