Accueil fastueux et empreint de chaleur humaine a été celui réservé au président de la République Joseph Kabila Kabange mardi 24 novembre dernier par la population de Mbuji-Mayi à son arrivée dans la capitale diamantifère. Décryptage du sens de cette visite, et interprétation du filigrane de la signification de cette effusion sentimentale jusqu’alors inattendue.
Plusieurs fois annoncée et autant de fois reportée, la visite du chef de l’Etat à Mbuji-Mayi, capitale du diamant et de ses environs a enfin pris corps mardi 24 novembre 2009.
Alors que rien ne laissait soupçonner l’imminence de cet événement quelques jours auparavant, exceptés sans doute ceux qui, bien que ne faisant pas partie des milieux dits « généralement bien informés », ont du flair et savent lire les signes de cette imminence à travers certains faits qui n’ont pas trompé leur sagacité.
Les dégâts causés par les pluies diluviennes qui se sont abattues sur la province du Kasaï Oriental en général et sur son chef-lieu il y a deux semaines ont terriblement sinistré Mbuji-Mayi à tel point que le gouverneur Ngoie Kasandji a été désemparé par l’ampleur du sinistre et a lancé un cri d’alarme pathétique à l’adresse du pouvoir central pour des secours humanitaires urgents.
Sur ces entrefaites, les élus nationaux du Kasaï Oriental ont relayé l’appel de détresse de leur gouverneur en toquant à la porte d’Evariste Boshab, l’un des leurs, qui préside aux destinées de la Chambre basse du Parlement.
Sans se faire prier, celui-ci a immédiatement rappliqué sur les lieux et constaté de visu l’étendue du désastre humanitaire survenu dans cette ville hier encore pétillante de santé sur le plan des affaires, mais aujourd’hui brutalement frappée d’apoplexie par cette calamité venue du ciel qui en rajoute à la misère sociale qui paralyse Mbuji-Mayi depuis la cessation des activités à la Minière de Bakwanga (Miba).
Evariste Boshab a reçu un accueil à la mesure du désespoir exprimé par les milliers de ses compatriotes. Et les analystes des conjonctures politiques nationales, qui connaissent la solidité de l’attache politique qui l’arrime au président de la République ont tout de suite pronostiqué que ce déplacement du n° Un de l’Assemblée nationale préparait en fait l’événement tant de fois annoncé et autant de fois renvoyé aux calendes grecques qu’est la visite du chef de l’Etat dans la capitale du diamant, et que son imminence n’était plus qu’une question de jours.
Fils du terroir qui a certainement su fidèlement rapporter au Raïs les attentes de ses congénères sinistrés autant que l’est devenue la ville de Mbuji-Mayi à la suite des dégâts causés par les intempéries venues du ciel, Evariste Boshab a donc réussi le pari de transformer pour quelques jours cette place forte du diamant en capitale de la Rd Congo et pour cause.
En effet, Joseph Kabila qui a reçu un accueil royal dans la capitale du diamant de la part d’une population livrée à sa liesse a emmené à sa suite tout le landernau politique national. La composition de la délégation officielle qui a accompagné le président de la République à Mbuji-Mayi est on ne peut plus significative de l’importance des décisions qui vont naître de la série de réunions qui vont se tenir dans les heures qui viennent, aussi bien sur le plan national que sur le plan local.
Car ce n’est pas à chacun de ses déplacements à l’intérieur du pays que le chef de l’Etat se fait accompagner des chefs des corps constitués de la République.
Ainsi, on a vu débarquer à l’aéroport de Bipemba, menacé par des têtes d’érosion Léon Kengo wa Dongo et Evariste Boshab, respectivement présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, Adolphe Muzito, le Premier ministre, le procureur général de la République, le Premier président de la Cour suprême de justice, le Premier président de la Haute cour militaire, l’Auditeur de Haute cour militaire et le président de la Commission électorale indépendante (CENI), l’abbé Malu-Malu Apollinaire.
Qu’est-ce qui a ainsi pu décider le chef de l’Etat à réunir à Mbuji-Mayi ces grandes têtes couronnées du pays ? Les dégâts causés par les intempéries ne suffisent pas expliquer cette veillée d’armes nationale, parce qu’à la rigueur, une délégation ministérielle nantie des moyens humanitaires conséquents aurait pu résoudre les attentes de cette population sinistrée. Il faut donc chercher ailleurs les raisons de ce déplacement à Mbuji-Mayi du respectable et imposant aréopage qui accompagne le Raïs dans sa visite au chef-lieu de la province du Kasaï Oriental.
