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La commission d’enquête dépêchée à Goma par le ministère des Transports et communications pour rechercher les causes du dernier crash d’avion de la compagnie CAA dénonce la subtilisation des boîtes noires de l’appareil par un sujet espagnol.

« N° RVA/10l.00/015/09 du 30/11/09 STOP ATTN ADG RPT ADT-DAP TOUS à Kin Ndolo stop HVI que commission d’enquête établie par le Ministrascom avoir débu­té les travaux ce samedi le 28/11/09 stop appre­nons ce jour que le mé­canicien de la compagnie C.A.A répondant au nom de Toro de nationalité es­pagnole avoir soutiré les boites noires à notre insu le dimanche 2:9/11/09 en trompant la vigilance des gardiens se faisant passer pour membre de la commission pendant que cette dernière était en plein travail stop fran­che considération stop et fin ».

Tel est le messa­ge télégraphique que le commandant adjoint de l’aéroport de Goma, M. Georges Matutu Lefu, a envoyé lundi 30 novem­bre 2009, à la haute hié­rarchie de la Régie des voies aériennes (RVA), à Kinshasa. Ce message a été remis à la presse par le directeur de la naviga­tion aérienne, M. Pascal Iza, au cours d’un point qu’il a co-animé avec MM. Vincent Futa et Martin Sungi, respectivement directeur des aéroports adjoint et président de la délégation syndicale.

Remontant à la ge­nèse du crash, M. Pascal Iza a relevé la défaillance de pilotage. Pour lui, le crash de l’aéronef de la société CAA ( Compagnie Africaine d’Aviation) qui venait de Kinshasa, avec à son bord 117 passagers dont le gouverneur Julien Paluku, avait raté son atterrissage pour la bonne et simple raison que l’aé­ronef avait manqué son toucher à la position normale. En d’autres termes, l’aéronef s’était posé à 800 mètres du seuil pour une piste de 2.000 mètres de longueur. Le directeur de la navigation aérienne a insisté sur la défectuo­sité du système de frei­nage de l’avion, surtout avec la pluie qui s’était abattue ce jour-là sur la ville de Goma.

Loin de conclure, il s’est toutefois, remis à   commission mise sur pied par le ministère de tutelle et qui est opéra­tionnelle depuis jeudi 27 novembre 2009. « Celle-­ci nous permettra de con­naître les causes proba­bles de cet accident, a-t-il renchéri. Mais les causes réelles ne seront connues qu’après le décodage des deux boîtes noires de l’aéronef ».

Curieusement, et contre toute attente, a martelé M. Pascal Iza, une fausse note risque de jeter le discrédit sur les conclusions de l’en­quête en cours avec le vol spectaculaire de deux boîtes noires, dimanche 29 novembre 2009, par M. Toro, un sujet espa­gnol et mécanicien de la compagnie aérienne CAA. Parti de Kinshasa à bord d’un vol régulier, M. Toro a trompé la vigilance des gardiens en se faisant passer pour membre de la commission d’enquête. C’est ainsi qu’il a réussi à subtiliser les deux boîtes noires qu’il a convoyées à bord du même avion pour la capitale congo­laise. Malheureusement pour lui, il a été appréhendé par la justice et est passé aux aveux.

Pour la haute hiérarchie de la RVA, ce coup fourré de M. Toro vient ainsi de contaminer les enquêtes. « Si l’on ne se reprochait de rien, pourquoi alors chercher à extraire de l’enquête les deux enre­gistreurs qui demeurent pourtant des éléments déterminants pour la ma­nifestation de la vérité ? », s’est interrogé le direc­teur Iza, avant de se de­mander sur le degré de crédibilité de deux boîtes noires subtilisées pour le besoin de la cause. En réaction à cet­te tricherie éhontée, la haute direction de la RVA a saisi depuis ce lundi 30 novembre 2009, toutes les autorités nationales.

Scandaleuse maffia dans le trafic aérien en RDC

Jeudi 19 novem­bre 2009, un avion MD 82 immatriculé 9 Q-CAB ap­partenant à la société CAA a craché sur l’aé­roport international de Goma, faisant de nom­breux dégâts matériels et plusieurs blessés. Ce crash n’est pas le premier du genre sur cette même piste de Goma qui a connu il y a à la peine une année, un autre crash d’un avion de Hewa Bora en avril 2008. Ce sinistre avait causé la mort de 44 passagers. Plusieurs autres crashes ont été enregistrés au pays, et dans la plupart des cas, c’était des avions de marque Antonov. Le dernier cas sous examen à le mérite de lever le voile sur un certain nombre de pra­tiques maffieuses qui caractérisent le fonc­tionnement de l’avia­tion civile en RDC.

