L’exploitation qui tarde côté RDC du gaz méthane du Lac Kivu ne comporte plus seulement un avantage économique pour les recettes financières qu’elle générerait et dont le pays a grandement besoin, mais aussi et surtout un aspect de prévention sanitaire avec le grand risque des effets asphyxiant de ce gaz à éviter à la longue pour les populations congolaises locales
Le CO2, base importante pour l’alimentation et la croissance des plantes, est utilisé en présence de l’eau et de la lumière pour générer le sucre, principale source d’énergie, tout en rejetant de l’oxygène dont tous les êtres ont besoin. La forte teneur en CO2 du Lac Kivu constitue un danger latent pour les populations riveraines. En effet, en cas d’explosion, un nuage de gaz carbonique se propagerait à la surface du golfe, et étant plus lourd que l’air, cette nappe mettra un temps plus ou moins long à se dissiper sous l’effet des vents.
De plus, le Lac étant situé dans une cuvette, l’effet d’enclavement accentue la rétention du gaz, connu pour son effet asphyxiant. Le Lac Kivu, dont le volume total des eaux est de 569 Km3, est situé dans une zone volcanique active. Il couvre une surface d’environ 2700 Km2 avec une profondeur moyenne de 240 m et une profondeur maximal de 489 m. Formé par une éruption volcanique relativement récente, il possède une faune ichtyologique pauvre. Ce lac est stratifié, avec une zone profonde anoxique saturée en gaz méthane CH4, empêchant toute vie de poissons et réduisant le potentiel halieutique.
Les études réalisées par l’Institut fédéral suisse des sciences et de la technologie aquatique ont conclu que l’introduction du imnothrissa miodon en 1958, premier Poisson pélagique et planctophage du Lac Kivu, pourrait être responsable de changements significatifs des flux de nutriments, Des études réalisées par le professeur, Boniface Kaningini, directeur général de l’Institut supérieur pédagogique de Bukavu, ont montré que la quantité de CH4 et CO2 présents au fond du Lac Kivu a augmenté de 30% au cours des 30 dernières années.
L’équipe du professeur Michel Halbwachs a réalisé une étude technique et financière détaillée pour la conception d’un dispositif permettant le dégazage progressif et inoffensif des eaux du golfe de Kabuno. Le coût nécessaire à la mise en place d’un tel dispositif est évalué à environ trois millions d’euros. Les gaz présents dans les profondeurs du Lac Kivu sont constitués pour 4/5 de dioxyde de carbone (CO2) et 1/5 de méthane (CH4). Ils contiennent aussi de l’azote (N2) et des traces d’hydrogène sulfuré (HS) et des hydrocarbures supérieurs (éthane: C2H6 ; propane : C3H5 ; butane : C4H10). La présence de tous ces gaz exige une exploitation sécurisée afin de réduire tout risque d’explosion.
L’extraction du gaz méthane à partir de stations de pompage offshore permettra d’alimenter des mini-centrales électriques et des centrales industrielles pour la fourniture d’énergie dans toute la région, notamment pour les gros consommateurs telles que les cimenteries et brasseries pour les consommateurs modestes tels que les ménages, hôpitaux, briqueteries et pour les options de productions supérieures tels que le raccordement au réseau national, l’électrification des villes et villages.
Les études entreprises estiment la production globale d’énergie électrique avoisinant 200 MW et les besoins de la région sont estimés à 50 MW. Le surplus peut-être exporté Une telle production permet d’envisager des opportunités considérables en termes de revenus, d’industrialisation de la région, de développement économique et social, d’indépendance énergétique et de lutte contre la pauvreté dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement.
Au moment où les relations entre la RDC et le Rwanda se normalisent pour l’exploitation conjointe du gaz méthane extrait des eaux du Lac Kivu, le gouvernement de la RDC est appelé à se mobiliser par rapport à cette situation à la fois écologique, économique et humanitaire.
Simard Simon Tsoumbou/Forum des As
(DN/Ern./GW/Yes)