kabila & santosLa voie du dialogue semble être l’option levée par la République démocratique du Congo et la République d’Angola pour régler « leurs divergences ». Mais en attendant, il y a toujours cette odeur du « pétrole » au-dessus de Kinshasa et Luanda depuis que Kinshasa est persuadé que l’Angola « extrait du pétrole dans ses eaux territoriales ». Kinshasa a sollicité le concours de l’ONU pour les départager pendant que Luanda a saisi une cour internationale pour ce « pétrolegate », déjà en marche.

Les efforts diplomatiques entre l’Angola et la RDC, la volonté politique des présidents Edouardo dos Santos et Joseph Kabila Kabange de privilégier le dialogue, risquent-ils d’être supplantés par le «gain financier » ?


S’il est encore prématuré de répondre à cette interrogation, il faut se résoudre à l’évidence que le « pétrolegate » qui oppose la RDC à l’Angola est déjà en marche.

Et pourtant, dans son dernier discours sur l’état de la Nation, le président Kabila évoquait cette situation qui prévaut entre la RDC et l’Angola en ces termes : « Le dialogue engagé à chacune de ces occasions a permis la compréhension mutuelle et la solution des différends. C’est de la même manière que nous entendons régler les divergences qui ont fait jour entre nous et l’Angola, pays frère avec lequel, en plus de partager la frontière la plus longue, nos liens d’amitié sont scellés dans le sang. C’est dans cet esprit qu’est prévue, pour bientôt à Luanda, une réunion de la Grande commission mixte ».

S’il faut faire confiance aux chefs d’Etat congolais et angolais, il nous revient toutefois, à en croire des informations en notre possession, que les intérêts financiers pèseront lourd dans les rapports entre les deux pays. En effet, persuadé que l’Angola est en train d’extraire du pétrole dans «ses propres eaux territoriales», Kinshasa avait mis en place une commission dirigée autrefois par le professeur Célestin Kabuya Lumuna, ancien Administrateur délégué général de la RVA.

Les conclusions de cette commission sur l’exploitation du pétrole aux larges du littoral de l’océan Atlantique avaient été présentées à la commission ad hoc des Nations unies qui s’occupe des frontières maritimes pour porter au-delà de 200 miles les limites maritimes de la RDC. Le rapport de cette commission a démontré une « occupation de facto » d’une partie du plateau continental du Congo-Kinshasa par l’Angola.

Il ressort que les concessions pétrolières que Kinshasa revendique sont des blocs de pêche occupés par Chevron Texaco qui produit 168.000 barils par jour et Exxon Mobil avec 600.000 barils par jour. Mais le plus intéressant, c’est le bloc 15. En termes de réserves pétrolières, il s’agit de 4 milliards de barils répartis de la manière suivante : Exxon 40%, British Petroleum 26, 6%, AGIP, 20% et Total 13, 3%. Sur ce tracé du bloc 15 se trouvent en exploitation 400 millions de barils dont 200 millions par Tullow Oil et le champ de Chevron avec 200 millions de barils.

Toujours en ce qui concerne les frontières maritimes, la Convention de Montego Bay signée le 10 février 1982 est un texte fondamental et applicable en matière de droit de mer. Elle est liée aux questions portant exploitation des ressources halieutiques et des gisements des hydrocarbures. L’Angola ayant limité ses frontières, la République démocratique du Congo l’ayant fait également, le Congo ne réclame qu’à exercer ses droits.

Le schéma « procès île de Bakassi »

Selon le rapport des Nations unies, à partir du point le plus au nord et un autre de plus au sud, les frontières maritimes de la RDC s’étendent jusqu’à 350 miles nautiques. Cette distance permise par la méthode des Nations unies fait que la zone économique de la RDC devrait aboutir par tailler les blocs de l’Angola.

Dans le but de mieux soutenir son point de vue, Kinshasa a fait appel au Cameroun pour jouer au médiateur, et le dossier a été confié à deux avocats camerounais. Il s’agit d’un spécialiste océanologue, le scientifique Jean Folack qui s’est distingué dans le litige entre le Nigeria et le Cameroun au sujet de la péninsule de Bakassi. Il est un grand défenseur des textes des Nations unies. Il est assisté de Louis Foyang, cartographe. Des délégués des institutions et organismes internationaux ont été également associés à cette démarche.

