L’idée d’organiser des journées parlementaires en Rdc augure une ère nouvelle dans les rapports politiques au sein de la société congolaise, plus particulièrement au sein des Institutions nationales et provinciales démocratiquement élues.
La chambre basse du Parlement de la République Démocratique du Congo a organisé lundi au Palais du peuple, la journée parlementaire de l’Assemblée nationale sous le thème « Démocratie et tolérance en politique ».
Le Premier ministre Adolphe Muzito et quelques membres de son gouvernement ainsi que les ambassadeurs et chefs de missions diplomatiques accrédités à Kinshasa ont rehaussé de leur présence la célébration de cette journée parlementaire.
Plusieurs communications ont été données par des éminentes personnalités tant politiques que scientifiques autour de ce thème principal éclaté ensuite en deux sous-thèmes, parmi lesquelles celle de l’honorable député Modeste Bahati Lukwebo, président du Groupe parlementaire des indépendants (GPI).
Ces communications ont permis aux participants d’obtenir des informations enrichissantes sur la perception de la démocratie et sur la problématique de la tolérance en politique, principalement dans le système démocratique du pays.
Le président de l’Assemblée nationale, Evariste Boshab, qui s’est réjoui des travaux de cette journée parlementaire transformée en une séance académique, a indiqué que ces communications donnent une grande leçon au Parlement pour le rôle important qu’il est appelé à jouer pour rendre ce cadre de plus en plus démocratique, en mettant sur pied des programmes pédagogiques pour des valeurs démocratiques irréversibles.
Tous les anciens programmes, a-t-il martelé, devront garantir, selon les recommandations de l’Union interparlementaire, la promotion de la liberté d’expression ainsi que les droits de l’homme au niveau parlementaire, notamment celui de s’exprimer librement.
Dans cet ordre d’idées, Evariste Boshab a indiqué que l’Assemblée nationale de la RDC va continuer de soutenir les efforts pour la pérennisation de l’idéal démocratique en vue de la promotion des aspects et du développement socio-économique de nos populations.
Quelques recommandations ont été faites à l’issue de la séance académique qui a connu la participation active du président de l’Assemblée nationale de la République sœur du Congo/Brazzaville, le député Justin Koumba.
Le message du secrétaire général de l’Union interparlementaire a été lu par le rapporteur de l’Assemblée nationale de la RDC, Wildor Makonero. Le Sénat était représenté par son 2ème vice-président, Losembe Batwanyele.
Ci-après l’intégralité du message de l’honorable député Bahati Lukwebo, Président du Groupe parlementaire des Indépendants, à l’occasion de la séance académique consacrée à la journée parlementaire du 30 novembre 2009.
Thème : « Démocratie et tolérance en politique »
Sous-thème : « Promotion de la démocratie et le Parlement : comment et pour quoi faire ? »
Honorable Président de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo ;
Honorable Président de l’Assemblée nationale de la République populaire du Congo ;
Honorable Président du Sénat de la République Démocratique du Congo ;
Excellence Monsieur le Premier ministre de la République démocratique du Congo ;
Excellence Monsieur le Premier Président de la Cour suprême de Justice ;
Excellence Monsieur le Procureur général de la République ;
Honorables députés nationaux et sénateurs ;
Excellences Messieurs les vice-Premiers ministres et ministres ;
Excellence Monseigneur l’Archevêque de Kinshasa ;
Excellences Messieurs les Ambassadeurs et Chefs de missions diplomatiques ;
Excellence Messieurs les représentants des Organismes internationaux ;
Excellences, Mesdames, Messieurs, distingués invités ;
Le Groupe des Parlementaires Indépendants (Gpi) salue l’initiative d’organiser la Journée parlementaire, ce 30 novembre 2009, en République démocratique du Congo sous le thème : « Démocratie et tolérance en politique ».
Cette initiative augure, à notre avis, une ère nouvelle dans les rapports politiques au sein de la société congolaise, plus particulièrement au sein des Institutions nationales et provinciales démocratiquement élues.
En effet, le GPI est heureux d’associer sa voix à celle d’éminents orateurs qui ont pris la parole du haut de cette tribune pour apporter sa modeste contribution à l’événement de ce jour.
Dans l’invitation qui nous a été envoyée au sujet de cette séance académique, il nous a été proposé de présenter un exposé tenant compte des termes de référence et en fonction du sous thème : « Promotion de la démocratie et le Parlement : comment et pour quoi faire ? »
A cet effet, le GPI a choisi de parler brièvement de la Promotion de la démocratie et le Parlement : comment et pour quoi faire ?
Le thème est ambitieux et exaltant, car, il ne saurait y avoir un véritable parlement démocratique sans système démocratique.
