Ce vendredi 13 novembre 2009, les 108 députés de l’Assemblée provinciale de l’Equateur vont se choisir un nouveau gouverneur de province. C’est le dénouement préparé ainsi du feuilleton de la défénestration de José Makila intervenue au début de cette année. Le gouverneur MLC, on le sait, est tombé suite à une motion de défiance mise aux voix à l’Assemblée provinciale et votée positivement par l’ensemble des élus locaux, ceux-là même sensés pourtant constituer les pivots des intérêts politiques du MLC dans cette partie de la République, ce qui en dit long.

C’est l’opportunité leur offerte pour exprimer leurs désaveux sur la manière désinvolte dont Makila a dirigé leur province. Et quelle opportunité pour une assemblée sensée être acquise au Mouvement de libération du Congo (Mlc), mais qui ne met pas forcément ce parti de JP Bemba à l’abri d’une surprise électorale, comme cela a été le cas par deux fois, pour l’élection des gouverneurs, respectivement de la ville province de Kinshasa et de la province du Bas-Congo en 2007.

Deux années plus tard, en l’occurrence le 24 janvier 2009, l’éviction de José Makila par les députés provinciaux de sa propre famille politique donne toute la mesure de toutes les craquelures qui ont déteint l’image de cohésion ayant jusqu’alors prévalu au sein du Mlc. Et, on peut l’avancer avec certitude, le prolongement de la détention de JP Bemba par la Cour pénale internationale (Cpi) à La Haye a davantage entamé cette cohésion, au point de créer des fissures qui ne prédisent rien de bon quant à la solidité de l’édifice du « chairman » face aux enjeux électoraux du moment et ceux à venir.

Cette prédiction est confortée par les luttes d’influence qui se sont fait jour à la tête du parti où le leadership de François Mwamba, secrétaire général du Mlc, rencontre de plus en plus de réticence, pendant que se développe parallèlement une contestation larvée consécutive à sa manière de mener la barque en l’absence de l’autorité morale de ce parti, aujourd’hui indisponible pour longtemps, semble-t-il, selon toute vraisemblance.

Dans plusieurs cénacles du Mlc, nombreuses sont les langues qui se délient pour contester en sourdine le leadership intérimaire qu’exerce François Mwamba à la tête du parti. L’homme fait des va et vient entre Kinshasa et La Haye plus que ne le fait personne d’autre dans l’entourage du « chairman ». Ce privilège le conforte dans l’estime que celui-ci porte en lui, mais cela suffit-il à lui garantir une sécurité politique de tout repos dans l’accomplissement de ce leadership qu’on lui conteste ?

Il n’y a que François Mwamba qui est capable de répondre à cette question, fort des assurances qu’il reçoit de qui de droit chaque fois qu’il va rompre la solitude du « patron » dans ses pénates carcérales aux Pays-Bas. Quels propos s’échangent au fait les deux hommes sur l’avenir de leur parti ? Sous quels aspects l’hôte de Kinshasa présente-t-il la situation qui prévaut au sein du MLC ? A l’occasion, se donne-t-il la liberté, à défaut d’avoir le courage, de s’épancher auprès du « patron » et de se plaindre du climat de fronde qui souffle sur le Mlc ?

Autant de questions sans réponses qui laissent les observateurs dans l’expectative quant à l’absence d’interférence du « chairman » dans l’imbroglio qui se constate dans la direction du Mlc. Dans cette expectative, rien ne permet jusqu’ici d’affirmer que Jean-Pierre Bemba serait vraiment l’église au milieu du village s’agissant de ce qui se passe dans son parti, faute de le constater dans le chef de ses animateurs. Si bien que d’aucuns affirment que le Mlc patauge dans des incertitudes et ne cesse d’accumuler les échecs politiques. Sous la houlette de son secrétaire général, bien entendu, accusent les contestataires de ce dernier !

Ils craignent même que l’élection du gouverneur de l’Equateur ce vendredi 13 novembre ne soit un échec de plus. Dans certains milieux du Mlc on ne le cache pas, tel dans cette organisation politico-militaire  dénommé Mpdc proche du parti dirigé par un certain colonel Joris  Nkombe qui, à l’instar d’autres membres du parti de JP Bemba, sont gagnés par le pessimisme à propos de l’issue du scrutin du vendredi 13-11-2009.

Ce pessimisme a même incité Joris Nkombe au point de le pousser à promettre le pire à Fr. Mwamba au cas où le vote sera défavorable au Mlc. Le secrétaire général du Mlc paraît avoir été ébranlé par la fatwa lancé ainsi contre lui, croient savoir certains observateurs qui interprètent négativement son intervention mercredi 11 novembre dernier à la tribune de l’Assemblée nationale. On ne s’explique pas autrement que François Mwamba ait cru devoir faire œuvre utile en agitant la Représentation nationale au sujet de la fusillade qui a éclaté dans la ville de Mbandaka au cours de la nuit de mardi à mercredi.

Prenant la parole en des termes pathétiques au cours de la plénière de mercredi, François Mwamba a provoqué l’effet escompté par l’intéressé, à voir l’émoi qu’il a provoqué auprès d’une bonne partie de ses collègues. Comment ceux-ci ne pouvaient-ils pas s’émouvoir, d’entendre que « Hier la nuit, il y a eu une fusillade nourrie près des résidences de JC Baende et de Bolenge, et que la population vit dans la panique, et patati et patata ! ».

Une panique justifiée dans la mesure où, à en croire l’auteur de cette communication ayant on eût dit calculé de préciser, sous l’hémicycle de la chambre basse du Parlement, que Baende et Bolenge sont les deux candidats les plus en vue et qui étaient visés parmi les cinq concurents dans l’élection qui soulève les passions.

De plus, le ton pathétique utilisé pour annoncer l’incident de l’alarmante fusillade a fait croire à Evariste Boshab, président de l’Assemblée nationale, qu’on était à deux doigts d’une situation de guerre à Mbandaka, et qu’il valait mieux lever la séance en attendant d’être fixé sur la suite des événements.

Or la suite des événements n’a pas mis plus d’une heure pour être connue. Car, contrairement à la rumeur claironnée à la tribune de la chambre basse, la fusillade en question n’a pas eu pour théâtre les résidences des deux candidats gouverneurs. Elle s’est déroulée aux abords du camp des démobilisés impatients de ne pouvoir rentrer dans leurs droits spoliés. Jean Claude Baende l’un des candidats à l’élection a vite démenti sur une radio périphérique que les tirs entendus se sont déroulés aux abords de sa résidence et encore moins de celle du candidat Bolenge.

Et les adversaires du secrétaire général du Mlc de commenter sur ces entrefaites : « François Mwamba qui sait que l’élection du gouverneur se fera au second degré n’a, de ce fait, aucune raison d’ameuter la population, si ce n’est pour la préparer au soulèvement au cas où son candidat Busa perdrait la face ».

Et de renchérir : «Il devra alors assumer seul les conséquences du déluge qu’il cherche à préparer » !

Clément Vidibio/MMC


(CV/PKF)