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Deux jours nous séparent encore de l’élection d’un nouveau gouverneur de province à Mbandaka, chef-lieu de la province de l’Equateur. Une élection de tous les enjeux qui déchaînent les passions politiques au sein du Mouvement de libération du Congo (Mlc) incapable de s’accorder sur une candidature unique devant défendre sa bannière. Et, sans cette perspective si l’on n’y prend garde, il y a risque qu’un problème d’intérêt provincial crée des retours de flammes dangereux sur le plan national !

baendeL’élection, vendredi 13 octobre prochain du gouverneur de l’Equateur suscite depuis près de quatre mois des remous au sein de la population de l’Equateur agitée par les tensions internes qui secouent l’appareil dirigeant du Mlc.

Dans les couloirs du siège du Mlc, on affiche une sérénité de bon aloi mais on devine aussi la hantise de l’éventualité d’une défaite électorale aux conséquences incalculables.

Cette perspective d’une défaite électorale est somme toute compréhensive dans la mesure où, depuis l’incarcération de Jean-Pierre Bemba à La Haye, le Mlc a beaucoup perdu en cohésion et la direction du parti confiée entre les mains de François Mwamba ne fait pas l’unanimité des sentiments d’appréciation parmi les membres de la nomenklatura de ce parti. Et pour cause.

En effet, originaire du Kasaï, le leadership de Fr. Mwamba éprouve toutes les peines du monde à s’imposer et à s’affirmer, quoi que l’intéressé est considéré comme l’un des fidèles parmi les fidèles du « chairman ». Cet handicap sera difficile sinon impossible à surmonter tant que sera maintenu en prison l’autorité morale du parti. Personne ne se fait d’illusion sur ce qui se dit dans les cercles hermétiquement fermés des coteries ethniques qui graviteraient autour de JPB, mais en dépit de toute absence d’affirmation verbale de cette tendance aux velléités d’« équatorisation » de la direction du Mlc, une chose reste indubitable : il sera difficile d’imposer à la tête de ce parti un leadership qui proviendrait d’ailleurs que de l’Equateur. Ca passerait mal !

Selon les observateurs avisés, cette assertion s’est davantage confortée depuis que l’ancien gouverneur de l’Equateur José Makila, ressortissant pur-sang de cette province, revendique ostentatoirement la suppléance de Jean-Pierre en qualité de porte-parole de l’Opposition. Pour ceux qui savent tirer des lignes directes entre les faits, gestes et paroles des hommes, ils n’éprouvent aucune peine à faire dire à l’ex-gouverneur de l’Equateur que le Mlc étant un parti créé par un fils de l’Equateur, il va de soi qu’il est mal indiqué que sa direction soit confiée à quelqu’un qui ne porterait pas dans ses veines les mêmes gènes de sang que ceux du « chairman ».

Et puis, les mêmes observateurs ajoutent que José Makila garde une mauvaise dent contre la direction actuelle du Mlc. Il lui reprocherait de n’avoir rien fait pour le soutenir en justice face aux accusations de l’Assemblée provinciale de l’Equateur qui l’a convaincu de malversations financières. Affabulations ? Procès d’intention à l’encontre de l’ancien gouverneur de l’Equateur que l’on chercherait à présenter sous les traits d’un hypocondriaque mécontent de son sort actuel ? Nous n’en savons rien.

Nous savons seulement que, saisie de la plainte de l’Assemblée provinciale de l’Equateur, la Cour d’appel de Mbandaka a aussitôt statué sur l’affaire et rendu un jugement en défaveur de l’ancien gouverneur. Et ce jugement a été entériné par la Cour suprême de justice. José Makila a accusé le coup, espérant se venger au niveau de la direction lors de l’élection de son successeur au gouvernorat provincial le 13 novembre. Sous quelle forme ? Nous n’en savons rien non plus.

Sa vengeance pourrait être un plat qu’il voudra manger très froid. Peut être, qui sait, après l’élection du 13 novembre ! D’autant plus que quelques jours auparavant, Fr. Mwamba a eu maille à partir avec des personnes se passant pour des ex-militaires du MLC dirigés par un certain colonel Joris Nkombe. Et les augures risquent de le desservir dans le sens que souhaitent ses ennemis dans la direction du parti.

Sur quelles chances mise François Mwamba dans cette bataille électorale ? Alors que le Mlc contrôle l’Assemblée provinciale de l’Equateur et qu’en principe - nous disons bien en principe – seul le candidat présenté par le parti gagnera cette élection, la Commission électorale indépendante a enregistré plutôt cinq candidats « indépendants », tous se réclamant du Mlc, à l’exception de Jean-Claude Baende (vice-gouverneur sortant considéré à tort ou à raison comme filant un parfait amour avec l’Amp), Gabriel Bolenge, Michel Bongongo Ikoli (sénateur), Jean-Lucien Busa et José Engbanda !

busaUne véritable quadrature du cercle qui a embarrassé la hiérarchie du Mlc, lequel a aussitôt réagi en jetant son dévolu sur Jean-Lucien Busa plutôt que sur les trois autres candidats indépendants sommés de se plier à la discipline du parti sous peine d’encourir les foudres de ses faucons ! Ce qui est vite arrivé, les deux hommes n’ayant pas obtempéré aux injonctions de leur parti de retirer leur candidature.

