Le père Macaire Manimba Mane, vient de publier un livre courageux, fouillé et documenté sous le titre : "L’Église catholique et la traite négrière transatlantique. Mémoire et responsabilité ".

Ce livre d’environ 239 pages se pose une série de questions, comme celles de savoir quelle position l’Église catholique prendra-t-elle dans ce débat relatif aux questions de responsabilité par rapport au passé, en particulier la traite et l’esclavage des millions de noirs ? Sera-t-elle neutre et indifférente, après avoir demandé pardon pour l’implication de ses fils et filles dans les fautes du passé ?

Le père Macaire qui cite plusieurs historiens, écrit que sans s’embarrasser de précautions, ceux-ci fustigent ce qu’ils appellent ’l’attitude ambiguë et irresponsable’ de l’Église catholique face à la tragédie des noirs entre XV et le XVIIIème siècle.

Il se référe aux nombreuses bulles pontificales se rapportant à l’expansion portugaise au XVème siècle pour conclure que la doctrine ecclésiale avait directement servi de couverture au mouvement en faveur de l’esclavage africain.

En clair, ces historiens accusent l’Église d’avoir couvert la traite négrière d’un manteau d’hypocrisie. L’auteur va loin, jusqu’à prendre l’exemple de Tardie qui prend la défense de certains intellectuels espagnols protestataires du trafic négrier et s’interroge : " La facilité avec laquelle le Saint-Siège accepta ou toléra l’esclavage des noirs et celle avec laquelle de nombreux hommes d’Église proposèrent également leur utilisation pour pallier la pénurie de main-d’œuvre ou soulager les Indiens, signifie-t-elle qu’il n’y eut aucune protestation parmi les penseurs espagnols, théologiens ou juristes ? "

La désapprobation de la traite négrière

Après avoir dénoncé l’attitude ambiguë et irresponsable de l’Église catholique, l’auteur entame une nouvelle tâche, celle d’indiquer la direction dans laquelle l’Église s’était engagée pour désapprouver et dénoncer la traite négrière.

Les pères en Orient comme en Occident, influencés par les philosophies de leur temps, s’inspiraient généralement du conservatisme libéral de saint Paul.

" En pratique, écrit Quenum, leur position reste assez proche de celle des stoïciens et elle pourrait se résumer comme suit : soumission des esclaves, bonté des maîtres, égalité de tous devant Dieu et fraternité en Jésus-Christ ", écrit-il.

Cette soumission exemplaire trouve une belle justification chez Saint Augustin, qui considère l’esclavage comme un mal provenant du péché.

Quant à la lutte contre ce fléau, il faut noter que de nombreuses pièces d’archives témoignent que durant toute la période de la traite, il y eut quand même des missionnaires qui désapprouvèrent la capture et la vente des Africains.

Mais comme c’est souvent le cas en pareilles circonstances, leur voix était étouffée par la pesanteur des intérêts économiques. Mais du côté catholique, le cardinal Lavigerie, archevêque d’Alger, et ses disciples, les pères blancs et les sœurs de Notre-Dame-d’Afrique, qui furent après les spiritains de François Liberman, les véritables précurseurs de l’évangélisation de l’Afrique noire.

" Alger, aimait à répéter Lavigerie, est une porte sur un continent de deux cents millions d’âmes et c’est au centre de ce continent qu’il faut apporter la lumière de l’Évangile ", souligne l’auteur.

En effet, la campagne antiesclavagiste du cardinal Lavigerie est une des plus belles pages d’une vie qui en compte beaucoup.

Ce fut avec une générosité sans limites que cet homme de soixante-quinze ans courut d’Europe pour éveiller les consciences au drame de la traite, bouleversant ses auditoires par l’évocation des faits précis, épouvantables, communiquant des rapports aux gouvernements, à la presse, etc.

Il faut aussi noter l’intervention de Jean-Paul II sur l’Église et les fautes du passé. Au cours d’une célébration eucharistique en la basilique Saint-Pierre de Rome, le dimanche 12 mars 2000, le successeur de Pierre avait solennellement invité l’ensemble des chrétiens à reconnaitre les fautes commises dans le passé lointain et proche. "

Cette démarche de repentance, qui avait constitué l’un des grands moments de l’année jubilaire, trouve un écho particulier dans le document Mémoire et réconciliation : l’Église et les fautes du passé, par lequel toute la communauté chrétienne a pu découvrir une sorte de dimension historique de la conscience", conclut l’auteur.

Jean-Marie Nkambua/L’ Avenir


(Milor/BT/PKF)