Excellences, Honorables, Distingués invités ;
L’histoire de la démocratie est émaillée des combats héroïques. Elle date de l’antiquité gréco-romaine en passant par Montesquieu jusqu’à son apogée avec l’indépendance des Etats-Unis en 1775 et la Révolution française en 1789.
Dans son célèbre ouvrage intitulé « L’esprit de loi », Montesquieu met l’accent sur la recherche d’une cité idéale. De ce fait, Montesquieu se rattache aux idées de Platon, qui y évoquait la cité idéale. Dans ses analyses, Montesquieu relève trois formes de pouvoir à savoir :
1) La Monarchie fondée sur le sentiment de l’honneur qui règne dans la chose supérieure ;
2) La Dictature qui est fondée sur la crainte ;
3) La Démocratie qui est fondée sur la vertu.
En fait, qu’est-ce que la démocratie ?
Abraham Lincoln, l’un des pères fondateurs des Etats-Unis d’Amérique définissait la démocratie en ces termes : « La démocratie, c’est le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».
En d’autre terme, la démocratie, c’est un régime de liberté et de séparation des pouvoirs.
En fait, tout pays censé être démocratique doit avoir en principe trois types de pouvoir :
- le pouvoir législatif ;
- le pouvoir exécutif ;
- le pouvoir judiciaire.
Dans ce système, il y a :
- un Président élu qui exerce les prérogatives constitutionnelles ;
- un Parlement élu qui légifère et contrôle le Gouvernement et les services publics ;
- un Gouvernement investi par le Parlement élu qui gouverne le pays ;
- les cours et tribunaux qui rendent la justice.
La démocratie, c’est aussi l’équilibre des pouvoirs. Chaque pouvoir respecte les prérogatives constitutionnelles reconnues à l’autre pouvoir, tout en collaborant étroitement pour la réalisation du bien commun, c’est-à-dire, l’intérêt général des citoyens, l’unité nécessaire à la cohésion et à la solidarité dans l’action de l’Etat.
Cependant, le débat sur la promotion de la démocratie doit essentiellement porter sur le rôle respectif de chaque pouvoir et son impact dans la vie de la nation et des citoyens.
Excellences, Honorables, Distingués invités ;
A ce propos, il y a lieu de jeter un regard critique sur la responsabilité des institutions en vue de renforcer leurs capacités pour l’émergence de la démocratie.
1) L’institution Président de la République qui incarne la nation doit être le centre politique et moral d’impulsion, garant de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale.
Conformément à notre constitution, le Chef de l’Etat est un acteur clé de la vie politique et institutionnelle. Il a des pouvoirs à l’égard du peuple, du Parlement, du gouvernement et du pouvoir judiciaire.
2) Le pouvoir Législatif : Le rôle du pouvoir législatif ne peut être compris que dans la logique du progrès pour l’humanité toute entière. Dans le contexte actuel de la démocratie, le statut et le rôle du pouvoir législatif doivent être clairement pragmatiques dans l’exercice de ces fonctions.
Cela étant, il est important d’évaluer si les lois votées par le Parlement et le contrôle qu’il exerce sur l’action gouvernementale ont un impact réel sur la vie des citoyens et sur l’évolution positive du pays.
Il est aussi intéressant de s’interroger sur la qualité des débats parlementaires, les moyens d’informations mis à la disposition des députés, l’organisation du travail parlementaire tant en plénière qu’en commissions, sur le respect des immunités parlementaires.
Par ailleurs, pour de raisons de probité intellectuelle, les parlementaires doivent se poser des questions, s’ils sont efficaces et compétents et si leur liberté et leur conscience ne sont pas lourdement affectées par le mot d’ordre de leurs partis ou groupes politiques. Si les parlementaires sont respectueux des lois, des droits et des libertés fondamentaux des citoyens.
Comme disait GIAMBATISTA VICO (1688-1744), le stade de nature intelligente est celui de la pensée, de la raison et du devoir. Voilà au fait le devoir d’un parlement qui incarne la démocratie et par lequel la volonté du peuple s’exprime.
3) Le Gouvernement définit en concertation avec le Président de la République la politique de la nation et en assume la responsabilité. Pour ce faire, il conduit la politique de la nation. Il dispose de l’administration publique, des forces armées, de la police nationale et des services de sécurité. Il est responsable devant l’Assemblée Nationale.
Un gouvernement est jugé en fonction de sa capacité à répondre efficacement aux aspirations légitimes de son peuple. Comme le souligne le politologue David Hume (1914-1976) : « Le gouvernement n’a de valeur que s’il maintient la société dans le bonheur et dans le progrès. Lorsqu’il devient nuisible, il est légitime de le remercier ».
