Trois années après l’installation effective des institutions démocratiquement élues par le peuple, la République démocratique du Congo peut se permettre de faire une évaluation du chemin parcouru depuis le début du processus démocratique. L’examen minutieux de la démocratisation du pays pousse globalement à l’optimisme. Ce constat positif s’explique d’abord par le fait que la quasi-totalité des institutions politiques prévues par la Constitution du 16 février 2006 fonctionne normalement.

Outre le pouvoir judiciaire, qui est à l’attente du vote de certaines lois pour parfaire sa nouvelle configuration, on peut grosso modo constater que la nouvelle dynamique du pays est en marche. Les deux chambres du Parlement composant le pouvoir législatif jouent merveilleusement leur rôle et participent à l’ancrage démocratique du pays.


S’il nous faut aussi fustiger le retard pris dans la mise en place de certaines réformes constitutionnellement garanties dont la mise en place effective des 26 nouvelles provinces ainsi que certains problèmes liés à l’apprentissage démocratique, on doit reconnaître que la machine démocratique du pays est plus que jamais lancée.

Mais certains observateurs de la vie politique de la Rdc sont inquiets de l’avenir de la démocratie en République démocratique du Congo à cause de la faiblesse de l’opposition politique. En effet, symbole de l’existence d’une société démocratique, l’opposition, par sa liberté d’expression et par sa capacité à proposer des solutions alternatives au pouvoir, est une nécessité démocratique. Malheureusement, l’état de santé moribond de l’opposition congolaise met en péril cette belle œuvre approuvée par le peuple congolais.

En effet les divisions, les incohérences et le déficit de culture démocratique de cette composante majeure d’une société démocratique sont en passe d’étouffer cette formidable force qu’est l’opposition politique dans une démocratie. Chose curieuse, l’autodestruction de l’opposition en Rdc se fait sans que le pouvoir en place ne soit impliqué comme cela est souvent le cas en Afrique. L’opposition politique congolaise détient le secret d’être la seule force politique en Afrique et dans le monde, capable de s’autodétruire avec autant d’envie, d’énergie et d’intelligence ; se souciant  fort peu de son avenir collectif en tant que force alternative au pouvoir.

Les erreurs de l’opposition congolaise sont légion. Premièrement, on doit citer son incapacité à s’organiser. Alors que le député Mlc Delly Sessanga avait eu l’ingénieuse idée de concevoir une loi fixant le statut de l’opposition politique en Rdc, on est fort étonné de constater que plusieurs mois après, l’opposition congolaise ne fournit aucun effort pour s’en approprier les acquis. Les opposants ont même oublié l’existence de cette loi. Ils continuent à pleurnicher matin et soir alors qu’ils sont les rares opposants au monde à disposer d’une loi qui fixe et défend leurs droits dans une démocratie. A deux ans de la fin de la législature, aucun opposant ne pose la question de la désignation du Porte parole de l’opposition ni celle de la mise en place des organes devant régir l’opposition au Congo.

Deuxièmement, l’opposition congolaise ne parle pas le même langage. Dans bien des cas, les opposants préfèrent évoluer en solo, se présentant en ordre dispersé dans des batailles où l’unité était une condition de victoire. L’égoïsme s’accentue lorsque les intérêts lucratifs sont en jeu. Et dans chaque cas, ils n’ont récolté que défaite et désillusion. Echec cuisant lors du renouvellement du bureau de l’Assemblée nationale, défaite lors de l’élection des gouverneurs de Kinshasa et du Bas-Congo, rejet de sa motion contre le Premier ministre à cause d’une erreur de débutant. L’échec semble tout aussi programmé à l’Equateur où elle se présente en ordre dispersé à l’élection du gouverneur de cette province.

Troisièmement, et c’est le comble, des luttes fratricides sans merci sont maintenant enregistrées dans son camp. Ces guéguerres sont à l’origine de la perte de vitesse de l’opposition congolaise. L’inimitié déclarée au Mlc entre François Mwamba et José Makila a coûté à ce dernier le poste de gouverneur de l’Equateur dans la mesure où son parti, animé par des gens qui lui sont hostiles, n’a rien fait pour défendre son poste alors qu’il était en difficulté. Le Mlc se contentant de prendre acte. Le même François Mwamba fait maintenant l’objet d’une vraie chasse à l’homme au Mlc. Il semble, selon ses dires, que ses adversaires seraient allés au-delà d’une simple lutte politique et qu’ils en voudraient à sa vie.

Au sein de deux groupes parlementaires sur les trois présents à l’Assemblée nationale, à savoir l’Odr et le Cd, des vives contestations sont enregistrées entre membres. Attisées par des suspicions  mutuelles, les conflits sont de plus en plus nombreux. Les membres s’entredéchirent pour des raisons aussi vraisemblables qu’imaginaires. Accointances avec la majorité, corruption des dirigeants des groupes, mauvaise gestion, favoritisme, népotisme, etc.

Toutes ces erreurs combinées affaiblissent l’opposition. Dès lors, on ne peut s’étonner de constater la prépondérance de la majorité dans le débat politique en Rdc. La nature ayant horreur du vide, celui-ci est vite comblé par ceux qui sont présents. Le grand avantage de la majorité au pouvoir en Rdc reste la force de son autorité morale qui n’est autre que Joseph Kabila. Le Chef de l’Etat est le véritable symbole de l’unité de la majorité, laquelle joue normalement son rôle dans une démocratie. L’opinion nationale doit ainsi comprendre que chaque camp, en démocratie, a un rôle à jouer. Et si un camp n’est plus en mesure de jouer son rôle, c’est l’avenir de la démocratie qui est en péril. En Rdc, le pouvoir n’attend que l’opposition pour consolider la démocratie. A elle de s’assumer.

Charles Mukonkole/La République


(TH/DN/GW/PKF)