Pour stabiliser le cadre macroéconomique dominé par la dépréciation constante du franc congolais, le gouvernement, avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI), a adopté une série des mesures correctives. Désormais, le gouvernement va effectuer des dépenses uniquement sur base caisse.
M. Brian Ames, Chef du Département du FMI pour la région Afrique, a clos sa mission en République démocratique du Congo par un point de presse qu’il a tenu hier mardi au 5ème niveau de l’immeuble de l’Hôtel des Monnaies de la Banque centrale du Congo. Comme d’habitude, il était accompagné du Gouverneur de la Banque centrale du Congo et du Représentant résident du FMI en Rdc, à savoir, Jean-Claude Masangu Mulongo et Samir Jahjah. Ce point de presse qui avait quatre points importants à l’ordre du jour, avait comme objectif d’analyser le développement récent et ses implications sur le programme économique 2009, y compris les politiques macroéconomiques pour 2010.
Le moment était aussi indiqué pour enclencher les discussions sur le budget 2010, en même temps, analyser des questions relatives au démarrage du prochain programme formel.
Abordant le premier point à l’ordre du jour relatif à la dépréciation constante du franc congolais qui s’échange aujourd’hui à 913 Fc/1 dollar Us et de la variation du taux d’inflation depuis le mois d’août 2009, le FMI note que les causes ne sont pas imputable au dérapage au niveau des finances publiques.
« En réalité, il y avait un développement nouveau en 2009, en comparaison de trois années dernières, c’est-à-dire, le pays a connu une forte augmentation d’appuis budgétaires d’urgence de ses principaux bailleurs au développement, notamment la Banque mondiale, le FMI, la BAD, l’Union européenne, etc. ». Brian Ames cite aussi la question de coordination entre le Trésor public et la Banque centrale. Toutefois, il estime qu’avec leur appui, le gouvernement a pu adopter quelques mesures correctives.
Mesures correctives
Pour résorber la question de la dépréciation de la monnaie nationale, le gouvernement a adopté une série des mesures correctives qui ont été rendues publiques par Jean-Claude Masangu, gouverneur de la Banque centrale du Congo.
« Le gouvernement ne pourra dépenser que sur base caisse. C’est-à-dire, lorsque les recettes ne tombent pas, la BCC ne pourra pas payer », a indiqué le Gouv’ qui a par la suite ajouté qu’au lieu de faire chaque fois des analyses à la fin du mois, elles seront désormais faites de manière hebdomadaire pour aider la BCC à réajuster son taux d’intérêt.
D’après le Gouverneur, le volume des BTR est passé de 50 milliards des francs congolais à 75 milliards. Tout en ne négligeant pas les adjudications qui ont été réalisées jusqu’à concurrence de 55 millions de dollars Us, la BCC pense qu’il faut recourir plutôt à son instrument de prédilection, les BTR, afin de stabiliser le taux de change.
Le taux d’inflation de 45%
Pour le FMI, à cause de la dépréciation du taux de change et de l’augmentation du taux d’inflation, les prévisions pour 2009 ne peuvent pas être assurées. Ainsi, à la fin de l’année, il était prévu un taux d’inflation de 25%. Mais suite à la détérioration de la situation économique en août 2009, le taux d’inflation a été fixé entre 45 et 47% pour la fin de l’année.
Ainsi pour le FMI, le gouvernement doit réduire la pression sur le taux de change afin d’arriver sur une cible de 15% en 2010. Mais pour le reste de l’année 2009, le FMI estime que l’on doit assurer la mise en œuvre du programme exécuté par les services du Fonds jusqu’à fin décembre, d’une manière satisfaisante.
« On doit révisiter le niveau des engagements, le niveau des ressources disponibles pour s’assurer qu’il y a cohérence entre le niveau des engagements et celui des ressources disponibles », indique-t-on au FMI.
Le budget 2010 ne sera pas changé
C’est l’assurance donnée par Brian Ames qui a indiqué qu’en ce qui concerne le budget 2010, rien ne sera bougé en ce qui concerne la prévision des dépenses et des recettes. « Durant notre séjour, nous avons discuté de l’implication de la dépréciation de la monnaie et de l’augmentation du taux d’inflation sur le budget 2010, parce que les autorités ont présenté un budget qui n’a pas tenu compte de l’évolution actuelle de la situation », a indiqué Brian Ames, qui a précisé que les prévisions des dépenses et des recettes ne bougeront pas.
Le projet chinois désormais compatible
Brian Ames a expliqué à la presse la quintessence des aménagements opérés sur la convention sino congolaise. « On a levé la garantie sur le projet minier, ensuite, on a suspendu la 2ème phase du projet infrastructures et on a mis en place le taux d’intérêt de 4,4% au projet infrastructures », a-t-il souligné.
Avec cette évolution, le FMI a envoyé au gouvernement une lettre et deux analyses sur la viabilité de la dette ainsi que sur sa concessionnalité. Il a dit que le projet chinois est maintenant cohérent avec la viabilité de la dette et aura des impacts réels sur la croissance, les exportations et les recettes pendant les 20 et 30 ans à venir.
Cap vers le Conseil d’administration du FMI
Comme prochaine étape, c’est la réunion du Club de Paris qui interviendra le 18 novembre prochain. Ici, la Rdc aidée par le FMI devra solliciter des échéances financières pour honorer ses engagements. C’est par après que le dossier sera transmis au Conseil d’administration du FMI qui devra se prononcer d’ici décembre pour la signature d’un accord formel avec la République démocratique du Congo.
Vraisemblablement, le Club de Paris va rééchelonner la dette congolaise, ce qui permettra à la Rdc d’améliorer ses relations avec cette catégorie des bailleurs de fonds.
La Troïka s’implique
Tout juste après son point de presse et avant de prendre son avion pour Washington, Brian Ames et sa suite ont eu un entretien avec la Troïka, celle qui est au centre de toutes les mesures qui conduisent à la signature d’un programme formel avec le FMI.
La réunion de la Troïka était présidée par Athanase Matenda Kyelu, ministre des Finances, qui avait à ses cotés se collègue du Budget, le gouverneur de la BCC, ainsi qu’un grand nombre d’experts. Dans cette réunion, il était question pour la Rdc de rassurer le FMI de sa volonté à mener les réformes pour atteindre le point d’achèvement de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (IPPTE-R).
L’Avenir
(CL/PKF)