Certains analystes se laissent aller à penser que les problèmes nationaux de brûlante actualité tout comme ceux qui se profilent à l’horizon d’ici 2010 vont sûrement constituer la toile de fond des débats qui vont se dérouler entre le président de la République et ses interlocuteurs.
Les conséquences résultant de la colère du ciel sur cette ville sinistrée feront certes l’objet des cogitations qui se tiennent en ce moment dans la capitale du diamant, mais ceci se fera à un niveau qui ne requiert qu’une concertation au niveau gouvernemental. François Nzanga Mobutu, le vice-Premier ministre chargé des besoins sociaux sera tout indiqué pour piloter les débats et orienter les aides nécessaires vers leurs destinataires, autant que l’autre vice-Premier ministre, Emile Bongeli, qui veille sur le secteur de la reconstruction se penchera sur le problème des érosions avec le ministre des TPI.
De la sorte, les décisions qui découleront des concertations attendues au niveau de ces deux commissions interministérielles apporteront à la population de Mbuji-Mayi, autant que faire se peut tout le réconfort moral complémentaire et indispensable pour soutenir l’aide humanitaire que le gouvernement lui a apportée à l’occasion de sa visite.
La situation interne à la province du Kasaï Oriental ne sera donc pas au menu de la réunion interinstitutionnelle de Mbuji-Mayi entre le chef de l’Etat les différents chefs des corps constitués de la République.
On croit savoir à cet effet que la situation sécuritaire à l’Est du pays et à l’Equateur, les dispositions élémentaires à prendre pour assurer la réussite, l’an prochain, de l’organisation des élections locales et générales avec l’éventualité de la reprise de la révision du fichier électoral suspendue provisoirement, la fin programmée du mandat de la Mission des Nations Unie en République démocratique du Congo (Monuc) à l’échéance du 30 juin 2010, et enfin, sa communication sur l’aboutissement, imminent et heureux des négociations entamées avec les institutions de Bretton Woods constitueront le plat de consistance de la réunion qui se tiendra à Mbuji-Mayi.
Des sources bien introduites pensent que cette communication pourrait déboucher, dès le retour du Raïs à Kinshasa, au fameux remaniement de l’équipe gouvernementale pour la rendre plus apte à exécuter le nouveau programme économique gouvernemental qui est en passe d’être conclu avec le FMI.
Présence des hauts magistrats dans la délégation
La présence des hauts magistrats civils et militaires dans la délégation du chef de l’Etat à Mbuji-Mayi fait dire à certains analystes que la moralisation de la gestion de la chose publique au regard de ce nouveau programme duquel dépend le devenir de la République au cours des cinq prochaines années sera bien à l’ordre du jour dans la réunion qui se tiendra dans la capitale diamantifère aujourd’hui. Il pourrait y être question, entre autres, de prendre un certain nombre de dispositions en vue d’assurer un meilleur encadrement des mesures d’exécution de ce PEG.
A tout considérer, en extrapolant l’événement que constitue le déplacement à Mbuji-Mayi de Joseph Kabila, d’aucuns y voient un nouveau succès politique personnel qui va dans le sens de la conquête d’un nouveau bastion politique ayant appartenu hier à l’Opposition.
Il n’est un secret pour personne que le candidat Joseph Kabila a été mal élu dans le Kasaï Oriental tout aussi bien que dans l’autre Kasaï, tous deux considérés comme les fiefs naturels et ethno-sentimentaux d’Etienne Tshisekedi.
Porté malgré tout à la magistrature suprême grâce aux suffrages massifs des autres coins de la République, Joseph Kabila a fait contre mauvaise fortune bon cœur du peu de chaleur que lui ont témoigné ses compatriotes du Kasaï Oriental. La visite qu’il leur rend aujourd’hui, l’importance des concertations et des décisions qui y seront prises scelleront pour longtemps un mariage politique de raison autant que d’amour extirpé de toute connotations de rancoeurs qu’il a noué avec les Kasaïens au cours de son séjour mbuji-mayien.
Surtout que, et ceci vaut la peine d’être relevé, le chef de l’Etat apporte dans sa suite la solution miracle au redémarrage des activités de la MIBA, c’est-à-dire les 30 millions de dollars promis par le gouvernement. Or qui dit relancer la MIBA, c’est redonner vie et espoir à la ville de Mbuji-Mayi, On comprend dès lors toute la dimension de l’accueil, délirant réservé au chef de l’Etat dans cette ville qui va se remettre bientôt à vivre après de longs mois de léthargie et de marasme socio- économique. C’est de bon augure.
Clément Vidibio/MMC
(CV/DN/Yes)