Pour beaucoup de mélomanes de nos jours, même le simple nom de ce virtuose de la guitare solo, en l’occurrence Fanfan ou Monse Fanfan, paraît étrange. Même son vrai nom, Monse Sengo Ferdinand, ne rappelle pas grand-chose à la jeunesse actuelle.

Pourtant, c’est ce même artiste qui, des années 60 à 70, a épostouflé les RD-congolais avec sa brillante et fructueuse carrière musicale à coté de celui que ses adulateurs appellent Grand Maître Luambo Franco.

Sans doute, estiment des analystes, que la méconnaissance de Fanfan auprès de la jeunesse actuelle pourrait trouver une explication dans le long voyage de l’artiste musicien pour le Royaume Uni où il séjourne avec sa famille depuis plus de trois décennies.

Comme bien de ses compatriotes férus du territoire d’Elisabeth II, Fanfan y est allé à partir de la Zambie via Lubumbashi. Le soliste relate ici, ses premiers instants dans ce métier et ses périodes de gloires.

Comme la plupart des jeunes, Fanfan a été attiré par de petits orchestres des rues, très répandues de nos jours. Inscrit à la Cultrana -ancienne école formant des artistes musiciens-, il en est sorti avec quelques connaissances sur la manière de jouer la guitare et bien d’autres instruments telle que comme la clarinette.

A ces apprentissages se sont ajoutés celles des notes musicales, à l’école de l’Armée du Salut où il a fait ses études secondaires.

Devenu guitariste accompagnateur en 1959, Fanfan s’est mis à fréquenter un orchestre professionnel: Micra Jazz où  a évolué Simaro Lutumba avant d’intégrer le groupe OK Jazz. C’est à l’occasion d’un recrutement organisé par Tanglet, chef de l’Orchestre Micra Jazz, que Fanfan a été pointé du doigt pour la relance du groupe après le départ de Simaro.

Une fois l’intégration effective, Micra Jazz se rend à Brazzaville pour 6 mois de soirées dansantes. Le chef d’orchestre, jonglant en même temps avec son travail à l’Institut géographique de Kinshasa, n’a pas pu combiner les deux activités. Le robinet s’est alors fermé du côté de Kongo bar, fournisseur des instruments des musique.

Peu de temps après, Fanfan revient à Kinshasa, où il commence à se produire dans la boîte de nuit Saint Hilaire de la Gombe, sous la conduite de son chef Castor, entre 1961 et 1962.

Lorsqu’il rencontre un certain Louis Garoua qui lui propose la création de l’orchestre Reeken Jazz sur fond d’une somme de 200 Francs, Fanfan accepte sans autre forme de procès et s’en va pour Boma.

Le groupe se crée en 1962 avec, en son sein, les chanteurs Hyppolite et Adjof, l’accompagnateur Wagon Bill, le percussionniste Dessouin, le bassiste Mayunga, etc., étant tous bien rémunérés. Et Fanfan, lui-même se fait chef d’orchestre.

Brillant à cette époque, le groupe Reeken Jazz remporte en 1964, le 1er Prix à l’issue d’un concours de musique organisé à Matadi par le gouverneur du Bas-Congo. Le groupe en a retiré des casiers de bière, des uniformes et un peu d’argent. C’était la grande fête à Boma.

Des spectacles

Reparti à Brazzaville, Fanfan y rencontre un xylophoniste antillais, Pierre Racin, avec qui il reste collaborer. Mais pas pour longtemps. Lorsqu’il décide de regagner Kinshasa, il réussit à se faire embaucher chez Crédit Banque.

En 1965, Do Faustin propose à Fanfan la création de l’orchestre Jazz Baron.  Il accepte et, à son tour, fait appel au chanteur Michelino Mavitiku, au bassiste Vicky, aux solistes Masasi, Marcello et Bamba.

Sam Mangwana et Ntesa Dalienst les ont rejoint plus tard. Avec Do Faustin comme manager, Jazz Baron arrêtait ses concerts, vers 8 heures du matin. Après un concert spectaculaire livré dans la commune de Ngiri-Ngiri. Le sponsor Denis Ilosono, ébahi, a offert à Fanfan une malle pleine d’habits et assez d’argent à titre de frais d’installation.

Après une tournée de 8 mois dans la province du Katanga, les orchestres Révolution et Négro Succès, voyagent pour Bruxelles, à charge de Denis Ilosono. Les deux formations ont ainsi procédé à l’enregistrement de leurs œuvres.

De retour à Kinshasa, l’orchestre Révolution se disloque après un mois seulement. Fanfan rentre au chômage. Pendant ce temps, il procède à des clandestins enregistrements avec quelques musiciens de O.K. Jazz.

Bienvenu dans OK Jazz

Présent au premier concert qu’offre OK Jazz chez Bienvenu dans OK Jazz chez Engels bar -aujourd’hui Un, Deux, Trois- dans la commune de Kasa-Vubu, Fanfan se fait apercevoir par Jean-Jean, homme de main de Luambo Informé, ce dernier ordonne que Fanfan soit jugé digne d’un double honneur avec, sur sa table, un contrat de travail dans le groupe OK Jazz. C’est ce qui fut fait. Le travail commence le jour suivant. Fanfan reçoit une Vespa en cadeau.

A chaque concert, il commençait le spectacle par des œuvres étrangères et Luambo n’intervenait qu’après deux rumbas jouées. Après la mort du soliste Siongo Bavon Marie-Marie de l’orchestre Negro Succès survenue en 1970, Luambo devrait oberserver le deuil pendant une année entière, sans aucune activité musicale.

Fanfan s’est vu alors confié une grande part des responsabilités. Mais, pour un problème mettant enjeu son honneur, il a jugé bon de démissionner.

Grâce à ses contacts réguliers avec des musiciens Anglais, Fanfan voyage à Londres où il rencontre Robin Scot avec qui il joue. Après leur séparation, Fanfan crée de nouveau un orchestre, avec des nouveaux musiciens.

Puis, il met sur pied l’orchestre Somo Somo, avec une chanteuse sud-africaine, Dorine. C’est en 1988 que fanfan deviendra membre affilié de Performance Right Society -PERS-, une société des droits d’auteurs à Londres. Il effectue plusieurs voyages en France, Belgique, Suisse, etc.

Un livre sur la musique RD-­congolaise

Fanfan séjourne actuellement à Kinshasa depuis plus de deux mois. Il a pour ambition d’écrire un livre sur la musique RD­-congolaise, axé plus sur la carrière musicale de Luambo Franco.

C’est dans ce cadre qu’il garde contact avec le guitariste Lutumba Simaro, apporter une contribution efficiente à ce travail. Depuis qu’il s’est installé à Londres et est devenu indépendant, Fanfan a déjà enregistré quelques albums dont la vente a généré beaucoup de recettes.

Si tout va mieux, Fanfan affirme que les vieux Brazzos et Simaro - tous anciens guitaristes accompagnateurs de O.K. Jazz­ pourraient voyager en Angleterre et en Amérique, pour y livrer une série de dix concerts aux rythmes mixes.

Zenga Ntu/AfricaNews


(Tkm/BT/PKF)