« Les Congolais ne lisent pas », telle est la phrase sentencieuse qu’on entend et qu’on lit jusque sur Internet à propos des Congolais.

Si la pratique de la lecture n’est pas une tradition pour tous, lorsqu’on se rend dans les quelques bibliothèques encore en activités, on rencontre des Congolais qui lisent, du plus petit au plus grand.

Ils ne sont peut-être pas légion, mais ils existent encore et méritent d’être encouragés. Il ne suffit pas plus de stigmatiser simplement l’absence d’une pratique de lecture chez les Congolais, encore faut-il envisager des solutions au problème qui se pose et qui est récurrent.


De par le passé, les Congolais fréquentaient beaucoup plus les bibliothèques, achetaient des livres qu’aujourd’hui. Les librairies étaient achalandées. Et les écrivains comme Zamenga pouvaient voir de dizaine de milliers d’exemplaires de leurs livres être écoulés. Mais depuis lors, l’habitude s’est étiolée.

Même les étudiants censés lire pour leurs mémoires et travaux de fin de cycle, préfèrent copier, plagier des travaux antérieurs, pour ne pas avoir à fournir une petite recherche, effectuer un moindre effort intellectuel.

Alors que nous sommes plus nombreux à être alphabétisés, le nombre de lecteurs a sensiblement baissé. Même les journalistes ne lisent plus, et les politiciens, n’en parlons même pas.

Les causes


Les causes sont nombreuses. Elles sont socioculturelles, économiques et politiques. Par rapport aux pays de colonisation française, au Congo-Kinshasa, le livre ne fait pas partie de nos mœurs ; il n’est pas enraciné dans notre quotidien. Il n’est pas célébré à sa juste valeur.

Les enfants ne sont pas mis en contact avec le livre dès le bas âge, la lecture n’est pas totalement encouragée dès la maternelle, l’école primaire. Même les enseignants ne pratiquent pas la lecture habituellement. Les écoles peuvent manquer des manuels et des bibliothèques, cela n’inquiétera personne outre mesure.

En tout cas, cinquante ans après notre indépendance, la faute n’incombe plus au colonisateur belge, même si par rapport au français sa culture n’est pas portée excellemment sur la littérature.

La littérature belge n’a pas le rayonnement de celle de la France ou de l’Angleterre, ou encore la littérature portugaise, espagnole, mais soit. Cinquante ans après, qu’avons-nous fait de ce que nous avons reçu ? Fut-il insignifiant ! Ce n’est pas ce que tu reçois qui est important, mais ce que tu fais de ce que tu as reçu qui est décisif, et projette dans l’avenir.

Et de ce que nous avons reçu, nous avons conduit à ne pas être apprécié en fonction de sa connaissance, c’est-à-dire de son savoir, mais en fonction de son avoir ou de son pouvoir, même si leur tête recèle rien qui puisse élever la société.

Nous ne sommes pas une société qui honore l’intelligence à sa juste valeur, sinon nombre de nos dirigeants, de nos élus ne seront pas là où ils sont.

Les modèles de la société ne sont en tout cas pas les professeurs, les chercheurs, bref les hommes du savoir, mais ceux qui brassent de l’argent, peu importe leur source de provenance et le moyen d’acquisition.

On béera d’admiration pour ceux qui ont de l’avoir et qui détiennent le pouvoir. Les enfants ne trouvent plus dans leurs parents des exemples à imiter pour la pratique de la lecture. Nos politiciens, lisent-ils ? Cette question mérite une enquête. On peut affirmer pour ce qui concerne les musiciens que la majorité ne lit pas. Eux qui influencent la société.

Les causes économiques

Le coût du livre neuf est assez élevé pour les Congolais qui se passionnent pour la lecture, si bien qu’ils ne sont pas en mesure de se procurer des livres qui leur plaisent.

Le coût de production du livre est si élevé, le circuit de distribution et de consommation si désorganisé, quasi inexistant pour l’arrière-pays que les gens éprouvent des difficultés à accéder aux livres quand bien même ils auraient voulu lire.