Il s’agit de la Commission océanographique intergouvernementale, COI, de l’Unesco ; Unep Shelf Programme ; Unep/Grid-Arendal, de Norvège ; Caris Geographic Information Systems, Heeswijk de Hollande, et Organisation Maritime Internationale de l’Angleterre. De son côté, l’Angola a sollicité les services de deux avocats portugais, Galvao Teles et Soares da Silva qui font partie d’une association des avocats et travaillent avec le cabinet Leitao.

Ils ont décidé de porter le problème devant une cour internationale. Selon eux, la frontière maritime de l’Angola part des côtes sud de Cabinda jusqu’ au nord de la partie continentale de l’Angola, sur une étendue également de 350 miles nautiques, ne laissant qu’un petit triangle de l’eau pour le Congo. L’avocat Teles utilise une méthode totalement différente de celle de Kinshasa pour la délimitation des frontières maritimes.

C’est ainsi que dans sa lettre N° 7/003 OLC-990142 du 31 juillet 2009, datée de New York, le représentant permanent de la République d’Angola aux Nations unies, après avoir pris connaissance du projet congolais de fixer les limites de son plateau continental au-delà de 200 miles et déposé le 11 mai 2009 à la Commission des limites du plateau continental des Nations unies, rejette cet acte. Il affirme que la République d’Angola ne se considère pas concernée par cet acte et envisage d’étudier ce projet de la RDC avant de faire connaître ultérieurement sa position à ce sujet. Il conclut en précisant que l’Angola reste toujours disponible pour résoudre le différend découlant de cette situation par le recours aux mécanismes prévus par le droit international en la matière.

Le dilemme se situe bel et bien à ce niveau

Toutefois, lors de la grande commission mixte de 2007, RDC-Angola à Luanda, la délégation congolaise, conduite par le ministre Mbusa Nyamwisi Antipas, alors ministre des Affaires étrangères, avait longuement évoqué avec la partie angolaise la possibilité de la création d’une « Zone d’intérêts communs », ZIC. Malheureusement, les choses n’ont pas encore évolué positivement sur ce plan.

La prochaine étape de Luanda

Il est un fait que l’odeur du pétrole a amené des nuages sombres au-dessus du ciel congolais et angolais. Situation qui a été émaillée par l’expulsion massive, accompagnée des exactions de part et d’autre, des ressortissants de deux pays, sous des prétextes de leur présence irrégulière dans les deux pays respectifs. Après quelques moments de surchauffe, les responsables de la RDC et de l’Angola ont opté pour l’accalmie et une cohabitation pacifique.

Maintenant, ils doivent se pencher sur ce dossier délicat du pétrole. Il ne fait l’ombre d’aucun doute que lors de la prochaine réunion de la grande commission mixte, le problème lié à la délimitation des frontières sera au centre des discussions. L’on s’attend à ce que les deux parties examinent en toute objectivité, sans arrière-pensées cette question.

S’il existe des dessous des cartes, les observations pertinentes doivent figurer dans le volet diplomatique après que les deux parties se soient exprimées clairement et en toute franchise. Notamment ce fait de saisir les institutions nationales des deux pays sur le « rôle joué par l’Angola » dans la région de l’Afrique centrale et des Grands Lacs pour le retour de la paix. On aura ainsi levé le pan de voile sur ce mystère autour du « pétrolegate » entre la RDC et l’Angola.

La même attitude devrait être adoptée vis-à-vis de l’Ouganda avec le pétrole du Lac Albert. De ce côté-là également, il se pose un réel problème de la limitation des frontières lacustres. Il y a déjà eu mort d’hommes, de part et d’autre. Les défis du 21ème siècle, c’est aussi cette capacité que doivent faire preuve les responsables congolais à gérer tous les différents. Cela, dans l’intérêt général du peuple congolais en particulier, et des peuples de la région en général.

Le Potentiel


(DN/TH/GW/Yes)