Le « boom » démographique au pays est tel que le surpeuplement a gangrené tous les établissements de l’enseignement supérieur et universitaire, des secteurs aussi bien privés qu’étatiques.
Hormis la mauvaise humeur de certaines autorités académiques et promoteurs mus plus par le gain facile que par le souci de participer à la formation de l’élite congolaise de demain, la communauté de l’enseignement supérieur et universitaire partage la volonté du ministre Léonard Mashako Mamba de « nettoyer » la maison ESU. Professeurs, parents et étudiants conviennent que les futurs médecins, juristes, économistes, ingénieurs, journalistes, chimistes, sociologues, architectes, informaticiens…devraient répondre, tant soit peu, aux standards internationaux. Et, l’unique façon de chasser la médiocrité au profit de l’excellence, c’est de casser les « ligablos » transformés en institutions de formation au niveau post-secondaire.
Mais, on doit à la vérité de reconnaître que la bataille de l’assainissement ne peut produire, à court et long termes, les résultats escomptés que si elle s’accompagne d’une autre, celle de l’adaptation des infrastructures d’accueil à la population estudiantine. En effet, le « boom » démographique au pays est tel que le surpeuplement gangrène tous les établissements de l’enseignement supérieur et universitaire, des secteurs aussi bien privés qu’étatiques.
Homes et auditoires trop petits...
Qu’il s’agisse de « grandes écoles » publiques comme l’Unikin, l’ISTA, l’UPN, l’IBTP, l’Unilu, l’Unikis, l’Ifasic... ou privées comme l’UPC, l’UCC, USIPA, l’ULK, partout le constat est le même: homes et auditoires sont devenus trop petits par rapport aux sollicitations des apprenants. Le décor est assez cocasse. Depuis leur construction, il y a plus de 50, 40 ou 30 ans, les instituts supérieurs et universités de l’Etat n’ont pas modifié leurs capacités d’accueil en matières de locaux pour le logement, les enseignements, les ateliers, les bibliothèques, les laboratoires, l’administration, etc.
D’où, les auditoires aménagés pour 250 étudiants en accueillent aujourd’hui 1.000, sinon plus. Pour se faire entendre de tous, les professeurs recourent, quand c’est techniquement possible, aux micros connectés aux amplificateurs de sons.
Dans une chambre habitée jadis par deux étudiants, ils s’entassent aujourd’hui à 8 ou 10, sous la pieuse formule de « maquisards ».
Du côté des universités et instituts supérieurs privés, on recrute à la pelle, sans tenir compte non plus des places réellement disponibles. Au bout du compte, le résultat est le même que dans le secteur public la surpopulation estudiantine.
Formation bâclée
Si le professeur Mashako Mamba et le gouvernement ne font pas attention, le mal de la formation au rabais qu’ils s’emploient à combattre par la fermeture des établissements non viables risque de rebondir une logistique non adaptée à l’évolution de la carte démographique du pays. Tout le monde conviendra qu’un professeur chargé d’encadrer 1.000 étudiants dans un même auditoire, pour un même cours, serait forcément débordé. Non seulement qu’il lui serait difficile de communiquer et partant de transmettre ses connaissances, mais surtout il lui serait impossible de corriger, avec attention les copies des travaux pratiques, des interrogations et des examens. Dépassé par le nombre, il ne saurait faire la différence entre les bons et les mauvais étudiants, et donc de filtrer les meilleurs pour le passage de classe. A terme, il serait amené à distribuer les cotes au hasard.
Dans un auditoire bondé d’étudiants, le chahut est leur meilleur compagnon et, partant le pire ennemi de l’excellence.
Pour une marche forcée vers le renouveau
Dans les milieux de l’enseignement supérieur et universitaire, l’argument-massue que l’on avance pour justifier la politique du nombre dans le recrutement des candidats aux études postsécondaires, est la difficulté de faire face aux charges de fonctionnement, notamment les primes des professeurs dans l’officiel ou leurs émoluments dans le privé, l’achat des fournitures de bureau, les loyers, les cachets des professeurs visiteurs, les jetons de présence des administratifs, etc.
La pratique de l’heure voulant qu’une quotité des recettes des frais académiques soit versée au cabinet du ministre de l’ESU, il est à souhaiter que celui-ci envisage de renoncer à cette cagnotte pour permettre à ses partenaires de planifier, dans les mois et années à venir, l’aménagement des infrastructures d’accueil. Un coup de pouce des pouvoirs publics aux universités et instituts supérieurs, tous secteurs confondus, qui vont survivre à l’opération d’assainissement, serait vivement souhaité.
Dès à présent, Mashako et les responsables des instituts supérieurs et universités devraient réfléchir à une politique d’adaptation des structures d’accueil à la population estudiantine.
Kimp/Le Phare
(TN/Ern./GW/Yes)