Quand ils ont vu qu’ils n’ont pas réussi à m’atteindre, ces enfants se sont révélés dès lors inutiles. C’est dommage pour des gens aussi talentueux, avec qui on a passé des moments de vie et avec qui on avait commencé à penser pour l’avenir.
Penseur, philosophe avéré, le chanteur Félix Wazekwa qui n’a pas sa langue dans sa poche - se caractérise aussi par la constance dans ses opinions.
C’est assurément un homme de conviction autant qu’un fervent croyant qui s’appuie en permanence sur la Bible: Son prochain album au titre on ne peut plus évocateur de « Mémoire …» ne tire-t-il pas son origine des Saintes Ecritures ?
Visa a abordé cet artiste rentré très fraîchement d’un séjour relativement long en France. L’occasion de parler de son séjour mais, aussi d’aborder l’actualité, notamment le départ de Quartier Latin International des chanteurs Gabbana et Josselin Diena « Jos », ancien de Cultur’A Pays Vie ? Comme à ses habitudes, S’Grave a abhorré la langue de bois. Suivez.
Visa : Félix Wazekwa, vous avez été acheter du matériel en Europe pour l’enregistrement de « Mémoire ya Nzambe », votre prochain album. Est- ce à dire que vous recercliez de nouvelles sonorités ?
Félix Wazekwa : Non, il est question d’être à la page au plan des avancées technologiques dans notre secteur. Il s’agit de ne pas louper la dernière invention dans mon domaine. Chaque fois que je réalise un album, je vais en Europe pour observer les dernières inventions, question de ne pas être en reste.
Visa : L’autre motif de votre voyage est le procès qui vous opposait en France à la maison Duo d’enfer. Il est peu courant, en dépit de tous les abus observés, de voir un musicien traduire en justice un opérateur du secteur musical. Comment en êtes-vous arrives là ?
F.W. : C’est parce que je n’ai touché aucun franc sur l’album « La chèvre de Monsieur Seguin et tous les clips de « Que demande le peuple? », dont j’avais confié la distribution à la maison « Duo d’enfer ».
Vous savez, ce qui est décrié dans notre pays, c’est l’impunité. Ce n’est pas moi, en tant qu’intellectuel, qui vais encourager l’impunité. Nous avons tous les moyens légaux pour faire prendre en toute l’égalité des mesures de coercition en vue de contraindre quelqu’un à honorer ses engagements, au lieu de chercher à nous faire justice. Voilà pourquoi j’ai saisi le Tribunal de Grande Instance de Paris. Celui-ci a condamné « Duo d’enfer » à me payer mon argent ainsi que des dommages et intérêts.
J’ai à l’idée, dans ma démarche, de changer la façon de concevoir les choses dans notre métier. II faut, tant que faire se peut, éradiquer les mauvais comportements. L’objectif est d’amener les gens à ne plus considérer le musicien juste comme quelqu’un qui sait danser et faire danser mais, sur qui ont ne peut pas compter dans d’autres domaines de la vie en société.
En somme, nous sommes quelque part des éducateurs. A ce titre, nous devons prêcher par l’exemple. Voilà.
Visa : Que devient alors l’album « La chèvre de Monsieur Seguin » ? En avez-vous arrêté définitivement la distribution ?
F.W. : J’ai changé de distributeur. Maintenant, je collabore avec Diamantino, qui est un ami de longue date. Je pense que ça va bien se passer vu que l’album est toujours réclame sur le marché.Je fais le nécessaire avec Adney Image pour que l’album soit relancé sur le marché.
Visa : Après avoir quitté votre groupe dans les conditions que l’on sait, le chanteur Jos Diena vient de quitter le Quartier Latin. Avez-vous un commentaire a ce propos ?
F.W : Oui, voilà ; nous sommes dans la conséquence de ce que j’avais prévu. Si on était dans la Bible, on dirait que je suis prophète. Ce sont des choses que je prévoyais déjà, parce que dans cette démarche, on n’avait pas besoin de ces enfants (Ndlr. Gesac, Jos Diena, Gabbana et Hono Kapanga). C’est moi qu’on voulait atteindre.
