bembaResté vacant depuis l’éviction par voie judiciaire de José Makila Sumanda, le poste de gouverneur de la province de l’Equateur fait les gros titres de la presse à deux semaines de l’élection prévue pour y pourvoir. Alors que la Commission électorale indépendante a fixé au 29 octobre la date limite de la présentation des candidatures aux postes, respectivement de gouverneur et de vice-gouverneur de cette province, et celle du 13 novembre pour les élections, cinq candidatures se sont manifestées, ayant comme particularité d’être présentées par des individualités plutôt que par des partis politiques. Une particularité qui ne fâche nullement les dispositions constitutionnelles qui disposent que les candidatures peuvent être posées aussi bien par des individus que par des organisations politiques.

Seulement voilà : quatre des cinq candidatures émanent des membres du Mouvement de libération du Congo (MLC), le parti de l’ancien vice-Président de la République Jean-Pierre Bemba, aujourd’hui incarcéré à La Haye en attendant l’ouverture de son procès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Ainsi que d’aucuns peuvent le constater, ces candidatures en solitaires donnent l’impression que le MLC se présente à ces importantes échéances électorales en ordre dispersé, et que, conséquence à redouter pour ce parti, ses chances de victoire pourraient être largement compromises au regard de l’importance des enjeux qui se présentent en filigrane.

Grand maître des céans assurant l’intérim du « chairman » empêché – pour longtemps semble-t-il - François Mwamba, Secrétaire général du MLC, n’en attendait pas plus pour prendre le taureau par les cornes et  donner la mesure de ses ambitions pour le leadership du parti. Et pan ! Il a saisi les cours et tribunaux pour solliciter l’invalidation de ces candidatures, sans proposer un candidat crédible jouissant de l’adhésion unanime du plus grand nombre de membres. La Cour d’appel l’a débouté dans sa démarche, à la grande satisfaction des « Quatre » mousquetaires, ce que les observateurs des questions « melciennes » n’ont pas tardé à assimiler à une ouverture de crise ouverte au sein du MLC.

Les caciques du MLC ressortissants de l’Equateur accusent F. Mwamba de ne s’être pas impliqué à fond dans cette histoire au point de valoir au parti un verdict qui risque d’être prémonitoire quant à l’incertitude qui plane sur les résultats de ces scrutins dont l’enjeu est capital sur la géostratégie politique nationale. Tant il est vrai que si le MLC perd l’Equateur, il perdra de ce fait l’unique province dont il détient les rênes politiques. Et, tout naturellement, de là à dire que la faute en incombera à F. Mwamba, il n’y a plus qu’un pas.

Il est de bon ton de relever que depuis l’effacement du « chairman » de la scène politique active, les Equatoriens ne tiennent vraiment pas François Mwamba en odeur de sainteté, loin s’en faut, et ce n’est pas l’intéressé qui est le dernier à ne pas le savoir.

mwambaJP Bemba « neutralisé », plus d’un membre du parti a pensé que son défunt père serait son successeur charismatique tout indiqué. Il devrait alors prendre la direction du parti laissé sans timonier, en même temps qu’il piloterait avec succès l’élection du nouveau gouverneur de l’Equateur. Hélas, le destin en a disposé autrement, Jeannot Bemba a passé l’arme à gauche, laissant de ce fait à François Mwamba les coudées franches pour trôner à la tête du parti. Au grand dam des Equatoriens bon sang et bon teint ! Comme si leur province manquait de personnalités à même de conduire leurs destinées selon les vues du MLC.
 
Aussi beaucoup d’entre les politiques Equatoriens pensent que José Makila, le très fraîchement gouverneur débarqué de ses fonctions à la suite de démêlés judiciaires qui ont une résonance de concussion, est l’homme qu’il leur faut pour les arracher à l’impression d’être des éternels orphelins après la mise au vert de JPB.

Homme du Nord-Ubangi et donc membre du clan Bemba, si José Makila dispose de tous les atouts pour briguer la succession de ce dernier, il n’en a malheureusement plus pour revenir au gouvernorat de la province, puisqu’il en a été disqualifié par la Cour suprême de justice au terme de l’arrêt qui l’a défénestré à la tête de ce poste. D’où, dit-on, il rumine de prendre la tête du MLC !

