La récente arrestation en Allemagne de deux grands ténors de la direction du Front de libération du Rwanda (FDLR) a jeté l’émoi dans les rangs de ce regroupement des rebelles rwandais poursuivis pour le génocide de 1994 mais qui crient à l’injustice dans leur agitation
Les réactions sont nombreuses et favorables sur l’arrestation des dirigeants des Fdlr en Allemagne. Parmi ces réactions, on peut noter celle du gouvernement congolais, du gouvernement rwandais, et de Jason Stearnes.
Comme on devrait s’y attendre, il n’y a que les Fdlr elles-mêmes pour crier à l’injustice. C’est une preuve de plus que les Fdlr ont fait de la violence une seconde nature au point de ne pas comprendre la réaction du monde. Les Fdlr ne reconnaissent ni les crimes commis au Rwanda ni ceux qui sont commis actuellement à l’Est de la Rdc.
C’est ainsi que, à la suite de cette arrestation, « les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (Fdlr) portent à la connaissance des médias et du public que leur Président le Dr. Ignace MURWANASHYAKA et le Vice-Président Straton MUSONI ont été arrêtés par les autorités judicaires allemandes le mardi 17 Novembre 2009 qui les accusent d’être à la tête d’une organisation que Kigali soupçonne de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre en RDC ».
Ces termes contenus dans le communiqué des Fdlr ne sont pas corrects. Ce n’est pas seulement Kigali qui accuse les Fdlr des crimes de guerre à l’Est de la Rdc, mais tout le monde. Car, le monde entier suit au quotidien les exploits criminels de ces rebelles hutu rwandais dont les attaques contre les civils congolais ne sont plus un secret pour personne.
Ils se disent innocents
« Les FDLR déclarent que MM Murwanashyaka et Musoni sont innocents des charges portées contre eux parce que les FDLR ne sont en rien impliquées dans les exactions commises contre les populations civiles à l’Est de la RDC ». Qui peut croire à ces aveux d’innocence alors qu’il ne s’agit pas des faits historiques qui pourraient échapper à la mémoire collective, mais de l’actualité quotidienne.
« Les FDLR ont toujours condamné et condamnent sans ambages toutes les exactions commises contre les populations civiles dans la Région des Grands Lacs Africains et réitèrent leur demande d’une mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante pour faire la lumière sur toutes ces exactions, en déterminer les véritables commanditaires et auteurs et les traduire en justice », peut-on lire dans le communiqué. Qui peut y croire ? Il ne manquait plus que cela, alors que les Fdlr n’hésitent pas à signer leurs crimes. Dernièrement, dans un communiqué officiel de leurs instances, elles promettaient la défaite aux Fardc qu’elles disaient divisées. Une enquête internationale ne serait qu’une digression, une perte de temps.
Ils se disent martyres
« Les FDLR expriment leur ferme et énergique réprobation de l’inique et triste volonté de neutralisation de son leadership préconisée par des groupes de pression et lobbies de Kigali et exécutée par les autorités allemandes sur demande du régime fasciste et dictatorial du FPR-Inkotanyi en place à Kigali », ecrit-on dans le communiqué. Les Fdlr ramènent tout à Kigali même pour des crimes qu’elles commettent à ciel ouvert. Ce n’est pas Kigali qui demande aux Fdlr de rester sur le territoire congolais contre la volonté du gouvernement souverain de ce pays.
Les Fdlr se définissent elles-mêmes en prétendant définir le régime de Kigali : « Les FDLR relèvent avec étonnement que de toutes les annales de l’histoire, c’est la première fois qu’un pays démocratique met à exécution les souhaits d’un régime fasciste et dictatorial dont les leaders sont réclamés par la justice internationale pour crimes de terrorisme, crimes contre la paix, crimes contre l’humanité, crimes de guerre, crime de génocide, pillages et viols au Rwanda et en République Démocratique du Congo. Ce sont plutôt les terroristes Kagame et ses lieutenants inculpés par le juge anti-terroriste Jean-Louis BRUGUIERE et le juge MERELLES qui devraient être arrêtés et traduits en justice », poursuit le communiqué. C’est vraiment la preuve qu’on ne doit plus rien attendre des dirigeants des Fdlr contre lesquels le monde entier doit se mobiliser. Il n’y a pas d’autres voies pour ramener les Fdlr à la raison que leur faire la guerre notamment en suivant l’exemple allemand.
Les Fdlr disent agir au nom de la volonté populaire
Les dirigeants de ces mouvements sont des mégalomanes qui reconnaissent le tort qu’ils commettent à l’humanité, mais n’osent s’amender. Ils se réclament de la volonté populaire. Quel peuple ? Cette volonté a été exprimée à quelle occasion ? C’est un grossier mensonge que de les entendre dire que « Les FDLR qui émanent de la volonté populaire d’autonomie et d’arrêt définitif de l’aventure de « démocratie de cimetière » proposée par le FPR-Inkotanyi de Kagame et ses sponsors, réaffirment, tout en condamnant l’arrestation et l’emprisonnement de leurs représentants, leur détermination à aller jusqu’au bout de leur objectif qui est et reste la libération totale du peuple rwandais du joug du régime fasciste du FPR-Inkotanyi », dit le communiqué.