Quand ils ont vu qu’ils n’ont pas réussi à m’atteindre, ces enfants se sont révélés dès lors inutiles. L’arme a cessé de servir, quoi. Et les petits n’avaient plus leur place dans cet orchestre-là. C’est dommage pour des gens aussi talentueux, avec qui on a passé des moments de vie et avec qui on avait commencé à penser pour l’avenir.
Je ne veux pas que l’on considère Wazekwa comme quelqu’un qui ne sait pas. pardonner. Mais, je suis quelqu’un qui, quelque part, veut utiliser la tolérance zéro qui est, d’ailleurs et à juste titre, le slogan de l’Etat.
Je veux que notre milieu des musiciens puisse être éduqué. Le musicien doit avoir un comportement responsable, comprendre que tout mauvais acte qu’il pose ne sera pas sans conséquence. On ne peut pas impunément cracher sur la main qui vous a nourri, la vilipender.
Je pense que si mes collègues, patron d’orchestres s’inspirent de mon attitude envers Jos Diena et les autres et m’emboîtent le pas, le musicien réfléchira désormais par deux fois avant de quitter un groupe.
Visa : Le chanteur Gabbana s’était dernièrement présenté au lieu de répétition de votre orchestre puis, chez Apocalypse 22 où vous deviez jouer. Il a été chassé sans ménagement par les fans et votre sécurité. Peut-on connaître votre réaction à ce sujet ?
F.W. : D’abord, je ne savais même pas qu’il était là; ce sont des choses que mes gens évitent de me dire. S’il était venu pour écouter de la bonne musique, ça va. Mais, si c’était pour tenter de réintégrer Cultur’A Pays Vie, ça non ! Je ne cesserai de le crier.
Quand il a quitté le Quartier Latin, il n’est pas venu tout de suite chez nous. Il est allé chez Werrason pour intégrer Wenge Maison Mère. Et quand Werra lui a demandé dans quel groupe il avait joué avant le Quartier Latin, il a cité l’orchestre de Le Karmapa, pas Cultur’A Pays Vie. A la proposition de Werra de le prendre par la main pour le ramener chez moi, il a répondu que cela ne serait possible que si Wenge Maison Mère disparaissait. Donc, je ne vois pas. pourquoi il tenterait aujourd’hui de se rapprocher de Cultur’A Pays Vie. En tout cas, je ne veux pas d’un pardon économique c’est-à-dire, d’un pardon que l’on demande parce qu’on a faim. Le pardon, les excuses devraient être spontanés et venir du fond du cœur.
Visa : Quels reproches faites-vous à Gabbana, Jos et les autres, qui soient à vos yeux impardonnables ?
F.W. : Je ne pardonne pas cette démarche qui consiste à faire du ping pong entre les orchestres, à injurier son ex-patron. ça, je ne pardonne pas. Je préfère me séparer des gens et que nous continuions à nous respecter. Ce n’est pas parce qu’on a acheté ou découvert une nouvelle marmite que l’on doit dire que celle qu’on avait avant ne vous avait pas nourri. Est- ce que ce qui est nouveau a forcément plus de valeur que ce qui est ancien ? La Bible est un vieux livre mais, qui n’arrête pas de faire de nouveaux croyants. Faut-il toujours cracher sur le passé quand on découvre du nouveau? On ne peut pas vivre le présent sans tenir compte du passé. Cultur’A Pays Vie fait partie de leur histoire. Ils doivent le respecter car, l’histoire ne se refait pas. Et moi, je ne veux pas qu’on re-écrive l’histoire.
Visa : Comme préalable pour renouer avec Koffi Olomide, vous donnez la réconciliation entre Dieu et Satan. Dans l’opinion, certains se demandent si, finalement, il ne s’est pas passé entre vous quelque chose de plus grave, de pire que ce que tout le monde croit savoir Qu’en est il réellement ?
F.W. : Non ; le fait est que c’est quelqu’un que j’ai eu a côtoyer pendant un long moment. On s’est séparés parce qu’il y avait des problèmes. On s’est retrouvés au sein de l’Amc et tout le monde sait ce qui s’est passé.
Je vous donne un exemple. Alors que tout jusque-là semblait marcher parfaitement entre nous, il a œuvré dans le noir pour faire annuler un concert que je devais livrer chez « T-Plus » pour faire programmer le Quartier Latin, qui avait pourtant un autre concert à la même date. Le jour-j, il n’est même pas venu jouer chez T Plus, où il a envoyé juste une poignée de musiciens de son groupe pour faire de la figuration. Voyez donc quelqu’un que j’ai pris en amitié en toute sincérité dans le cadre de Maisha Park et qui me joue gratuitement un si vilain tour juste pour me nuire. Jugez-en. C’est dire que nous nous réconcilierions aujourd’hui pour quelle nouvelle vie, pour quelle perspective ?