De tout ce qui précède, certaines sources concordantes affirment qu’on assiste actuellement à une étape de plus dans la lutte pour l’affirmation du leadership au sein de ce parti. Les Equatoriens revendiquent ce titre pour eux et ils entendent l’arracher à François Mwamba, aujourd’hui plus que jamais. La tournée que ce dernier avait effectué dans les deux Kasaï au mois d’août dernier, et qui avait ressemblé à un plébiscite de l’intéressé, n’a pas été du goût de ressasser les ressentiments qu’ils nourrissent à son égard. Si bien que le revers subi par sa démarche en invalidation des candidatures de Bolenge, Bongongo, Baende et Engbanda a rejailli sur le MLC comme un camouflet annonciateur d’une débâcle électorale avant terme. Gare donc à François Mwamba au cas où les choses tourneraient au vinaigre à la suite de ces élections !

L’intéressé n’aurait sûrement pas manqué d’entendre des mises en garde dans ce sens au cas où… Les grosses manchettes des journaux parus à Kinshasa ce lundi 2 novembre 2009 qui font état des « menaces de mort » qui seraient proférées à son encontre constituent, constate le quotidien « Le Potentiel », « un véritable signal d’alarme ». Ledit quotidien a encore souligné que cette situation « a réveillé les vieux démons et ténors du régionalisme et du tribalisme ».

Si « Le Potentiel » a raison de craindre le retour dans les mœurs politiques congolaises des « vieux démons et ténors du régionalisme et du tribalisme », il aurait été moins partisan s’il avait décrié cette même propension du côté des députés nationaux des deux provinces du Kasaï, lesquels ont pris faits et cause de leur congénère Fr. Mwamba face à la résurgence de l’hydre de l’intolérance. Nous voici donc sans conteste face à deux démonstrations de tribalisme opposant entre eux les Equatoriens aux Kasaïens dans un enjeu pour l’affirmation du leadership au sein d’un parti, le MLC.

makilaLes premiers estiment en effet que l’homme de Kabeya Kamwanga n’a pas suffisamment d’aura pour mener à bien les destinées de ce parti qu’ils considèrent comme leur patrimoine ancestral. Ils ont provoqué par retour de la manivelle ce réflexe de porc-épic de la part des élus kasaïens qui, à leur tour, « mettent en garde tout individu ou groupe d’individus qui serait tenté de porter atteinte à l’intégrité physique de François Mwamba, et qui dans ce cas s’exposerait à notre vive réaction par toute voie appropriée »! Une dangereuse et inadmissible escalade dont les deux parties peuvent bien se passer.

Ce n’est pas encore la guerre ouverte, certes, car même si la contre-menace est signée par des gens connus, la menace elle n’a pas d’auteur nommément désigné. Mais en l’absence des auteurs des menaces de mort proférées à l’endroit du secrétaire général du MLC, les députés des deux Kasaï ont cru raisonnable de s’adresser et d’exiger à toutes fins utiles « au MLC et à son autorité morale une position sans ambiguïté et des garanties de sécurité pour son secrétaire général ». Drôle de retournement de situation au sein de cette classe politique congolaise plus que jamais engoncée dans ses tares congénitales d’intolérance et de tribalisme !

L’Alliance de la Majorité présidentielle (AMP) qui a pris le parti de ne pas aligner de candidats à ces élections a pour sa part le beau rôle de jouer à l’attentisme. Aussi, a-t-elle appelé toutes les parties en cause « à la tolérance, gage du respect des principes démocratiques fondamentaux », tout en invitant « les députés provinciaux de l’Equateur à se surpasser pour ne regarder que l’intérêt général de la province ainsi que le bien-être de sa population ». Cet extrait provient du communiqué que l’AMP a diffusé le 29 octobre 2009, quelques heures avant que ne soit proférée menace de mort contre François Mwamba.

Ce communiqué qui a l’avantage d’être une exhortation à toutes les parties en cause « à la concertation, à l’esprit d’équipe et l’union dans l’action qui sont les principes de base à l’honneur dans la famille politique présidentielle » devait pouvoir tempérer les ardeurs belliqueuses chez les uns et chez les autres, et renouer les fils de la tolérance rompus de part et d’autre. Car à l’heure où le peuple congolais dans son entièreté est plus que déterminé à tourner le dos aux guerres tribales afin de se lancer dans la bataille du développement en vue de conquérir le bien-être individuel et la prospérité nationale, il est mal indiqué que des élus du peuple soient mal inspirés pour relancer le spectre lancinant des hostilités pour résoudre des divergences politiques.

Clément Vidibio/MMC


(CV/DN/Yes)