ruberwaLe président con­testé du Rassem­blement congolais pour la démocratie (Rcd), Azarias Ruberwa, a accordé mardi 24 novembre 2009, une interview a Christophe Boisbouvier de la radio française, RFI. Dans cette interview réalisée la date anniversaire de la prise de pouvoir de feu lieutenant général Joseph Désiré Mo­butu, le président du Rcd parle du retour des réfugiés hutu au Rwanda et celui des réfugiés congolais de souche rwandaise en Rdc. Il a mis l’accent sur son créneau habituel de la bonne gouvernance s’en prenant à la corruption qui a atteint une grande am­pleur en Rdc.

Si l’ancien vice-président de la République jouit comme d’habitude de sa li­berté pour défendre ses vues, ce qui est légitime en démocratie, mais très sou­vent, il se jette au feu sans bien-visualiser les contours de ses déclarations faus­sant la vérité là où elle de­vrait éclater au grand jour. C’est le cas de certaines contrevérités qu’il a décla­rées au cours de cette interview.

Pour lui, la défaite du candidat du Mlc au poste de gouverneur d’une pro­vince qui est naturellement acquise à ce parti, le dé­puté Jean Lucien Bussa, est le fruit de l’achat des cons­ciences et de la corruption. Cette dernière est telle­ment généralisée qu’il n’y a pas que les députés et les sénateurs de l’opposition qui sont corrompus; il y a aussi ceux de la majorité. Pour ce leader politique de l’une des ailes du Rcd, la corruption est devenue un véritable scandale au Congo.

Pourtant le Mlc connaît une crise de leadership

Si on peut lui concéder le fait que la corruption est un véritable scandale au pays, Ruberwa a oublié de dire que la défaite du can­didat Mlc est due d’abord au Mlc lui-même. Depuis l’arrestation du leader de ce parti à La Haye, ce parti connaît un véritable pro­blème de leadership. Le se­crétaire général du parti, François Muamba, est con­testé par une bonne frange des cadres de ce parti qui n’ont certainement pas ap­précié aussi le candidat Bussa qu’il s’est proposé au nom du parti. Le gouver­neur élu Baende est l’éma­nation de ce parti qui l’avait proposé sur le ticket José Makila comme vice-gou­verneur lors des élections de février 2007.

Et que dire du candidat Bolenge cadre du Mlc qui est à sa seconde aventure électorale contre son camp après avoir af­fronté en février 2007 le duo Makila-Baende ? Et même le sénateur Bongongo, ancien recteur d’université, est aussi issu de ce parti. La victoire de l’un ou l’autre ne peut, dans ce cas, nullement être considérée comme le fruit de la corruption, mais comme celui du désordre qui règne au sein du Mlc. Affirmer autre chose est soit la preuve de la cécité politique, ou de la récupé­ration politicienne.

Quant à l’analyse qu’il a faite de la classe politique congolaise qui est, selon lui, constituée de politiciens affairistes à qui il a conseillé d’abandonner la politique pour les affaires, Me Rubenwa feint d’oublier qu’il fait partie de cette classe politique. Et comme modèle, il n’en est pas un. La preuve, c’est que l’homme mange à deux râteliers de sorte que l’opi­nion n’a jamais réussi à le situer politiquement. Si dans les discours, comme c’est le cas actuellement, il présente l’image d’homme de l’opposition; dans les faits, il est indéfinissable. Car, il a placé les hommes de son parti, trois selon nos sources, au gouvernement, et bien d’autres dans les entreprises publiques et gouvernorats de provinces en coalition avec le pouvoir.

Elections ou négociations ?

Comme donneur de le­çons, Azarias Ruberwa a encore une fois raté sa ci­ble, en voulant faire usage d’un zèle inexplicable. Il est allé jusqu’à soutenir quoi­ qu’il soit candidat pour la présidentielle 2011, que ces élections n’auront pas lieu. Affirmation gratuite dès lors que le gouverne­ment qui a tout à gagner en organisant des élections en 2011, vient de prendre les dispositions préparatoi­res à ces élections à tra­vers le projet de budget 2010. Dans ce projet de budget tel qu’amélioré par la commission économico­financière de l’Assemblée nationale, il est créé un Fonds spécial Election 2011 dont un crédit de 24.662.660.366 Fc lui est alloué ; en plus d’un crédit de 43.282.968.942 Fc pré­vus pour le fonctionnement de la Commission électo­rale nationale indépen­dante en ressources pro­pres, et 117.601.642.440 Fc en ressources extérieu­res.

A l’image de la classe politique peureuse des élections, Me Ruberwa voudrait déjà s’inviter à la célèbre table des négocia­tions tant convoitée par des politiciens congolais pour le partage équitable et équilibré du pouvoir. Il voudrait prendre de l’avance sur les autres pour s’offrir de bons rôles.

Une seconde nature

A propos de la corrup­tion, Me Ruberwa ne peut affirmer que les territoires qu’il a eu en son temps, à diriger sous l’occupation nwandaise, n’étaient pas les modèles de bonne ges­tion. Le gouvernement central a trouvé beaucoup d’arriérés de paiement des fonctionnaires et autres personnels congolais et beaucoup de fonds de nos entreprises et services disparus.

Ce qui n’épargne nulle­ment le gouvernement dans son combat contre la corruption. La corruption est devenue une seconde nature pour les Congolais, et ce n’est par des slo­gans, des déclarations ta­pageuses et en un simple temps, qu’on arrivera à en endiguer. Il faut certes améliorer les conditions salariales, mais aussi contrôler le ni­veau de vie de chacun. Comment un fonctionnaire des impôts, des douanes, des affaires foncières, du budget ou des finances, pour ne citer que ceux-là, puisse avec un salaire lui reconnu de plus ou moins 100 dollars Us, se cons­truire des villas, s’acheter des gros cylindrées, des 4X4. Et que dire des do­cuments officiels vendus par des fonctionnaires à des prix deux ou trois fois supérieurs aux prix réels?

C’est cette culture vieille de plusieurs décen­nies qu’il faudra combat­tre. Et le président Ruberwa-peut être utile à la Nation en proposant de pistes de sortie à cette si­tuation. Au cas contraire, ces discours ne seront que des déclarations opportunistes visant à ne pas se faire oublier de l’opinion.

La République


(TN/Ern./GW/Yes)