La disqualification des candidats Mlc concourant en ordre dispersé à l’élection prochaine du gouverneur de l’Equateur a été mal digérée au sein du parti où l’on s’est permis d’imputer cette défaite à une trahison des leaders François Mwamba et Thomas Luhaka
Les langues commencent à se délier au sein du Mlc. Ce qui se disait tout bas hier, a tendance à devenir un débat public. Sauf revirement de dernière minute des accusateurs, les secrétaires général et exécutif du parti cher à Bemba vont devoir passer à la barre. Les contre performances s’accumulent à ce point au parti ces derniers temps, que les plus avisés commencent à se demander pour qui roulent les deux premières personnalités de leur formation politique.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase: le revers judiciaire subi par le parti à l’Equateur. Le recours en invalidation contre les candidatures de Vincent Mokako, de Gabriel Bolenge Boponde et de Michel Bongongo Ikoli a été rejeté par la Cour d’Appel de Mbandaka. Ce qui fait le plus mal au Mlc, ce n’est pas ce rejet. C’est plutôt sa cause. Pour juste un vice de procédure, le parti a gaspillé une occasion en or en vue de la reconquête du gouvernorat de l’Equateur.
Que l’on sache, le Mlc regorge d’éminents juristes. Jusqu’au sommet du parti on les retrouve. Thomas Luhaka, pour ne pas le citer, en fait éminemment partie. Il est donc inconcevable et partant inacceptable que le Mlc ait mordu la poussière devant la Cour d’Appel de Mbandaka à cause d’une simple question de forme. En matière de justice, les vices de forme sont souvent l’apanage des néophytes. Particulièrement lorsqu’il, s’agit des motifs pour lesquels le parti phare de l’opposition constitutionnelle a été recalé.
Il s’agit du manque de production de l’arrêté de création du Mlc comme parti politique ainsi que de l’absence de la procuration autorisant les personnes qui ont engagé le parti auprès de la Cour d’Appel de Mbandaka. S’il s’était agi d’une question de fond, François Mwamba et Thomas Luhaka auraient été dédouanés sans frais. Mais pour des questions aussi banales et primaires, qui sont censées tomber sous le bon sens du premier juriste venu, les deux personnalités ne sauraient trouver aucune justification. Au Mlc on se demande comment une négligence aussi coupable a-t-elle pu se glisser.
Déposer une requête auprès de la justice sans au préalable prouver sa qualité comme la base juridique qui sous-tend l’action, relève d’un exercice hautement irresponsable et périlleux. Surtout dans le cas d’un groupe bénéficiant de l’une des meilleures expertises en matière de droit. Réduit à la dimension du football, le crime reviendrait à engager dans un match comptant pour la finale, une équipe non répertoriée par la Fécofa, la Caf ou la Fifa.
Balbutiements
Ainsi quel que soit l’angle où l’on analyse la gestion, F. Mwamba et Luhaka sont impardonnables, s’est exclamé un militant de la Lukunga dépité et au bout de la révolte. En dépit de leur balbutiement sur la prétendue assurance de la victoire dans la course au fauteuil provincial à l’Equateur, ils ne savent nullement se décharger d’un procès de légèreté coupable, pour ne pas dire de trahison. Ces propos incisifs sont ceux d’un jeune cadre de la fédération de Kinshasa.
François Mwamba et Luhaka savent avec pertinence que l’Equateur reste le dernier bastion de l’opposition constitutionnelle, a tranché un autre sympathisant du Mlc. En face, constate-t-on au sein de cette formation politique, l’Amp fait feu de tout bois pour débouter l’opposition de son fief naturel. Comment avec tous ces éléments, à propos desquels d’ailleurs ils possèdent plus de précision que quiconque au parti, les deux hautes personnalités n’ont pas regardé à deux fois avant d’ester en justice?
Si à l’Assemblée nationale la sanction a été rude pour l’opposition, parce qu’elle était parti en ordre dispersé, comment peut-il en aller autrement à l’Equateur où le même syndrome est revenu, s’interroge-t-on au niveau de la base. Mwamba et Luhaka ne saurait tromper personne au parti où des sources signalent qu’un profond malaise gangrène le sommet.
A cause de ce malaise d’ailleurs, José Makila menace de claquer la porte, il semble que l’on a pas voulu tenir compte de ses orientations « éclairées » sur la candidature à retenir au compte du parti. L’élu le plus populaire de l’Equateur et le deuxième fleuron électoral des législatives de 2006 après Moïse Katumbi, José Makila a au moins la présomption de mieux connaître sa province que quiconque au parti. Malheureusement la hiérarchie a préféré passer outre ses recommandations. La suite tout le monde la connaît.
Bemba poignardé
Quand au sommet d’une organisation, les principaux animateurs posent des actes de très grande légèreté, il n’y a jamais trente six façons de qualifier cela. C’est purement et simplement de la haute trahison, conclut-on dans les milieux des hauts cadres ressortissants de l’Equateur. « Parleur crime contre le parti et son président, Mwamba et Luhaka ont fait une passe en or à l’Amp Jean-Claude Baende », a fait savoir un de ces hauts cadres.
Pour lui, c’est Bemba qui est poignardé dans le dos. Après la rude épreuve qu’il subit à la Haye, a-t-il poursuivi, c’est le moins que l’on pouvait lui infliger. Pourtant celui-ci s’entretient régulièrement au téléphone, chaque fois que l’occasion lui en est offerte, avec les deux secrétaires du parti. Chaque jour, ces derniers le rassurent de leur loyauté ainsi que de leur indéfectible attachement. Mais à l’épreuve du temps et des faits, il est permis d’en douter très sérieusement, conclut ce haut cadre de l’Equateur.
Au bout du compte, l’idéal serait qu’un miracle se produise et que le parti l’emporte le 13 novembre prochain. Dans ce cas, rassure-t-on, au niveau de la base, il revient à nos « deux prestidigitateurs » de croiser les doigts pour leur candidat. Mais quelle que soit l’issue de la partie, une certaine opinion, plus extrémiste que d’autres, crie sur tous les toits: exit François Mwamba et Thomas Luhaka ! Avant qu’il ne soit trop tard... Le torchon brûle dangereusement au parti de l’ancien vice-Président de la République en charge de l’Ecofin.
Non aux affabulations…
D’une certaine manière, on peut comprendre la déception qui a gagné quelques caciques du Mlc après le revers subi par le parti à la plus haute juridiction de l’Equateur. Mais, dans la vie, il faut savoir mettre de l’eau dans son vin et éviter des affabulations.
Par exemple, une négligence ne peut à elle seule, éponger tous les sacrifices et privations consentis par le tandem Mwamba-Luhaka pour que le Mlc ne disparaisse pas après l’arrestation de son leader. Et ce, dans un contexte qui avait poussé plus d’un à laisser tomber les bras.
Le Palmarès
(DN/TH/GW/Yes)