Pour indiscipline aux directives de leur parti, Gabriel Bolenge et le sénateur Ikoli ont été radiés du Mlc. Une mesure qui n’a pas été du goût de José Makila. « C’est injuste et c’est anti-démocratique de diviser les ressortissants de l’Equateur. On ne peut pas interdire aux citoyens congolais de postuler en tant qu’indépendants. C’est aller à l’encontre de la Constitution du pays », a dit l’ancien gouverneur qui a ajouté qu’il ne comprend pas qu’on radie Bolenge et Ikoli alors « qu’il y a un certain nombre de députés indépendants au sein du Mlc, qui ne sont pas radiés du parti ». 

Mais José Makila n’a pas dit mot sur Busa qui a été présenté comme candidat du parti, estimant sans doute que son point de vue sur la radiation des deux autres membres était suffisant pour clarifier sa position.

Mais au fait, quel enjeu représente cette élection du gouverneur de l’Equateur, et pourquoi José Makila manifeste-t-il des prétentions somme toute normales pour briguer le leadership à la tête du Mlc en l’absence de JP Bemba ?

Les réponses à ce questionnement ne peuvent être qu’empreintes d’une circonspection qui tient compte des différents paramètres de la situation dans laquelle les faits s’inscrivent.

Le Mlc veut à tout prix gagner cette élection afin de garder la haute main dans au moins une province sur les onze que compte le pays, autrement ses gains électoraux lors des prochaines grandes échéances politiques seront réduits à la portion congrue et le parti sera confiné à ne jouer que les utilités à la Représentation nationale à la prochaine législature. C’est évident. Dans cette perspective peu réjouissante pour lui, on cherchera en vain son secrétaire général présider l’une ou l’autre grande commission de la chambre basse, faute de disposer d’une assise suffisante dans l’hémicycle.

Mais, d’ici à 2011, il y a loin la coupe aux lèvres ; et Fr. Mwamba nourrit l’espoir que JL Busa tiendra la dragée haute aux autres candidats à cette élection capitale pour le parti de JP Bemba. Avec quel concours de circonstance ? Nous esquissons une approche dans les lignes qui suivent. En effet, dans cette Assemblée provinciale qui compte 108 membres dont 34 seulement vont apporter leurs voix au Mlc, le secrétaire général du Mlc espère constituer une majorité de 55 voix pour atteindre la majorité absolue requise pour enlever le scrutin.

Hormis ses 34 voix « sûres » - notre soustraction prend en compte la défection des voix de JC Baende, de Ikoli et Bolenge qui viennent d’être radiés) - Fr. Mwamba vise les 3 voix de son nouvel allié l’Udémo de Nzanga Mobutu avec lequel le Mlc est en pourparler, et 5 autres voix de Cdr. Mais dans ce cas, la sommation des voix attendues pour augmenter son score ne donnera alors que le chiffre de 34+3+5, soit 42 voix sur un total de 108 voix. A moins que le Mlc ratisse davantage pour gagner les 13 voix pour atteindre la majorité absolue, sinon le gouvernorat lui échappera. C’est alors que lui arriverait ce qui était arrivé à Pierette dans la fable : « Adieu veaux, vaches, cochons, couvée ... » !

Il faudrait alors craindre pour la tête de Fr. Mwamba, tête du reste déjà placée sous l’épée d’un certain colonel  Joris Nkombe, secrétaire général de la très ténébreuse organisation militaro-politique dénommée Mpdc qui a fait circuler sur le net un texto  dont le contenu a été jugé par les médias comme étant une fatwa annonçant le pire au secrétaire général du Mlc, lequel sera tenu pour responsable de l’échec du parti de JP. Bemba au scrutin du 13 novembre prochain, a prédit le texto eschatologique.

A jour « J-1 » de cette échéance électorale qui va se dérouler au chef-lieu de la province de l’Equateur sur fond de tension, l’agitation a été portée à son comble mardi 10 novembre dernier
au moment tmosphère a été déchiré par des crépitements de fusils tirés du centre-ville.

Une panique générale s’en est suivie, plongeant la population dans un sentiment de frayeur indescriptible.

Il n’en fallait pas plus pour que, quelques heures à peine saisisse l’occasion de cette fusillade pour annoncer au beau milieu de la plénière de l’Assemblée nationale.
Mais alors, à qui profitera cette jeune démocratie congolaise patiemment élaborée et que devraient protéger tous les Congolais épris de paix, jaloux de laisser à la postérité les fondements d’une tradition démocratique construite sur le sang de millions de concitoyens morts innocemment sur l’autel de l’intolérance politique ?

Clément Vidibio/MMC


(CV/DN/Yes)



Last edited: 12/11/2009 18:13:09

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