foretLe 3 Décembre 2009, à quelques jours de la Conférence sur le Climat à Copenhague, Greenpeace, Global Witness et la Rainforest Foundation ont envoyé une lettre ouverte à la Banque Mondiale, critiquant son rôle dans le secteur forestier de la République Démocratique du Congo – deuxième plus grande forêt tropicale de la planète.

Le Sommet de Copenhague offre une opportunité sans précédent de définir un accord mondial pour prévenir des émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation dans le cadre d’un mécanisme REDD approprié.

Cependant, ces efforts internationaux seront vains si les enseignements des précédentes réformes menées par la Banque mondiale ne sont pas pris en compte. Il en va de la survie des forêts congolaises.

Cette lettre ouverte dénonce le non-respect patent des règles élémentaires de légalité et de transparence – et la violation continue des droits des communautés locales – de la part des sociétés multinationales d’exploitation forestière du Congo.

Le processus de « revue légale » des titres forestiers en RDC est arrivé à son terme en janvier 2009. La Banque mondiale déclare, sur son site Internet, que les titres annulés sont aujourd’hui « nuls et non avenus » et que « toutes les opérations forestières conduites à ce titre ont dû être interrompues ».

Pourtant, Greenpeace – et d’autres groupes de la société civile – disposent d’éléments démontrant que certains exploitants ont poursuivi leurs activités au mépris de la législation nationale.

En septembre 2009, des femmes de la province d’Équateur bloquaient le passage aux camions de Sodefor, filiale de Nordsüdtimber, principal groupe d’exploitation forestière du Congo basé au Liechtenstein, pour dénoncer les promesses non tenues par l’entreprise.

Les témoignages d’une cinquantaine de représentants des communautés vivant des ressources forestières dans la région de Bumba (province d'Équateur), que Greenpeace a rencontrés les 16 et 17 novembre, révèlent que les populations locales demeurent systématiquement tenues à l'écart des décisions concernant le sort de leurs forêts.

Un rapport de 2007 du Panel d’inspection de la Banque mondiale concluait que la Banque avait surestimé les revenus de l’exploitation forestière industrielle au Congo et avait ignoré ses effets négatifs sur les vies des populations et sur la biodiversité.

La même année, un rapport coécrit par différents experts de la Banque indiquait que « [la production industrielle de bois] n’a pas démontré son aptitude à sortir les populations rurales de la pauvreté, ni à contribuer de façon significative et pérenne au développement local et national ».

La Banque mondiale persiste dans la mise en œuvre d’une réforme forestière en RDC sans s’attaquer aux racines du mal – la corruption, l’impunité et l’exploitation des populations autochtones, qui se voient refuser le droit le plus élémentaire à l’information quant à l'utilisation de leurs forêts.

Dans le cadre de son Fonds de partenariat pour le carbone forestier (FCPF), la Banque assiste la RDC dans l’élaboration d’un nouveau mécanisme REDD. Greenpeace craint que les précieux revenus des initiatives REDD soient finalement détournés au profit d’une soi-disant « gestion durable » par les exploitants – sans réelle protection des forêts ni souci du développement local.

La Banque mondiale et les autres bailleurs de fonds doivent contribuer au financement de solutions alternatives servant effectivement la cause des forêts, des populations et du climat.

À court terme, il est nécessaire : de réaffecter les ressources pour cartographier les forêts et leurs différents modes d’utilisation en concertation avec les populations locales ; de définir des zones prioritaires à protéger de l’exploitation commerciale intensive ; et de soutenir les projets forestiers appropriés menés par les communautés locales pour promouvoir une réelle gestion durable des forêts.

Des ressources doivent également être mobilisées pour renforcer la capacité de contrôle par l'administration congolaise à tous niveaux afin de maîtriser l’exploitation – tant de la part des grandes sociétés que des exploitants artisanaux.

La Banque mondiale est à la croisée des chemins.

A ce jour, elle n'a pas répondu aux appels de différentes ONG l`exhortant d'exclure des mécanismes REDD toute mesure en faveur de l’exploitation industrielle des forêts et des plantations. Restera-t-elle sur ses positions ou privilégiera-t-elle enfin des solutions servant la cause des hommes, des forêts et du climat ?

C.L./MMC/RRN


(CL/GW/Yes)