On peut donc s’interroger si notre gouvernement répond aux attentes du peuple congolais ? Si la paix et la sécurité des personnes et de leurs biens sont réellement assurées, si les fonctionnaires, les enseignants, Ies soldats et policiers sont motives pour les rendements dont on attend d’eux ?
4) Quant au pouvoir judiciaire, les cours et tribunaux ont mission de garantir les libertés et les droits fondamentaux des citoyens dans leur rôle de dire le droit.
A cet effet, le pouvoir judiciaire est indépendant. Cependant, il ne doit pas se transformer en un gouvernement des juges. II est aussi bon de savoir si l’action des juges et des magistrats ainsi que du personnel judiciaire est bien ressentie et appréciée par lIa population. Si ce pouvoir assume correctement sa mission, il devient l’un des instruments important pour la promotion de la démocratie. Car il n’y pas de démocratie sans justice équitable et vice-versa.
Excellences, Honorables, Distingués invités ;
Ce débat sur le rôle respectif de chaque pouvoir ou institution s’avère indispensable en vue de la promotion de la démocratie et de renforcement des capacités institutionnel les.
Il convient de souligner que la démocratie est aussi un état d’esprit. Elle requiert la participation des citoyens aux affaires publiques, mieux qu’ils y prennent activement part.
A ce sujet, Mendés France disait que « le Péril de la démocratie réside dans l’indifférence du peuple. La participation active du peuple au processus démocratique et son appropriation font vivre et épanouir la démocratie.
Par contre, l’indifférence du peuple ou son inertie affaiblit l’émergence de la démocratie et favorise en conséquence la personnalisation du pouvoir, des dérives dictatoriales et la confiscation des droits et des libertés fondamentaux par un groupe d’individus.
Selon la Cour constitutionnelle allemande (Déclaration du 23 octobre 1952), l’ordre démocratique est celui du pouvoir d’un Etat de droit, fondé sur l’autodétermination du peuple selon la volonté de la majorité, sur la liberté et l’égalité à l’exclusion de tout pouvoir violent et arbitraire.
Après ce plaidoyer sur la démocratie, l’heure est venue de se pencher sur la promotion de la démocratie et le parlement, comment et pour quoi faire ?
La promotion de la démocratie est avant tout une émergence et une consolidation de droits et des libertés fondamentaux de citoyens tant en ce qui concerne leur exercice, leur jouissance que leur participation consciente et effective dans les affaires publiques qui concernent tous les citoyens.
La démocratie mérite qu’elle triomphe en dépit des obstacles qui jonchent son parcours. Car, dans tout système démocratique, tout pouvoir appartient au peuple qui l’exerce directement ou indirectement par l’intermédiaire de ses représentants démocratiquement élus.
De plus, la démocratie est la meilleure forme du gouvernement humain, sans laquelle il n’y aura ni paix, ni liberté, ni prospérité encore moins la dignité en République Démocratique du Congo.
Les Etats régis par l’ordre démocratique, à travers le monde, connaissent la paix, la liberté, l’égalité, la solidarité, le progrès individuel et collectif.
Excellences, Honorables, Distingués invités ;
La promotion de la démocratie dépend essentiellement de la capacité et de la volonté d’une élite responsable et convaincue aux valeurs morales démocratiques et républicaines de paix, de liberté, d’égalité, de fraternité, de solidarité et d’une conscience élevée du patriotisme.
C’est pour cette raison qu’un leadership politique est indispensable pour créer et soutenir toutes les conditions de promotion de la démocratie.
L’élite à un rôle politique et moral à jouer pour la promotion de la démocratie. De par son savoir théorique, pratique et de par sa sagesse, elle est le sel et la lumière qui éclaire la conscience du peuple. Elle doit être à l’avant-garde, le porte étendard de la flamme démocratique. Elle doit faire de la promotion de la démocratie et des droits de l’Homme, les objectifs primordiaux à atteindre.
Outre l’exigence d’une élite engagée et convaincue, la promotion de la démocratie requiert également :
- le renforcement des capacités des institutions représentatives ;
- le respect et la promotion des droits et libertés des citoyens ;
- les efforts pour la meilleure connaissance des institutions, en tant que pouvoir et structure, et de leurs méthodes de travail ;
- le respect et la promotion du droit de la femme et des enfants ;
- le respect du droit à la vie et à l’intégrité de la personne
humaine, de la liberté d’opinion et d’expression, droit à
l’éducation, à la formation et à l’information, le respect du droit à la différence culturelle.
En fait, la démocratie demeure l’alternance efficace contre la pauvreté, le sous-développement politique, économique, social et culturel. Dans cette démarche, on peut s’inspirer des exemples d’autres pays qui ont su mobiliser leurs peuples en faveur des valeurs démocratiques et républicaines.
