kabilaIl y a des années que le gouvernement congolais court derrière la signature d’un pro­gramme formel avec le Fmi. Pour ce faire, il a fallu plusieurs missions du Fmi à Kinshasa et plusieurs déplacements des experts congolais à Washing­ton.

Dans une certaine opi­nion, on se demandait si le Fmi ne tirait pas seu­lement le gouvernement congolais par le bout du nez. Pour beaucoup, la signature de ce programme formel avec le Fmi est un vrai mirage. Il y avait de quoi afficher un pessimisme compré­hensible dans une opi­nion où on ne savait plus faire la différence entre ce que pouvait le Fmi et ce qu’on attendait du Club de Paris.

L’opinion ne sa­vait pas également faire le distinguo entre le pro­gramme et l’annulation de la dette. Mais les choses apparaissent un peu plus clairement cette fois. C’est ce que communique le cabinet du Premier ministre.


En effet, dans un communique parvenu à notre rédaction ven­dredi, le Cabinet du Pre­mier Ministre, Chef du Gouvernement de la Ré­publique, « informe l’opinion tant nationale qu’in­ternationale que le Conseil d’Administration du Fonds Monétaire Inter­national (Fmi), réuni vendredi 11 décembre 2009 à Washington, a approuvé la con­clusion d’un programme trien­nal en faveur de la République Démocratique du Congo, pour un montant total de 550 millions de dollars. Ce programme de trois ans couvre la période al­lant du 1er juillet 2009 au 30 juin 2012 ».

Quelle différence y aurait-il entre ce programme et les autres montants que le Fmi a annoncés et débloqués en faveur de la Rdc ? La question vaut la peine d’être posée. Car, sans être en programme avec le Fmi, la Rdc a bénéficié des fonds du Fmi, notamment pour soutenir le franc congolais.

La différence avec les 550 millions dans le cadre du programme triennal qui vient d’être approuvé, c’est que ce programme obtenu, souligne le communiqué, « sous l’impulsion du Président de la République, Chef de l’Etat », est appuyé par la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la crois­sance (FRPC).

Il vise essentiellement à consolider la stabilité du cadre macroéconomique et à augmenter le potentiel de croissance économique de façon à réduire la pauvreté. Ce programme a également une composante réforme. Dans cette composante, insiste le communiqué, ce programme vise entre autres objectifs « d’assurer une mobilisation accrue des recettes, d’améliorer la gestion et la qualité des dépenses publiques, de renforcer le système financier notamment par la restructuration de la Banque Centrale du Congo et de prendre toutes les mesures nécessaires à l’amélioration du cli­mat des affaires ».

Avec ce programme, la Rdc sera presque sous surveillance qui en fait un accompagnement du Fmi. C’est ainsi, signale le com­muniqué, « Ce nouveau programme formel avec le Fmi aura six revues et comprendra sept décaissements d’environ 78.5 millions de dollars chacun, dont le premier intervient immédiatement après l’adoption dudit programme ».

Quid du point d’achèvement ?

La conclusion de ce pro­gramme triennal n’est pas encore le point d’achèvement. Le commu­niqué de la primature est clair à ce sujet. Il signale que « La mise en œuvre satisfaisante de ce pro­gramme permettra à la République Démocratique du Congo d’attein­dre, d’ici à juin 2010, le point d’achèvement de l’initiative PPTE ».

Cela veut clairement dire que le gouvernement congolais a encore devant lui un obstacle à franchir avant d’atteindre le point d’achèvement. Il s’agit de conduire à bon port ce nou­veau programme. Le gouver­nement a donc et encore in­térêt à persévérer dans le but d’atteindre ce fameux point d’achèvement qui conduira à un allègement substantiel du service de la dette extérieure vis-à-vis du Fmi et d’autres partenaires tant bilatéraux que multilatéraux.

On se rappellera que, rien que vis-à-vis du Fmi, une fois le point d’achèvement at­teint, plus de 70 millions de dollars Us seront désormais économisés chaque année. Et le communiqué de la presse explique : « Dans l’ensemble la RDC s’attend à un allégement de plus ou moins 90 % de sa dette extérieure, estimée à ce jour à environ 13.5 milliards de dollars ».

Le passage par ce pro­gramme est important dans la mesure où il donne à la Répu­blique Démocratique du Congo « la possibilité d’accé­der aux aides budgétaires aux­quelles elle n’était plus éligi­ble depuis 2006 de la part de ses partenaires traditionnels.

En effet, depuis que l’Ecofin de la transition 1+4, piloté par JP Bemba alors Vice-président de la Rdc, avait mal gére le Peg, le gouverne­ment congolais n’était plus en programme avec le Fmi. Cela avait comme conséquence le fait que le pays ne bénéficiait plus des appuis budgétaires. Il fallait donc repartir à zéro et comp­ter sur ses propres recettes. Cette situation éloignait toute possibilité d’allégement du service de la dette extérieure.

muzito & strausskhanAinsi donc, le gouvernement était obligé de consacrer plus de 70 millions de dollars Us de ses recettes propres au service de la dette. On assis­tait à une sorte d’opération, moins un plus un. C’est-à-dire, les quelques apports ex­térieurs moins le service de la dette, on revenait à la case départ.