L’une d’elles con­siste à effacer toutes les preuves de manière à perturber le déroule­ment normal de l’enquê­te, comme on vient de le constater avec cette rocambolesque affaire de vol des boîtes noires de l’avion accidenté à Goma. Des boîtes noires qui ont été retrouvées Cu­rieusement à Kinshasa, à plus de 2.000 Km du lieu du sinistre sans que l’on sache les manipulations auxquelles elles ont été soumises pour éventuellement brouiller toutes les pistes.

Les observateurs at­tentifs ayant examiné les images du crash ont noté l’absence des traces vi­sibles de freinage sur la piste. En attendant les conclusions qui peuvent être dégagées par les en­quêteurs, on est en train d’avancer qu’un problè­me de frein pourrait s’être posé et que celui-ci aurait été aggravé par le fait que l’appareil a atterri au milieu de la piste qui est écourtée par les laves qui se sont solidifiées à l’un de ses bouts. Le problè­me de freinage, comme on a eu à le relever, pour­rait être la conséquence du laxisme manifesté au niveau du ministère ayant dans ses attributions, les transports et les voies de communications, qui a accordé l’autorisation de voler à un avion n’ayant pas subi un « C-check » indispensable pour s’assurer que l’aéronef était en parfait état de na­vigabilité.

Si le « C-check » avait été effectué, on aurait certainement découvert les défaillances du systè­me de freinage qui a failli coûter la vie aux passa­gers au nombre de 117. La question est celle de savoir aujourd’hui com­ment le ministère ayant en charge des transports et les voies de commu­nications, déjà échaudé par des crashes extrêmement meurtriers à l’ima­ge du crash du type K à Kinshasa en janvier 1996 avec plus de 500 morts, celui de Hewa Bora à Goma avec 44 morts, ce­lui de Kingasani ya suka et bien d’autres encore, a-t-il pu délivrer des auto­risations de vol en viola­tion flagrante des textes régissant le secteur aéro­nautique en RDC.

Des autorisations obte­nues dans des condi­tions douteuses

On peut relever à ce sujet, l’arrêté ministériel n° 409/K/Min/TC/0039/98 du 10 novembre 1998 portant réglementation des conditions d’importa­tion des aéronefs qui sti­pule en son article 10 que les dossiers d’un aéronef d’occasion doit contenir en plus une copie certi­fiée conforme du certificat de navigabilité et de la licence station radio en cours de validité, les co­pies certifiées conformes des premières et derniè­res pages des carnets cellules, moteurs et héli­ces, un relevé des dates de visites d’entretien déjà effectuées et des heures totales de fonctionne­ment, ainsi que le potentiel résiduel de ces éléments. A cela, il faut ajouter la si­tuation d’application des consignes de navigabilité (A D Stratus), la liste des équipements de radiona­vigation et de radiocom­munication, la situation des checks subis et enfin, une copie certifiée con­forme de la dernière SHI, ainsi que la situation des disques compresseurs et des turbines pour les tur­bos moteurs.

La maffia qui semble s’être installée dans le secteur avec ses différen­tes exigences, parvient par des tours de passe-passe à obtenir le droit de voler sans répondre aux contraintes normatives imposées. Et c’est fort de ce passe-droit qu’elle peut tout se permettre jusqu’à mettre en vol des avions avec de faux documents de vol. Le dernier cas en date, le scandale de Goma, pour lequel les responsables et de l’Autorité de l’aviation civile doi­vent rendre des comptes, concerne un avion DC 8- 68 dont on indique que le responsable de cet im­portant service a sollicité l’autorisation d’importa­tion. C’est curieusement ce responsable qui a si­gné la demande d’auto­risation d’importation et c’est le même qui a émis l’avis favorable.

Et pourtant, le docu­ment qui a abouti à l’avis favorable, établit de ma­nière claire que l’avion n’est pas techniquement en règle. Et il le dit en uti­lisant des euphémismes du genre « inspection en cours », « évaluation en cours de finalisation », « fermeture des panneaux et garnitures en cours de finalisation », démontrant ainsi que rien de définitif était fait, pouvant donner lieu à un avis favorable tel qu’il a été donné.

Le rapport non seu­lement contourne la loi, mais surtout évite d’abor­der un élément capital, tel le point 5 de l’article 10 de l’arrêté pré-rappelé traitant de la situation de l’appli­cation des consignes de navigabilité (A D Stratus). Le signataire du rapport sait très bien qu’à la suite de non respect de ces di­rectives, on risque de retrouver avec un plan­cher qui cède, une porte qui se détache en plein ciel. Il s’agit là manifeste­ment d’un comportement criminel. Car, en falsi­fiant les documents ou en omettant des éléments importants dans le rap­port technique, c’est la vie des passagers innocents qu’on met en danger. La justice devrait s’occuper de ce genre des choses, parce que les Congolais méritent d’être sécurisés dans le domaine du trans­port aérien.

Michel Luka/J.R.T/Le Phare


(Milor/ND/PKF)



Last edited: 01/12/2009 15:23:55

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