Excellences, Honorables, Distingués invités ;
Parlons à présent du rôle que peut exercer le Parlement dans la promotion de la démocratie.
Le Parlement est, par excellence, une tribune ou mieux un haut lieu d’expression et de tolérance politique. Il est compose des parlementaires issus des différents courants politiques, philosophiques ainsi que de la société civile. Ils rivalisent, aisément au cours des débats parlementaires, leurs idées en privilégiant l’intérêt général.
De par leur élection, l’ensemble des députés incarne la représentation démocratique de la nation. Ils forment, à cet effet, un leadership indispensable et capable d’impulser et de véhiculer, sans entrave, les valeurs démocratiques et républicaines auprès des citoyens, par le dialogue, la concertation, les conférences, les matinées politiques, des ateliers ou par d’autres méthodes de communications politiques et sociales.
Quant au Sénat, les honorables sénateurs forment également un leadership politique et moral qui assure la représentation des entités territoriales de la République, capable d’inculquer des valeurs démocratiques et républicaines aux citoyens.
Issus de suffrages universels, les parlementaires ont un grand intérêt à faire vivre la démocratie et à s’engager en vue de l’émergence de la démocratie. Ils doivent rester en communication permanente avec les citoyens, les informer pleinement des débats et de toutes les activités parlementaires. Ils doivent demeurer à l’écoute de citoyens et recueillir leurs avis.
S’agissant de la tolérance dans les débats parlementaires, elle apparaît comme une vertu du dialogue, de concertation, indispensable à l’écoute des opinions des autres afin que de meilleures opinions l’emportent au-delà des clivages politiques.
Quant à la tolérance en politique, elle permet de sauvegarder la paix, l’entente, la compréhension entre les hommes, la cohésion nécessaire à l’unité nationale et garantit également une bonne coexistence pacifique entre citoyens. Elle fait avancer les débats tant en qualité qu’en quantité d’intervenants.
La tolérance constitue aussi un principe philosophique qui nourrit, alimente certains de nos droits et libertés fondamentaux telle que la liberté de pensée, d’expression, de religion ou de culte.
Il sied aussi de dire que la tolérance est un principe fondé sur l’amour, la fraternité, l’égalité, la justice et la solidarité entre les citoyens vivant en société.
Excellences, Honorables, Distingues invités ;
Nous voici arrivé au terme de notre adresse de ce jour. Tout au long de cet exposé sur la promotion de la démocratie et le parlement « comment et pour quoi faire »
- J’ai dégagé le postulat selon lequel le concept démocratie a fait son histoire avec les grands penseurs dans le temps et dans l’espace ;
- J’ai souligné le fondement de la démocratie et les institutions sensées la régir, tout en relevant d’innombrables avantages que procure un Etat démocratique ; source garante de libertés et des droits fondamentaux ainsi que de développement ;
- J’ai affirmé que la démocratie et les droits de l’Homme demeurent des objectifs majeurs et prioritaires à atteindre à tout prix;
- Dans cette perspective, j’ai soutenu que l’émergence de la démocratie requiert une prise de conscience d’une élite (politique, intellectuelle, religieuse, enseignante, artiste, prêtre,...) engagée et convaincue aux valeurs démocratiques et républicaines ;
- J’ai affirmé avec force que le parlement, de par son essence et sa composition, demeure un forum privilégié de l’émergence des valeurs démocratiques et de la culture de la tolérance.
La démocratie a permis à de nombreux pays d’accéder au bonheur et au progrès en garantissant à leur peuple l’exercice et la jouissance de libertés et de droits fondamentaux.
La République Démocratique du Congo, en dépit des agressions extérieures répétées, s’est irréversiblement engagée dans le processus démocratique.
Aussi, permettez-moi de saisir cette occasion pour exhorter le peuple congolais, à s’approprier de la démocratie en tant que système de civilisation moderne, meilleure forme de gouvernement humain et garante de dignité et du bien être général de tous.
Je ne saurais terminer mon propos sans inviter chacune des institutions dites démocratiques à demeurer fidèle au système démocratique en assumant, avec conscience et responsabilité, leurs prérogatives afin d’aider la République Démocratique du Congo, le Président de la République et le peuple congolais à réussir son développement économique, politique, social et culturel, et ce dans la tolérance, le respect du droit à la vie et à l’intégrité de la personne humaine, à la liberté d’opinion et d’expression, à l’éducation, à la formation et à l’information, sans oublier le respect du droit à la différence.
Je vous remercie.
Fait à Kinshasa, le 19 novembre 2009.
Pour le Bureau du Groupe Parlementaire des Indépendants
Honorable BAHATI LUKWEBO Modeste
Président
Célestin Lutete/MMC
(CL/GW/Yes)