La part de la population

Dans une certaine opi­nion, c’est au gouvernement de jouer le jeu et d’amener le peuple aux résultats économiques attendus. Cette vision d’une population spectatrice n’est pas de nature à favori­ser le succès attendu. C’est pour cette raison que dans le communiqué annonçant la conclusion d’un programme triennal avec le Fmi, le chef du gouvernement sollicite la participation de tous les Con­golais. Ainsi, estime-t-il, « Pour rencontrer la vision du Président de la République, le Gouvernement appelle le peuple congolais à une meilleure capitalisation de la confiance que la communauté financière internatio­nale vient de lui renouveler et remercie tous ses partenaires pour leur soutien à l’aboutissement de ce processus ».

Plutôt qu’au peuple, l’appel devrait être lancé particulièrement à la classe politique habituée à voir tout en noir. Qui ne croirait que le gou­vernement sous des critiques les plus fantaisistes de la classe politique, arriverait à conclure ce programme avec le Fmi. Qui donc a raison, le Fmi ou ceux qui racontent que le gouvernement aurait échoué économiquement en ne prenant en compte que le paramètre taux de change de la devise nationale ?

La politique d’auto-fla­gellation peut certes pousser à l’effort mais lorsque la mes­quinerie, dans la politique de ôte-toi de là que je m’y mette prend la place de toute criti­que constructive, cela peut décourager les bonnes volon­tés. Il y a donc lieu que la classe politique, à commen­cer par la majorité régnante, évite la critique pour la criti­que, la parade d’interpellation et autres motion sans cause.

Un succès qui dément tout

Quelle sera la réaction de la classe politique congolaise face à cette bonne nouvelle qui vient de Washington ? C’est difficile à dire. Il est possible que cette nouvelle soit accueillie dans la grande indifférence dans certains milieux politiques. Par contre, si le Conseil d’Administration du Fmi avait débouté la Rdc, renvoyant sine die la conclusion de ce programme, ce serait le tollé général.

D’aucuns demanderaient le départ hic et nunc du gouvernement. Les spécialistes des motions de défiance y trouveraient un autre beau prétexte et une motivation. On démontrerait que tout l’espoir du peuple se serait envolé et que tel gouvernement n’aurait plus sa raison d’être. Et patati et patata. Ainsi donc, en termes clairs, la conclusion d’un tel programme avec le Fmi ne serait importante que si le gouvernement n’y était pas arrivé. Maintenant que c’est le contraire des attentes mesquines de certains qui se produit, la conclusion de ce programme est relativisée.

A la rigueur, on préfère l’ignorer alors qu’on devrait crier sur tous les toits que le gouvernement de la République venait d’arracher le salut pour le peuple congolais. D’autres, au lieu de saluer les efforts fournis par le gouvernement pour arriver à ces résultats, considèrent ce succès comme leur échec à eux. C’est le cas de ceux qui usent de toutes les manœuvres pour démontrer que le gouvernement serait immobile ou qu’il n’y aurait aucun espoir de sortir de la situation dans laquelle on se trouve.

Entre ce que les politiciens, pour des raisons d’intérêts personnels, pensent du gouvernement et le résultat auquel cette équipe gouvernementale est arrivée, c’est le jour et la nuit. Soit que beaucoup dans la classe politique congolaise n’ont pas de repères pouvant leur permettre d’apprécier l’action d’un gouvernement, soit ils jouent à la digression. Dans un cas comme dans l’autre, ils n’ont aucune excuse. Car, le pays a besoin d’opposants, des politiciens et des parlementaires qui maîtrisent les données de la vie nationale.

Il est vrai que 550 millions de dollars Us, montant de ce programme, ne représentent rien. Mais, ce qui est important, c’est la possibilité d’appuis budgétaires sans oublier la perspective du point d’achèvement en juin 2010. Pour accrocher une certaine opinion, certains vont dire que malgré ce programme, le social des Congolais ne change pas. C’est de la mauvaise foi lorsqu’on sait que c’est par la stabilisation du cadre macroéconomique, la réduction de la pauvreté, la croissance économique et l’amélioration du climat des affaires, objectifs poursuivis par ce programme, que l’on pourra améliorer le social.

Il faut que ça change. Sinon, il n’y aura pas d’espoir pour ce pays si ceux qui aspirent à le diriger ou le dirigent, n’ont de souci que pour leur positionnement personnel et que partant de là, ils sont en campagne électorale de façon permanente de telle sorte qu’ils n’ont pas de temps de se consacrer réellement à la gestion de la cité. Le gouvernement est conscient que seul, il ne peut pas diriger et mener ce pays au succès final. Non seulement le gouvernement sous la houlette du chef de l’Etat se garde de tout triomphalisme, il ne se fait pas avare du succès récolté qui n’est qu’une bataille gagnée. La guerre, elle, consiste à sortir ce pays du sous-développement. C’est une lutte de longue haleine et permanente. Avec raison, le gouvernement appelle tous les Congolais à mettre la main à la pâte.

Joachim Diana G./L’Avenir


(CV/Yes)