Dans moins d’un mois, les mandataires du peuple à la représentation nationale vont repartir en vacances parlementaires sans que soit jeté de regard sur les rapports attendus d’eux de leurs contacts et actions auprès de leurs respectives bases électorales !
Au Palais du peuple, personne n’a plus tellement le cœur à l’ouvrage. Sauf lors des débats d’un certain enjeu - telle une question orale d’importance ou le débat portant sur une motion de défiance - les bancs du principal hémicycle sont cruellement vides.
Ce n’est pas seulement parce que la Rtnc – la chaîne publique satellisée suivie jusque dans nos fins fonds - a retiré la retransmission en direct qui permettait, lors des années Kamerhe, à certains de s’égosiller en tentant, faute de mieux, de jouer les trouble-fête, un jeu que le petit peuple de Rdc jusque dans les huttes de nos villages – faute de repères et de valeurs – affectionne particulièrement.
Mêmes situations tragiques partout dans le pays
D’autres députés hier en pointe ont préféré rentrer dans leurs coquilles. La raison de cet absentéisme ou cette absence d’enthousiasme est consécutive au fait que les débats apparaissent soudain creux. La question la plus entendue parmi les Députés: « A quoi bon venir, à quoi bon s’époumoner, si on n’est écouté par personne? »
Si les présences à l’hémicycle ne pouvaient pas servir d’indice de notation sinon d’ « assiduité » à l’administration, les bancs recouverts de tissu vert jamais renouvelé depuis les années Mobutu, seraient certainement encore plus déserts. Le gros format du Palais du peuple n’a-t-il pas, depuis belle lurette, pris la clé des champs pour aller humer l’air frais ailleurs, laissant aux seconds couteaux des groupes parlementaires le soin de « gérer » la salle?
Alors que dans moins d’un mois - le 15 décembre -, ils repartent sur les routes des vacances parlementaires, les Députés en sont à se demander ce à quoi ils auront été vraiment utiles. En clair, à quoi auront servi leurs rapports qu’ils ont l’obligation, au terme de l’art. 113 de leur règlement intérieur, de rédiger à chaque vacance parlementaire? Il n’y a vraiment eu, à ce jour, ni débat, ni prise en compte par aucun ministre de ces volumineux memoranda que certains s’appliquent à rédiger pieusement. Alors, faut-il en rédiger d’autres, qui reprennent les mêmes refrains - et toujours - sans qu’on en débatte et sans qu’un ministre ne les regarde?
Partout, mêmes situations tragiques : arriérés des salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat ou de paiement des fonds de retraite totalisant jusqu’à plus de 100 mois ; infrastructures publiques fortement dégradées, services de santé, établissements scolaires et universitaires inexistants sans compter les problèmes récurrents de mobilité, d’érosion des terrains à la suite des pluies, de dégradation du milieu de vie, de spoliation des terrains, du patrimoine public et privé de l’Etat, une administration de la justice impossible, des tracasseries administratives, policières et des services spéciaux massives avec des descentes punitives ; une production agricole abondante impossible à évacuer vers des lieux de consommation faute de réhabilitation des voies de desserte ; absence de ponts sur telles rivières qui enclavent des vastes territoires et privent les échanges commerciaux ; absence de lieu de détention, ce qui conduit les services pénitentiaires à enfermer femmes et hommes dans des locaux exigus ; émigrations massives vers la Capitale suite à l’absence de travail dans les milieux ruraux.
Plus grave sans doute parce qu’il y va de la défense du modèle, de la survivance des poches de résistance à l’autorité de l’Etat, comportement guère susceptible de servir d’exemple des représentants de l’Etat, refus d’obéissance à l’autorité civile de nombre d’éléments de la police, de l’armée et des services spéciaux, propension des autorités administratives à l’exercice des activités commerciales, abus des biens sociaux, conflits de pouvoir coutumier qui vont jusqu’à des règlements par voies de fait ou des assassinats pour cause de sorcellerie ou d’autres.
Bref, c’est un pays fortement délabré, du point de vue des infrastructures, et déprimé que les parlementaires vont encore devoir retrouver dès le 16 décembre.
Ni FPI, ni moindre petite banque dans le Kwilu
Dans leurs rapports, les parlementaires n’en finissent pas d’égrener des pistes de solution : ouvrir une enquête et rétablir les victimes dans leurs droits si les faits sont confirmés, inviter les différents responsables au respect de leurs attributions respectives, inviter le procureur à regagner le siège du parquet qu’il aurait désaffecté, encourager l’arrivée d’établissements bancaires privés ou des caisses d’épargne (il est incroyable que ni cette banque de développement FPI, ni une moindre petite banque n’ait ouvert dans le Kwilu), mener des campagnes de sensibilisation et d’éducation contre la toxicomanie, ouvrir des enquêtes et poursuivre et punir les coupables.
A la suite de la non libération des crédits, peu de Députés ont fait le déplacement de leurs fiefs électoraux. Résultat des courses : le bureau de la Chambre basse n’a réceptionné qu’une centaine de rapports des vacances parlementaires (la Chambre compte 500 Députés). A en croire les couloirs désaffectés de la Chambre basse, les Députés insisteront que les problèmes qui sont soulevés dans leurs rapports soient communiqués aux autorités compétentes et que des mesures concrètes soient prises en termes de solution. Pour sûr, il faut toucher du bois.
Alunga Mbuwa/Le Soft
(DN/Tkm/Yes)