Retombées du synode des évêques africains qui vient de se tenir à Rome : désormais, tout fidèle assumant des charges officielles pris en flagrant délit de corruption avéré doit démissionner de ces fonctions, sinon la porte de l’excommunication ne sera pas loin de s’ouvrir pour lui. L’avertissement vaut pour l’ensemble des laïcs africains.
L’appel, aux allures d’une injonction, vient du synode des évêques pour l’Afrique. Celui-ci s’est tenu au mois d’octobre dernier à Rome. Il portait principalement sur la situation qui prévaut en Rdc. Particulièrement sur la question de l’exploitation abusive des ressources naturelles dans ce pays. En effet, les évêques d’Afrique avaient dénoncé le fait que cette question constitue la cause principale, si pas exclusive, des guerres cycliques qui sévissent à l’Est du Congo.
La plupart des multinationales sont à la base de ces guerres, pour autant qu’elles alimentent le trafic illicite des matières premières. La filière officielle se révélant quelque peu onéreuse, ces multinationales préfèrent emprunter le raccourci de la contrebande. Au Congo, cette dernière est devenue une véritable fourmilière où se côtoient tous les professionnels internationaux du crime organisé. Car, en jeu il y a le coltan, l’or et sans doute du pétrole. On en sent déjà l’odeur se répandre à mille lieux alentour.
La communauté internationale au banc des accusés
Face à cette engeance criminelle en gestation à l’Est de la Rdc, on trouve une faible opposition. L’Etat congolais est en pleine restructuration. Affaibli par une instabilité qui dure bientôt depuis deux décennies, celui-ci ne sait pas encore faire face au crime qui s’organise sur son sol. Il fallait donc que la communauté internationale vole au secours du gouvernement congolais. Cela a été fait de manière apparente, dénoncent les évêques catholiques. Il est vrai que la Monuc opère sur le terrain en Rdc.
Malheureusement, beaucoup jugent son appui improductif à plus d’un titre. Pour autant que la communauté internationale se trouve elle-même accusée de complaisance en ce qui concerne la situation qui prévaut en Rdc. Le synode d’octobre passé n’est pas allé par quatre chemins pour condamner cette communauté. Il a estimé que rien n’a été entrepris au niveau des principaux décideurs de la planète en vue de résoudre définitivement la crise qui sévit en Rdc. La communauté internationale s’attaque le plus souvent aux effets de cette crise, préférant ignorer superbement sa cause principale.
La prodigalité des politiciens congolais fustigée !
Celle-ci n’est autre que l’absence de tout cadre juridique et humaniste viable pour l’exploitation des ressources naturelles. Et c’est précisément à ce niveau que se situe aussi la culpabilité des officiels congolais. Profitant sans gène ni remords de la confusion du moment, ils n’entreprennent rien pour essayer d’endiguer la fraude. Au contraire, ils en tirent pleinement profit. A tous les niveaux, ont estimé les évêques africains.
Le premier indice qui accuse les hommes politiques congolais, comme africains du reste, c’est l’enrichissement facile et sans justification qui les caractérise. A ce propos, les exemples ne manquent pas. On a vu des personnalités entrer au gouvernement central à Kinshasa sans un rond et en ressortir deux ans après riches comme Crésus. Ils se sont illustrés dans des libéralités à donner le vertige. Au point que le langage populaire lui a consacré la mémorable et non expressive formule « Apesa atala te », entendez: « il dépense sans compter ». C’était à la faveur des présidentielles et des législatives de 2006.
Alors que la Constitution de la République exige de déclarer sa fortune à l’entrée comme au sortir du gouvernement, la contrainte n’a aucun effet dans la pratique. D’ailleurs, plus personne ne s’y astreint. A la suite du Chef de l’Etat, qui s’était acquitté de ce devoir à son entrée en fonction, certains ministres l’avaient imité. Mais sans autre suite jusqu’à ce jour. Parce que sitôt démis de leurs fonctions au sein de la première équipe de Gizenga, ils se sont fondus dans la nature. Jusqu’à ce jour. Rien ne garantit que ceux qui sont actuellement en fonction ne vont pas leur emboîter le pas. La preuve: ils n’ont même pas daigné déclarer leurs avoirs au moment de la prise de leur fonction.
Sur le terrain, la justice semble s’engourdit dans une routine paralysante. Elle ne prend aucune mesure dans le but de faire respecter la Constitution suivant sa disposition ci-haut mentionnée. C’est pratiquement pour protester contre ce pis-aller que les évêques catholiques ont préféré donner un coup de pied dans la fourmilière africaine en général et congolaise en particulier.
N’étant pas sûr que le geste a porté efficacement, la Cenco l’a relayé en Rdc. C’était au cours d’un point de presse tenu le mercredi 11 novembre. Les politiciens catholiques se sont vus réinvités à la démission ou au repentir en cas de corruption. Sans citer des noms, la menace était claire. En cas d’entêtement, l’Eglise va-t-elle franchir le Rubicon ? Ce serait en tout cas plus responsable et plus conséquent.
Le Palmarès
(CV/TH/GW/Yes)