S’il  y a un acteur politique congo­lais qui se fait parler de plus en plus de lui, ces dernières années, c’est sans doute, l’ancien vice-président de la Répu­blique, Jean-Pierre Bemba. La montée verti­gineuse de ce « golden boy dans les sphères du pouvoir, après la fin de la rébellion du Mlc,  grâce aux accords de Sun City conclus en 2002, en Afri­que du sud, qui y ont mis fin à la guerre qui sévis­sait sur une grande partie de la République, et sa chute vertigineuse qui s’est soldée par son arrestation début 2008 à Bruxelles, la capitale belge et ensuite son incar­cération dans les geôles de La Haye, à la Cour pé­nale internationale, cons­tituent les deux faces de la médaille.

De la création en 1998 du Mouvement de libération du Congo (Mlc) à Kisangani, dans la Province orientale où il sé­journait en provenance de son exil européen jus­qu’au déclenchement des hostilités, rien n’indiquait que Bemba allait troquer l’attaché-case de l’homme d’affaires au treillis de maquisard.

Des sources indiquent qu’au départ, ceux qui l’avaient approché à Ki­sangani le prenaient faus­sement pour un enfant de choeur bien que les fré­quentations très assidues des officiels ougandais présageaient d’un coup fourré qui se préparait. Lorsque le premier coup de fusil fut donné contre l’armée régulière, on a su alors dans la ville la rai­son occulte de sa pré­sence dans ce coin de la Rdc qui était encore épar­gné des scènes de vio­lence. Aujourd’hui, un Kinois résidant présente­ment à Kisangani et qui se souvient encore des tractations qui se faisaient à l’ombre des hôtels le traite ainsi que les collabora­teurs qui l’avaient accom­pagné dans cette rébellion d’aventuriers. Il justifie ce constat par les ob­jectifs de cette opération de déstabilisation du pays téléguidée par un pays voisin, opération qui a coûté énormément en vies humaines fauchées. Mais, là ne s’arrête mal­heureusement pas les ob­jections.

Le chemin de la croix

Après sa défaite face à Joseph Kabila à la prési­dentielle d’octobre 2006, Bemba s’est engagé à mener une «  opposition ré­publicaine » du gouverne­ment en place. Cependant son refus de fondre sa garde rapprochée au sein de l’armée régulière, au début 2007, l’a conduit le 22 mars à un affronte­ment direct avec le pou­voir. A l’origine, c’est le refus des gardes de Bemba à un ultimatum dont le terme avait été fixé au 15 mars d’accep­ter leur incorporation dans l’armée régulière crai­gnant soit-disant pour la sécurité de ce dernier.

Malgré cette obstination, Bemba en a appelé ensuite au cessez-le-feu et trouvé refuge à l’ambas­sade d’Afrique du Sud. Avec la poursuite des combats du 23 mars, un mandat d’arrêt a été lancé contre lui pour avoir été accusé de-haute trahison. Au total, les affronte­ments ont connu plus de 200 morts à Kinshasa.

Bemba quitte la Rd Congo, le 11 avril 2007, pour se rendre au Portu­gal, officiellement pour y soigner une vielle bles­sure à la jambe. Cible de la justice Internationale depuis de nombreuses années, en 2003, une cour belge le condamnait par contumace à un an de prison pour « traite d’être humain ». Procès qui s’est conclu par un non-lieu. Détenu depuis juillet 2007 par la Cour pénale internationale pour « crimes de guerre et cri­mes contre l’humanité pour des faits commis entre 2002 et 2003 par les troupes du Mlc qu’il com­mandait en Centrafrique, Bemba n’en finit pas de connaître une longue tra­versée du désert depuis sa rébellion, son échec à la présidentielle de 2006.

Cette affaire fait couler beaucoup d’encre et de salive au point que le pou­voir congolais est pointé gratuitement du doigt accusateur. Or, il n’est un se­cret pour personne que dans ce dossier judiciaire, tous les plaignants sont des Centrafricains tandis que l’affaire est en exa­men auprès d’une juridic­tion internationale sur la­quelle aucune institution congolaise ne peut exer­cer une quelconque in­fluence. L’aurait-il su lui même sans doute qu’il ne se serait pas hasarder à provoquer des troubles à Kinshasa qui le pousserait à l’exil !

Le drame, c’est que certaines sources affir­ment que lors de son sé­jour au Portugal, Bemba négociait son retour au pays moyennant un poste de Premier ministre. Un retournement de casaque qui aurait sans contexte démontré la face cachée des politiciens congolais lorsqu’il est question de défendre leurs intérêts.

Avec le recul de temps, ce tableau aux couleurs apocalyptiques donne un aperçu réel de l’ancien vice-président congolais.

Cependant c’est l’occa­sion de se demander qu’est-ce qui l’a tant fait courir ? Est-ce le pouvoir pour le pouvoir, la gloire ou l’argent ? Les attitudes politiques qu’il affiche de­puis qu’il a troqué l’atta­ché-case de businessman pour le bâton de commandement de la rébellion déterminent ces ac­tions. Dommage qu’en matière politique, la ruse y sacrifie toujours la vertu et la raison. Ceux qui ne prennent pas garde comme Bemba en paient le prix fort car, elle se venge souvent cruelle­ment sur ceux qui ne l’af­fectent pas. La grosse er­reur de Bemba, c’est de ne l’avoir pas compris en minimisant l’adversaire qui, sur le plan de rapport de forces, est intraitable, félin et coriace sous de fausses apparences.

Aujourd’hui, des analystes objectifs reconnaissent que le leader du Mlc a dé­finitivement perdu la guerre. Tout est fini pour lui. Il aurait pu vivre poli­tiquement s’il avait com­pris les signes de temps. Le procès de la Cpi pro­grammé au 27 avril 2010 risque de marquer la fin de sa carrière politique.

NMN/La République


(Milor/TN/GW/PKF)