L’ambassadeur  iti­nérant des Etats-­Unis d’Amérique chargé des questions de crimes de guerre, a sé­journé le vendredi 13 no­vembre dernier à Goma, chef-lieu de la province du Nord Kivu. Stephan Rapp s’est entretenu le même jour avec le vice-gouver­neur Feller Lutahichirwa autour des crimes de guerre commis dans cette partie du pays et sur l’en­semble du territoire natio­nal.

En clair, les deux per­sonnalités se sont appe­santies sur l’examen des moyens à mettre en place pour éradiquer ce fléau.


Aussi le diplomate améri­cain a-t-il fait savoir la disponibilité de son pays à apporter son appui au système judiciaire congolais afin de sévir contre les auteurs de ces crimes, soldats ou miliciens. Stephan Rapp a aussitôt réaffirmé le soutien du gouvernement américain à l’opération Kimia II déclenchée par le gouverne­ment congolais, avec le concours logistique des Casques bleus de la Monuc, contre les rebel­les rwandais des Fdlr (For­ces démocratiques pour la libération du Rwanda). Ces rebelles, reconnaît le di­plomate américain, désta­bilisent les Kivu et, par­tant, l’ensemble du terri­toire national, en y distri­buant la mort parmi les populations civiles. Le vœu de Stephan et de son pays est de voir ces opérations militaires épargner aux civils des tourments et des actes qui viole­raient leurs droits les plus légitimes.

Cette visite succède de peu à celle entreprise le 01 novembre à Goma par Alain le Roy, secrétaire général adjoint de l’Onu en charge des opérations de maintien de la paix. Pendant son séjour dans les parties troubles du pays, le diplomate onu­sien était tenu au courant des atrocités que subis­sent les populations civi­les de la part des hommes en armes, surtout des re­belles ougandais de la Lra (Armée de résistance du seigneur). En l’occasion, il a réclamé des sanctions contre les auteurs de tue­ries et autres voles de faits contre les civils.

Bien avant lui, la secrétaire d’Etat américaine, avait séjourné à Goma le 11 août dernier pour une visite qualifiée d’humanitaire par les analystes politiques. En effet, Mme Hillary Clinton était déchi­rée par l’ampleur des souffrances endurées par les femmes dans les zo­nes de combats pendant toute la période de la guerre. Ceux qui commettent les violences sexuelles doivent être pu­nis et traduits devant la Justice.

C’est sur ce ton que Madame la Secrétaire d’Etat des Etats Unis a exprimé sa douleur face aux exactions que con­naissent les femmes con­golaises de l’Est.

« Nous devons lutter contre ce fléau, a-t-elle rassuré. En promet­tant une contribution de 17 millions de dollars américains à débloquer par les Etats Unis pour ap­puyer les organisations qui luttent contre les vio­lences sexuelles. Hillary Clinton a suivi avec atten­tion les plaidoyers des femmes regroupées dans leurs associations au cours d’une rencontre avec des femmes violées et prises en charge à l’hôpital Heal Africa, spécia­lisé dans le domaine.

Tous parlent et récla­ment sanctions. Et la visite de Stephan Rapp en Rdc n’est nullement inno­cente. Elle intègre certainement le processus en cours visant la présenta­tion des présumés auteurs de crimes de guerre devant les instan­ces judiciaires nationales et/ou internationales. Une démarche animée par la communauté internatio­nale et qui s’érige, à première vue, comme la pa­nacée attendue afin de soustraire le peuple con­golais de la violence aveu­gle.

Il est indéniable que maints cerveaux ont inté­riorisé, par la faute de l’Occident, la vertu de la guerre pour accéder au pouvoir, à un poste de res­ponsabilité. Entre autres, le gouvernement 1+4, les nombreuses Intégra­tions au sein de l’armée nationale ne plaident-ils pas pour le culte de l’arme à feu ?

Pourrait-on, dès lors, s’étonner devant l’essai­mage de groupes armés, de milices ... à travers le pays ? L’issue rapide des procès Thomas Lubanga, Germais Katanga, Gudjolo et le transfèrement des autres seigneurs de guerre vers la Cour pénale internationale (Cpi) auraient pour effet immé­diat de diluer l’ardeur de maints jeunes et illuminés à recourir à la kalach­nikov. Mais cette démar­che serait dépouillée de toute sa vertu si elle se présente en véritable tamis pour n’attraper que des personnes dont la tête ne plait pas. C’est malheureusement l’impression qu’elle donne à l’heure actuelle.

Sans intention de prendre partie pour quiconque, la justice sociale s’indigne  ­de la pression exercée sur le gouvernement congolais en vue du transfèrement de Bosco Ntaganda à la Cpi et de la sanction rapide des auteurs des morts enregis­trés récemment à Nyabiondo, au Nord Kivu. Pourtant, accusé des mê­mes faits, avec un nombre plus important et dans un passé plus profond encore, Laurent Nkundabatware se la coule douce au Rwanda où il a trouvé refuge. Les gesticulations des humani­taires, des diplomates onu­siens et américains revê­tent-elles donc le manteau des « larmes de crocodi­les ? » Pourquoi donner l’impression de s’apitoyer sur le calvaire des hommes et femmes du Congo, alors que l’on « refuse » d’atta­quer le mal à la racine ?

C’est à la faveur d’une politique de deux poids, deux mesures que se nour­rissent les nouveaux grou­pes armés dans les Kivu pour continuer l’oeuvre de déstabilisation de l’effort de paix déployé à la fois par le gouvernement congolais et certaines puissances mondiales.

Il en est de même de la situation qui prévaut dans la Province Orientale où des milices se créent au jour le jour, soit pour se forger une petite fortune sur le dos de la po­pulation, soit pour s’attirer les projecteurs de la com­munauté internationale aux fins de réclamer une place au sein des institu­tions de l’Etat. Initiale­ment, après les élections de 2006, il n’aurait pas dû exister de marge pour l’ac­cession au pouvoir par les armes ou par les négocia­tions aux termes d’une guerre sans justification objective. Hélas !

James Momba/La République


(Milor/TN/GW/PKF)