Le président de la Cour pénale internationale (CPI), le juge Sang-Hyun Song a atterri à Kinshasa hier jeudi 10 décembre 2009 pour une mission de 6 jours en RD Congo et s’est entretenu le même jour avec les députés et les sénateurs au Palais du peuple.
La salle des spectacles du Palais du peuple sert de cadre, depuis jeudi, à la tenue d’un séminaire sur le thème: « Justice et paix dans la Région des Grands Lacs en République Démocratique du Congo et en Afrique centrale ». A cette occasion, le président de l’Assemblée Nationale, Evariste Boshab a suspendu momentanément la plénière afin de procéder à l’ouverture officielle de cette grande conférence internationale.
Ce rendez-vous de Kinshasa qui coïncide avec la célébration de la Journée internationale des droits de l’homme, connaît la participation personnelle du juge coréen S. Yang Sen, Président de la Cour Pénale Internationale, CPI. Prennent également part à cette rencontre, plusieurs délégations venues de partout, dont notamment de la Belgique, du CongoBrazzaville, de la France, des Pays-Bas, et de plusieurs pays de l’Union européenne. Du côté des officiels congolais, il sied de noter la présence du vice-Président du Sénat, Edouard Mokolo-wa-Mpombo, du ministre en charge de la Justice et Garde des Sceaux, le Professeur Luzolo Bambi, sans oublier les députés, Sénateurs et autres personnalités locales invitées.
Les différents orateurs qui se sont succédé du haut de la tribune ont posé la problématique de la paix, notamment à l’Est du pays où ils ont signalé les violations massives des Droits de l’homme. Avec un accent particulier mis sur les violences sexuelles faites à la femme.
Sans justice, il est difficile de parvenir à une paix durable. Ce qui vaut pour la Rdc, vaut aussi pour certains pays des Grands Lacs en matière des Droits de l’homme et de l’enfant. En Rdc, les députés et sénateurs en tant qu’autorités budgétaires ont été sensibilisés à voter des lois non seulement pour la mise en oeuvre du Statut de Rome, et pour disponibiliser des moyens conséquents qui seront affectés à la lutte contre les violations des droits de l’homme.
Le clou des exposés de jeudi est intervenu lorsqu’ a été annoncé la prise de parole par le président de la CPI, afin de s’adresser au public en grande partie constitué des parlementaires du Mlc et autres ressortissants de l’Ituri, ou encore de sympathisants du chairman du Mlc. Tout au long de son exposé, il n’a cessé de démontrer l’importance et le rôle que peut jouer la justice par rapport à la paix et surtout dans un pays post-conflit comme la Rdc. Je suis convaincu qu’avec la justice appliquée par la CPI, par les juridictions locales », a dit le juge coréen, la paix sera restaurée dans la Région.
Pour lui, « depuis des années, les choses ont changé. Si la justice n’est pas exécutée comme il se doit, cela est une porte ouverte à la vengeance ou au cycle de violences qui mettraient aux prises les victimes de l’impunité et les membres de la communauté de leurs bourreaux. Ce pendant, la CPI n’opère pas seule », a-t-il explicité. C’est ici qu’il en a appelé aux Etats signataires du Statut de Rome à apporter leur assistance. Notoirement par des enquêtes localement menées sur le terrain pour détecter tous les criminels.
Et d’inviter la Rdc à livrer Bosco Ntanganda, dont le mandat d’arrêt est en cours depuis des lustres. Lors du jeu des questions et réponses qui s’en est suivi, les députés et Sénateurs ont voulu s’informer à la source sur les tenants et les aboutissants du Sénateur J.P. Bemba. Deux poids, deux mesures (allusion faite à la situation de Bosco Ntanganda), acharnement, mort politique programmée, Cour pénale ou Cour politique internationale, l’identité de quatre autres personnes qui sont mandants... autant de préoccupations exprimées à cet effet.
Interrogations
Une bonne frange de l’opinion se pose déjà des questions sur les dessous d’une telle visite d’autant plus que le sort des principaux détenus congolais à La Haye (Jean-Pierre Bemba, Thomas Lubanga et Matthieu Ngudjolo) semble déjà scellé. Les procès des deux derniers cités ont commencé, alors que celui du chairman du MLC devra commencer le 27 avril 2010 !
Cette énième mission d’un haut cadre de la juridiction internationale de justice suscite davantage des interrogations, car un de ses collaborateurs, en l’occurrence la greffière, a déjà effectué deux visites dans notre pays. Le procureur Luis Moreno O’campo a lui aussi dernièrement séjourné dans nos murs, plus précisément en Ituri (Province Orientale). Cette série de visites déconcerte d’autant plus que dans l’hypothèse où le juge dispose de tous les éléments du procès, on se demande les raisons de sa présence en RDC.
« Pourquoi faire ? » se demanderait-on. Si c’est pour récolter les éléments nouveaux, il semble que ces prérogatives ne lui sont pas dévolues, où mieux son rang le dispense de cette tâche. Toutefois, comme il est prévu une rencontre avec les professionnels des médias, l’opinion espère être vivement éclairée dans les heures qui viennent sur les véritables raisons de cette visite.
Le Phare/Le Palmarès
(TN/TH/GW/Yes)
Last edited: 11/12/2009 14:07:27