On ne peut pas affirmer qu’il y ait une industrie du livre digne de ce nom dans ce pays, bien organisé, à l’écoute des populations, voulant répondre à leurs besoins.

Et le livre n’est pas encore un produit de consommation courante, de masse, un produit commercial digne d’intérêt, il n’a pas encore atteint le rang d’autres produits aussi importants que les vêtements, la chaussure, la nourriture, le livre étant une nourriture intellectuelle aussi importante que la chikwangue, le riz.
 
Les investisseurs rechignent le secteur de l’édition, ce qui nous éloigne de l’économie d’échelle, et donc d’une baisse éventuelle de prix profitable aux lecteurs et à la culture congolaise. Le fait d’être une culture de bruit, pour utiliser les mots de l’écrivain Henri Fwala, nous empêche d’élever le livre sur le piédestal.

Les causes politiques

Il y a un déficit manifeste de la politique culturelle en général, et du livre en particulier en RDC. L’on ne peut pas dire que l’Etat congolais encourage la lecture ou le secteur du livre. Il suffit de visiter la bibliothèque nationale, s’assurer du menu fretin lui octroyé pour son fonctionnement pour s’en convaincre. L’Etat ne crée point des bibliothèques, pire il assassine même les bonnes initiatives visant à produire le livre.

On ne peut pas comprendre que la bibliothèque nationale, pour vivre, soit obligée à saigner des écrivains qui se battent pour publier avec des moyens de bord, à payer 100 dollars américains pour obtenir le numéro de dépôt légal, même pour une plaquette de poésie d’une vingtaine de pages, dont la production artisanale ne dépassera pas 100 exemplaires et dont le coût de production ne sera peut-être pas amorti.

L’Etat est devenu l’ennemi du livre en République démocratique du Congo, et donc le fossoyeur de la pratique de la lecture. Seuls les musiciens entrent dans les bonnes grâces de politiciens, car ils peuvent dédicacer leurs noms dans les chansons, lors des concerts, et de ce fait leur ego sera remonté, la stratégie du renard musicien battant son plein face au corbeau politicien.

Ou encore, le fait qu’avec les musiciens, les politiciens peuvent exhiber leur danse du ventre, ce qu’ils ne peuvent faire avec le livre. Dommage !

Il convient de dire que nos gouvernants, pour la plupart, ne sont pas de férus du livre, des rats de bibliothèques, des actualiseurs de leur propre connaissance. Le livre s’il n’est pas un produit de luxe, il n’est qu’un accessoire.

Il ne leur semble pas jouer un rôle important dans la gestion de la chose publique, comme partout ailleurs. Si les gouvernants aimaient les livres et pratiquaient la lecture, notre politique culturelle s’en ressentirait. Le bénéfice de cette pratique à leur niveau toucherait leur manière de gérer la respublica et les populations en bénéficieraient.

Donner le goût de lecture

Il n’est jamais tard pour mieux faire. Il est possible aujourd’hui d’attirer le Congolais vers le livre, d’encourager la pratique de la lecture par toutes sortes d’initiatives afin que le livre cesse d’être un objet étrange, et la lecture un exercice fastidieux , harassant, mais un outil indispensable et incontournable pour le développement de tous et de chacun, si l’on apprend dès le bas âge au Congolais d’aimer le livre, si le livre entre dans nos foyers, dans nos têtes, nos habitudes, dès le bas âge et un outil d’enrichissement de l’être congolais, le rapport du Congolais avec le livre changera.

Il faut attirer les Congolais vers le livre. Et plus particulièrement les jeunes, car eux peuvent bénéficier des avantages qu’offre la lecture pour préparer leur avenir et changer les mentalités dans leur entourage. Raison pour laquelle il convient d’encourager toute initiative susceptible de pousser le Congolais à lire.

Comme le concours qu’organise le Magazine « Pensée congolaise » sur Télé 7, ouvert aux écoles. Même avec les moyens du bord, il faut commencer quelque part. Puisse cette initiative devenir une véritable institution et perdurer dans le temps.

PY-Nene Mayuma/Le Potentiel


(TH/BT/PKF)