Voilà, c’est une décision personnelle. C’est une personne que je chercherai à éviter toute ma vie. Comme disait Job, jusqu’à ce que j’expire, je ne me dessaisirai pas de ma décision. Il n’y a aucune force dans le monde qui puisse nous réconcilier, si ce n’est la force divine. Or, la Bible elle-même nous dit qu’il faut parfois couper le bras ou une partie de son corps pour mériter le paradis. Donc, j’ai déjà coupé cette partie de ma vie.
Visa : Si vous nous parliez de « Mémoire ya Nzambe », votre prochain album ?
F.W. : « Mémoire ya Nzambe » est venu d’un texte biblique, celui d’Exode, chapitre 3, verset 6, où Dieu dit qu’il est le Dieu d’Abraham et de Jacob alors que ces personnes étaient déjà décidées au moment où Dieu parle. Ce passage biblique a tout déclenché chez moi. C’est dire que Dieu a une mémoire à laquelle il faut se fier, une mémoire qui n’est jamais low bat, dans laquelle il faut chercher à figurer plutôt que dans celle des hommes qui est fugace; oublieuse.
Aujourd’hui, il y a des parents qui ont perdu leurs propres enfants mais, qui passent des mois entiers sans avoir pensé à ces êtres chers disparus. Il en est de même des veuves ou des veufs. Il y a des hommes qui oublient jusqu’au nom des copines qu’ils avaient connues. C’est triste.
Ma démarche dans l’album « Mémoire ya Nzambe », c’est d’amener les gens à s’intéresser aux choses spirituelles, à Dieu, au message divin. C’est-à-dire, je suis toujours dans la démarche d’un prédicateur, qui cherche les arguments pour amener les gens à Dieu. Je sais que le Congo ira de l’avant si nous nous mettons, des millions et des millions de gens, à croire, non de cette croyance ostentatoire qui consiste à s’afficher avec une grosse Bible à la main mais, d’une croyance pratique, agissante.
On peut avoir la faveur divine mais, celle-ci est imméritée car, on n’a aucun effort à faire. Alors, il faut au moins de la reconnaissance envers Dieu.
Visa : Et voilà Félix Wazekwa évangéliste...
F.W. : Voilà, je suis vraiment dans la démarche de quelqu’un qui veut évangéliser. Parce que les musiciens, on est souvent considéré comme des athées ; même notre musique, elle est appelée mondaine, profane. En réalité, ce dernier mot n’a pas un caractère péjoratif. On est profane face à une profession, à un métier donné quand on y est étranger.
Mais aujourd’hui, on appelle profane notre musique comme pour dire que c’est la mauvaise musique. Nous devons nous battre contre cette façon de voir les choses.
Visa : Et le mot de la fin ?
F.W. : Je dis aux mélomanes que les Dvd de L’Olympia sont sur le marché. Je regrette que nous soyons trop piratés.
Je demande aux mélomanes, en général, et aux fans de Wazekwa d’acheter les originaux. C’est le meilleur support pour juger de la qualité d’une œuvre musicale. Ensuite, en achetant les Cd, Dvd originaux, on rend service à l’artiste car, la plupart des artistes aujourd’hui travaillent avec leurs propres moyens.
Les Cd et Dvd pirates sont souvent faits à la va vite, sont de qualité douteuse et ont une durée de vie très courte par rapport aux originaux. C’est du kleenex, du papier jetable. C’est juste pour permettre aux gens d’écouter la nouveauté. Et après ?
Bref, la piraterie nous gène énormément et nous décourage même. Enfin, je dis bonne année anticipativement au Pdg Michel Ladi Luya, à Kale Ntondo et à José Mpaka Ikombe. J’ai une pensée aussi pour notre Premier Ministre, Son Excellence Adolphe Muzito, pour le Président de l’Assemblée Nationale, l’Honorable Evariste Boshab. Je leur dis déjà bonne année à tous.
Visa
(Ern/BT/PKF)