Bon nombre d’hôpitaux et centres de santé de la RDC sont butés à un sérieux problème de manque d’équipement médical. L’Hôpital général de référence de Kinshasa, ex-Hôpital Mama Yemo, n’échappe pas à cette triste réalité. Son service des soins intensifs paraît plus malade que les malades qui y sont admis.
Un seul tensiomètre pour tous les malades. Mais il s’avère que celui-ci est lui-même en mauvais état. Qui pis est, le service ne dispose pas de thermomètres en nombre suffisant. Par conséquent, les infirmières qui y travaillent sont obligées d’utiliser leurs thermomètres privés pour prélever le degré de la température sur plusieurs malades. L’opération impose donc de la patience à un patient admis en soins intensifs. Paradoxe.
Toujours en ce qui concerne la prise en charge des malades, une infirmière ayant requis l’anonymat, nous a renseigné que leur service (Soins intensifs) ne dispose ni de couverture ni de draps. En conséquence, les patients issus des familles financièrement démunies sont obligés de se couvrir de pagne. Les plus malheureux sont les malades indigents. Car, à découvert, ils sont condamnés à affronter le froid et participer, sans le consentir, au « concert » des moustiques qui commence toujours tôt dans ce pavillon. Généralement à partir de 18heures jusqu’au petit matin.
L’hygiène environnementale, un autre défi
En plus du manque de matériel ou équipement médical, le service des soins intensifs de l’Hôpital général de référence de Kinshasa, fait face à un autre défi, non des moindres. Il s’agit de l’hygiène environnementale qui y fait cruellement défaut. Aux moustiques évoqués ci-dessus, s’ajoutent des odeurs nauséabondes qui indisposent aussi bien les garde-malades que d’autres patients allongés sur leurs pauvres lits. « Ici, c’est toujours comme ça.
Quand tu arrives pour la première fois, il faut être moralement préparé. On n’a pas de choix parce qu’il faut veiller sur la santé d’un parent ou d’un proche-parent. Malgré cette bonne volonté, on s’expose aux maladies dues aux microbes circulant dans l’air», a déclaré une dame, la trentaine révolue, assise sur le pavé devant le Pavillon 1 de l’ex-Hôpital Mama Yemo.
Une autre bonne dame interrogée à ce propos, a reconnu les difficultés rencontrées dans leurs conditions de travail, avant d’évoquer des problèmes de financement. « Le service de soins intensifs figure parmi les plus importants de l’hôpital. Nous recevons plusieurs cas même les plus désespérés : des victimes d’accidents de diverses natures, des diabétiques accélérés, des blessés…Et il y en a qui, parmi les blessés, arrivent à l’hôpital avec une partie du corps déjà pourrie. Surtout lorsque le patient, sans moyens financiers, est longtemps resté à la maison.
C’est le cas aussi des indigents et autres personnes en rupture sociale, tels que les enfants de rue. Au nom de notre engagement pris, nous sommes obligées de travailler pour l’intérêt supérieur du malade. Ce, en dépit du mauvais environnement dans lequel nous travaillons. En principe, on devrait mettre à la disposition de notre service (Ndlr : Soins intensifs), un kit de désinfectants et autres désodorisants pour éviter non seulement les mauvaises odeurs, mais aussi toute autre infection transmissible par des microbes aérobiques.
Malheureusement, rien de cela ne nous arrive. Dès lors que les problèmes d’amélioration des conditions de vie du personnel de l’hôpital, plusieurs fois revendiqués, tardent à trouver de solution, pensez-vous que ce qui paraît comme accessoire, peut préoccuper l’autorité de tutelle ? Je ne pense pas. » C’est en ces termes que s’est exprimée la même infirmière.
Un Hôpital général de référence ?
Débaptisé Hôpital général de référence de Kinshasa, l’ex-Hôpital Mama Yemo ne l’aura pas démérité, au regard du grand nombre de médecins spécialistes et généralistes qui y prestent.
Malheureusement, ces compétences ne peuvent pas donner le meilleur d’elles-mêmes parce que travaillant dans des conditions difficiles, manquant parfois le minimum de matériel requis.
Aujourd’hui, l’exemple sud-africain revient de manière permanente sur toutes les lèvres. Particulièrement celles des congolais dont certains s’empressent à dire que le pays de Jacob Zuma est l’Europe en pleine Afrique. Politiques, sociologues, journalistes, économistes… conviennent à cela. Ils vantent sans retenue, la qualité des infrastructures, des soins de santé dans ce pays d’Afrique australe. La preuve, nombre d’officiels congolais malades et dont le cas requiert de l’urgence, sont souvent et aussitôt évacués en Afrique du Sud. La situation est le contraire des années 60 où les Sud-africains allaient se faire soigner au Congo.
Le mérite revient ainsi à l’autorité coloniale qui a laissé à son ancienne colonie, des infrastructures routières, sanitaires et scolaires envieuses. Malheureusement, les nationaux qui ont remplacé les Belges n’ont pas pu protéger cet acquis. C’est ainsi qu’au fil des années, la situation s’est complètement détériorée au point que la RD Congo ressemble aujourd’hui à un vaste champ de maïs dévasté par un troupeau d’éléphants. Et si, à un groupe de Congolais sélectionné au hasard, on posait la question de savoir : « A qui la faute ? » Tous répondraient sans doute en chœur : « C’est la faute de Mobutu ! »
Tout bien considéré, l’heure n’est plus ni aux jérémiades ni au procès de l’histoire. Il faut plutôt briser le mur de lamentations et réfléchir sur les vrais problèmes de la société congolaise. Un tel exercice aura le bénéfice d’envisager les issues possibles et les moyens pour y arriver. Car, la situation à l’Hôpital général de référence de Kinshasa n’est qu’une illustration révélatrice. Mieux, l’arbre qui cache la forêt. En rapport avec le constat que nous avons établi au service des Soins intensifs de l’ex-Hôpital Mama yemo, il ne serait pas exagéré d’affirmer que ce service a lui-même besoin des soins intensifs pour jouer véritablement son rôle social. Sur le chantier de la Santé, aux initiatives de construction de nouveaux hôpitaux devraient s’ajouter la réhabilitation de l’existant en attendant l’entrée en activité des nouvelles formations hospitalières.
Laurel Kankole/Forum des As
(Tkm/GM/PKF)