A cette déclaration, les Congolais sont formels, le territoire congolais ne servira pas de tremplin à ce rêve somnambulique. Car, bientôt les Fdlr seront réduites à leur portion congrue. Personne n’écoutera les jérémiades des dirigeants de ce mouvement terroriste. En effet, « les FDLR exigent la relaxe immédiate de son leadership et fustigent le comportement cynique et aberrant d’une communauté internationale qui est prête à sacrifier les valeurs dont elle se targue d’être le fer de lance tout en étant esclave de l’esprit du lucre qui entretint l’opprobre en Europe dans un passé non lointain », poursuit le communiqué. Les Fdlr ne représentent aucune valeur et n’ont des leçons à donner à personne.
Plus de dialogue avec des terroristes
Enfin, les FDLR s’estiment « convaincues que seule la voie pacifique du dialogue direct et franc entre le régime fasciste du FPR-Inkotanyi en place à Kigali et les FDLR pourra résoudre le problème politique rwandais et non la menace permanente de la guerre inutile et sans issue, de sanctions injustes ou de toute autre action terroriste ou judiciaire contre leur leadership et leurs membres » conclut le communiqué.
Dans tout ce communiqué, les Fdlr ne disent pas pour quelle raison elles sèment la mort à l’Est de la Rdc. Le communiqué dont il est question a été écrit de Paris. Il est signé par Callixte Mbarushimana. On pense que les dirigeants français emboîteront le pas à leurs homologues allemands pour taire cet homme et éradiquer ce fléau du 21ème siècle commençant que sont les Fdlr.
« L’arrestation de Murwanashyaka aura un impact sur les FDLR, mais... »
Cette déclaration est de Jason Stearns. Pour lui, cette arrestation aura un impact sur ces rebelles et doit servir de leçon aux autres pays qui hébergent les FDLR, a réagi cet analyste des questions sécuritaires dans la région des Grands Lacs.
Il établit la responsabilité de Ignace Murwanashyaka sur les crimes des Fdlr. Car, estime-t-il : « Il y avait beaucoup de preuves qu’il était en communication, presque chaque jour, par téléphone, avec le commandant suprême des FDLR sur le terrain. Il avait aussi de l’influence sur les militaires qui menaient des opérations sur le terrain », a précisé Jason Stearns.
Cependant il faudra tenir compte du fait que les Fdlr ont des soutiens financiers et militaires sur place. Il faut s’attaquer à tous ces soutiens dès le moment où on a reconnu les Fdlr comme un groupe terroriste dont les crimes passés et actuels sont connus de tous. C’est une interpellation pour les pays, dont la France qui accueillent les ramifications de ce mouvement. Les soutiens des Fdlr en Rdc et dans les pays voisins doivent également être inquiétés. Rappelons que Murwanashyaka a été inscrit sur une « liste noire ». Ses avoirs à l’étranger étaient gelés et il lui était interdit de voyager.
L’ambassadeur du Rwanda en Allemagne appelle l’Europe à suivre l’exemple de Berlin
L’ambassadeur du Rwanda à Berlin, Christine Nkurinyana a salué l’arrestation de Ignace Murwanashyaka et de Straton Musoni. Elle a demandé à d’autres pays européens comme la France qui abritent des cadres des FDLR à faire comme l’Allemagne. Pour elle, il en va de l’intérêt du gouvernement rwandais que ces criminels soient arrêtés à cause des actes de barbarie qu’ils commettent au quotidien à l’Est de la Rdc. Il était normal que ces personnes qui dirigent le mouvement depuis l’Allemagne soient mises hors d’état de nuire.
« Il est aussi de l’intérêt du gouvernement allemand de punir des gens qui coordonnent de telles activités à partir de l’Allemagne. Les autres grands acteurs ne sont pas en Allemagne, mais dans d’autres pays européens. Nous espérons que ça va se répandre et les autres pays européens pourront agir de la même façon », a déclaré Christine Nkurinyana. Quant au procureur général du Rwanda, Martin Ngoga, il a indiqué, depuis Kigali, qu’il espérait une collaboration dans ce dossier avec Berlin.
Le gouvernement congolais satisfait
Le gouvernement congolais, par le biais de son ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement, s’est dit satisfait de l’arrestation du leader des Fdlr.
Pour lui, « cette arrestation est une réponse réservée à une requête que le gouvernement congolais a adressée aux différents Etats représentés dans les forces de la Monuc et qui participent aux efforts de pacification à l’Est de la RDC, mais dont les territoires ont paradoxalement servi de lieu de coordination des actes de ce groupe terroriste qui met en danger tout le processus de paix dans le pays. Le gouvernement espère que ce n’est qu’un début, a souhaité le porte-parole du gouvernement congolais. Car, Murwanashyaka n’est pas le seul responsable des FDLR qui, à partir de l’Europe, coordonne la déstabilisation de la RDC.
JDG/L’Avenir
(DN/Milor/GW/Yes)