Douze mois après son entrée en fonction, la nouvelle administration américaine sous la houlette du président Barack Obama fait feu de tout bois et a pris en main tous les dossiers chauds de la planète.
Celui de la RDC n’échappe pas à la règle mais l’insistance avec laquelle elle presse Kinshasa à déférer Bosco Ntanganda devant la Cpi a un aspect de désinvolture incompréhensible qui offusque la souveraineté nationale d’un peuple congolais qui se soucie aujourd’hui de la question de la paix à l’intérieur de ses frontières comme un enfant de la prunelle de ses yeux.
Bosco Ntanganda, ex-lieutenant du général rebelle tutshi congolais Laurent Nkundabatware, est aujourd’hui dans le collimateur de la justice internationale pour sa participation aux crimes odieux perpétrés par le Cndp à l’Est de la Rdc à l’époque où il était bras droit d’un certain seigneur de guerre nommé Thomas Lubanga, aujourd’hui enfermé depuis plus d’un an et demi dans les geôles de la Cour pénale internationale en attendant de répondre de ses crimes devant ses juges.
Serait ce parce que son dossier est plus lié à celui de Thomas Lubanga qu’à celui de Laurent Nkunda que l’administration américaine demande avec insistance à Kinshasa de livrer Ntanganda à La Haye toutes affaires cessantes ? Aucun des trois émissaires dépêchés à Kinshasa par le gouvernement américain à la suite de Hillary Clinton n’a été disert à ce sujet, se satisfaisant des formules diplomatiques usuelles pour expliquer la pertinence de leurs démarches.
Admettons que cela soit le cas, il y a tout de même un certain nombre d’incongruités qui ne convainquent pas l’opinion sur l’empressement de la nouvelle administration américaine à jouer les procureurs de la CPI, alors que Washington traîne le pas pour ratifier la Convention de Rome instituant la Cour pénale internationale. L’approche dichotomique qui se dégage de l’analyse de cette situation a quelque chose de malsain dans cet empressement suspect qui veut que Ntanganda soit livré hic et nunc.
Kinshasa qui n’a jamais fait mystère de sa volonté de collaborer avec la CPI dont il est l’un des membres signataires de sa charte a fait comprendre a maintes reprises sa position sur cette affaire qui ne doit pas être menée avec précipitation, et pour cause.
En effet, premier intéressé à déférer l’ex-lieutenant de Lubanga et de Nkunda devant les juges, le gouvernement congolais ne s’est nullement départi de cette volonté, mais il estime toutefois que la délicatesse de la situation l’incite à agir avec responsabilité, dès lors que Bosco Ntanganda reste un criminel de guerre qui a plusieurs milliers de morts sur sa conscience. Cela, le gouvernement de Kinshasa n’en disconvient pas.
Certes, à la faveur du retournement de la fortune sur le théâtre des opérations militaires, les troupes du Cndp dont il avait la direction des opérations ont connu des revers tellement importants face aux forces loyalistes qu’il ne lui était resté qu’une seule alternative : renoncer à fourbir les armes contre la République et rentrer dans les rangs.
De ce fait, pour d’évidentes raisons d’Etat, Bosco Ntanganda est devenu une précieuse monnaie de change entre les mains du gouvernement de Kabila, un atout majeur pour conclure en sous-main des arrangements qui sont susceptibles d’arrêter pour longtemps les bruits de bottes dans cette contrée. Mais est-ce à dire que ceci suffit pour exonérer l’intéressé des poursuites intentées contre sa personne par la CPI ? Le gouvernement de Kinshasa, faut-il le répéter, ne fait pas mystère de sa volonté de livrer Ntanganda à ses juges le moment venu, raison d’Etat oblige !
Du reste, à ce propos, Kinshasa n’a jamais cessé de solliciter la compréhension de la communauté internationale sur la précarité de la situation sécuritaire qui prévaut dans la partie orientale de son territoire. Dans ces conditions, livrer Ntanganda aux juges internationaux n’équivaut ni plus ni moins qu’à rompre le fragile retour de la paix à l’Est que le président Joseph Kabila Kabange est en train d’opérer grâce aux efforts qu’il conjugue avec l’ensemble de son gouvernement et de son armée avec l’appui de la Monuc.
Dans cette perspective, on ne peut comprendre que le gouvernement américain, qui ne ménage aucun effort pour encourager Joseph Kabila à ramener la paix sur l’ensemble de son territoire soit aussi le premier à ignorer que dans le cas d’espèce, les raisons d’Etat invoquées par le gouvernement congolais devraient entrer en ligne de compte des préoccupations américaines. Ce qui revient à dire que, pour le moment, le transfèrement de Bosco Ntanganda à La Haye ne requiert aucune urgence qui dépasse en importance le souci sécuritaire qu’a le chef de l’Etat congolais pour le retour effectif et durable de la paix dans la partie orientale de son pays. Barack Obama, pas plus qu’aucun autre président au monde, n’agiraient différemment que Joseph Kabila, s’ils se trouveraient dans la même situation que ce dernier.
Devra-t-on le répéter pour la énième fois : les autorités de la Rd Congo n’ont aucune raison de soustraire Bosco Ntanganda des griffes de la justice internationale, pas plus qu’ils ne l’ont fait avec les Thomas Lubanga et autres Germain Ngujolo.
C’est même ici l’occasion de s’étonner du peu de cas dont l’administration américaine fait sur le sieur Laurent Nkunda, alors que ce dernier est tout autant un criminel de guerre, et que sa place n’est nullement à Kigali, dans une supposée résidence surveillée. Sans se laisser abuser par la phraséologie qui entoure le statut actuel du boucher du Kivu qu’est le général dissident, on devine néanmoins la part de l’euphémisme qu’il inspire, parce que de mémoire de journaliste, il ne nous souvient pas, depuis sa pseudo arrestation et sa mise en résidence surveillée, que Laurent Nkunda ait fait l’objet d’une quelconque préoccupation de la part des dirigeants de Washington, ceux d’hier et autant que ceux d’aujourd’hui. Alors ?
Alors on ferait mieux de mettre une sourdine à cette théâtralisation outrée de l’affaire Bosco Ntanganda, et qu’on laisse le gouvernement congolais accomplir cette délicate marche sur les œufs qu’il effectue dans le souci de ramener durablement la paix et la sécurité à l’Est de son territoire. Ce n’est qu’à ce prix, et à ce prix seulement, qu’il accèdera au vœu de la justice internationale sur le cas Ntanganda.
Clément Vidibio/MMC
(CV/DN/Yes)
Last edited: 21/11/2009 16:23:35