La Mission des Nations Unies au Congo a annoncé la suspension de son soutien aux FARDC, un lâchage inexcusable de la part de la Monuc au moment où la situation à l’intérieur du pays qu’elle assiste se détériore encore et requiert ainsi son appui fidèle et loyal
Sur le terrain au Kivu, on assiste à la résurgence des mouvements armés mercenaires comme la nouvelle rébellion qui s’est fait connaître sous le nom de Collectif pour la protection et la promotion du Congo (CPC) dont la naissance a été annoncée à Goma cette semaine. Une alliance hétéroclite qui rassemble le PARECO, le FAP, le CNDP et une constellation des Maï-Maï. Un attelage avec des allures d’un mélange de flibustiers et contrebandiers certainement frustrés par la perspective de paix qui met fin aux pillages auxquels ils s’adonnaient. Autre évolution de la situation sur le terrain, les Maï-Maï Yakutumba, à peine intégrés à l’armée régulière, et qui menacent de se retirer.
Au début de la semaine, précisément le 02 novembre, ces ex-rebelles se sont affrontés à Baraka, au Sud Kivu, avec la 12ème Brigade intégrée de l’armée régulière. Le bilan fait état de 7 morts et plusieurs blessés. Plusieurs sources ont signalé des pillages dans la localité. A en croire la Société civile de Baraka, ces combats ont paralysé la localité et créé la panique au sein de la population civile.
Des témoignages concordants accusent les Maï-Maï Yakutumba de commettre des tracasseries à l’endroit des populations civiles et d’avoir mis en place une organisation parallèle. L’opinion se souvient que les Maï-Maï Yakutumba avaient traîné les pieds avant d’accepter l’intégration au sein de l’armée régulière. Leur intégration n’a été effective qu’après négociations avec les responsables de l’opération Kimia 2 et les experts de la MONUC sur les conditions qu’ils avaient posées. Un groupe d’ex-Maï-Maï a attaqué dans la nuit de mardi à mercredi le Camp militaire d’intégration de Luberizi dans la plaine de Ruzizi au Sud-Kivu. Selon des témoignages, les assaillants ont pillé des maisons et boutiques, puis pris de force des civils comme porteurs de leurs butins.
Ce qui paraît curieux, c’est le fait que la MONUC choisisse précisément ce moment où la situation sécuritaire se dégrade pour retirer son soutien aux FARDC. La MONUC fonde sa décision tout simplement sur un rapport d’une ONG connue pour sa tendance à l’affabulation qui évoque des présomptions de crimes de guerres sur lesquels personne, à ce jour, ne dispose pas d’éléments probants. Sans même attendre les résultats de l’enquête mixte FARDC-MONUC, qu’elle avait elle même suggérée, l’ONG Human Rights Watch, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, presse la MONUC de retirer tout appui aux FARDC.
Fuite en avant
La décision de la MONUC n’est ni plus ni moins qu’une fuite en avant, une tentative maladroite de se blanchir en livrant en pâture les FARDC, bouc-émissaire sacrifié sur l’autel de l’image des Onusiens auprès des ONG ! La rupture de partenariat entre la MONUC et les FARDC n’est pas sans rappeler une autre mission de l’ONU, la MINUAR, la Mission des Nations Unies pour l’assistance au Rwanda. La MINUAR a été créée le 5 octobre 1993 par la Résolution 872 du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle s’est terminée le 8 mars 1996. Elle avait pour mandat, entre autres, de contribuer à assurer la sécurité de la ville de Kigali, superviser l’accord de cessez-le-feu, superviser les conditions de sécurité générale pendant la période terminale du mandat du gouvernement de transition. La suite est connue de tous, la MINUAR n’a su ni prévenir ni empêcher un génocide qui a fait près d’un million de morts et jeté sur le chemin de l’exil des millions d’autres. Un génocide au cours duquel d’inqualifiables atrocités ont été commises, des populations ont été décimées avec une férocité indescriptible. Quels sont alors les enseignements que les Nations Unies ont tirés du génocide rwandais si la MONUC refuse aujourd’hui d’accompagner la RD-Congo et son armée qui tentent, avec des moyens de bord, d’empêcher que ce genre de tragédies ne se reproduisent en RD-Congo.
Le manque manifeste de volonté de la MONUC pour soutenir les FARDC dans leur tentative de mettre fin aux activités terroristes suscite des interrogations. Faut-il comprendre que les Nations Unies ne sont plus en mesure de venir en aide aux RD-Congolais ? Les Nations Unies sont-elles incapables de comprendre la nature réelle des évènements à l’Est et décider des actions nécessaires ? La MONUC ne sous-estime-t-elle pas la montée des mouvements terroristes prédateurs et irrédentistes dans le Kivu ?
L’ONU ne doit pas revenir sur des erreurs qui ont conduit l’échec de sa mission au Rwanda. C’est le moment pour la MONUC d’adapter son action aux exigences de la situation sur le terrain au lieu de succomber aux sirènes d’une ONG dont les motivations sont pour le moins suspectes. Si les Nations Unies veulent tenir leurs engagements en RD-Congo, la MONUC doit, plus que jamais, aider les FARDC à mettre hors d’état de nuire tous les fauteurs de troubles. C’est l’engagement de la MONUC aux côtés des FARDC qui témoignera de la volonté des Nations Unies d’apporter toute sa contribution au rétablissement de la paix en RD-Congo. En tout cas, 15 ans après le génocide rwandais, un retrait de soutien de la MONUC aux FARDC ne saurait ni être justifié, ni être excusé.
Et si malgré tout, la MONUC décide d’arrêter son soutien, cela viendra confirmer l’opinion de tous ceux qui sont convaincus de la volonté des puissances qui ont la haute main sur cette organisation mondiale, de balkaniser la RD-Congo, Au lieu d’aider les RD-Congolais à stabiliser leur pays, la tendance est visiblement à maintenir la RD-Congo dans l’instabilité et, à la longue, la pousser à la désintégration. Dommage que les Nations Unies se prêtent, même involontairement, à ce jeu dangereux.
Tino Mabanda/AfricaNews
(DN/Ern./Yes)