Entre la paix et le respect des droits de l’homme « le cœur »de L’ONU et l’union européenne, pour ne pas dire la communauté internationale balance. Que faut-il réellement privilégier en premier lieu ? Les approches divergent entre Kinshasa d’un côté New York et Bruxelles, de l’autre.

La position exprimée par le gouvernement de Kinshasa d’accorder priorité à la paix, ensuite brandir la sanction, cas Bosco Ntaganda, le rapport sur les droits de l’homme du Rapporteur spé­cial de l’ONU sur les exécutions extra-judiciaires com­mises tant par les groupes armés étrangers (FDLR, LRA) que par les FARDC, et la recommandation de la Commission européenne enjoignant le gouvernement de Kinshasa à « punir sans exception les auteurs des exactions » démontrent la suffisance le fossé qui sépare les différentes parties.

Une situation qui risque de porter un coup dur au processus de paix, de sécu­rité et de développement en République démocrati­que du Congo.

Le Congo-Kinshasa n’est pas  encore sorti de l’auberge. Bien au contraire, l’on à l’impres­sion de repartir vers une « nouvelle  aventure » susceptible de porter un coup dur aux efforts de paix de sécurité et de dévelop­pement de la RDC.

Comme si l’on tient absolument à « affaiblir » le Congo avant de porter l’estocade. Sinon, comment ex­pliquer tous ces événements au moment où le Congo a besoin du soutien de tous les partenaires pour asseoir une paix réelle, soubassement de tout développe­ment durable.

Pas plus tard qu’il y a quel­ques mois, la conclusion d’un nouvel accord entre la RDC et le FMI était suspendue aux « Contrats chinois ». La signa­ture d’un nouveau programme, économique avec les institutions de Bretton Woods, est conditionnée par la révisitation de la « Convention sino-congolaise ». Aujourd’hui, la réunion du Club de Paris qui doit permet­tre à la RDC d’accéder aux fa­cilités élargies, de prétendre à l’effacement de la dette exté­rieure, est tributaire de la signa­ture des avenants chinois.

Comme si cela ne suffit pas, des pressions sont mainte­nant exercées sur la RDC au plan politique. Précisément sur le respect des Droits de l’homme. Philip Alston, Rapporteur spécial de l’ONU dans ce domaine pré­cis a séjourné dernièrement en République démocratique du Congo. Non pas pour féliciter Kinshasa d’avoir réussit de nom­breux progrès sur la liberté d’expression, le respect des droits, mais d’exprimer toute l’indigna­tion de la Communauté internationale sur les violations multiples et répétées des droits de l’homme. Des exécutions extrajudiciaires sont commi­ses non pas seulement par les groupes rebelles étrangers FLDR et LRA, mais également par les FARDC.

Graves accu­sations qui avaient, été brandies auparavant par quelque ONG internationales. A cette époque, le porte-parole du gouvernement congolais n’avait pas manqué d’opposer un démenti formel de­vant cette campagne d’intoxi­cation  destinée à saper le mo­ral des troupes congolaises.

L’Union européenne vient d’enfourcher la trompette pour abonder dans le même sens que l’ONU. Elle exige de Kinshasa de « sanctionner  sans exception  tous les auteurs des exactions ». Bien plus, dans son com­muniqué de presse publié à l’is­sue de ses travaux en ce début de semaine, le Conseil de l’Union européenne « réaffirme qu’il soutient pleinement les activités de la Cour pénale internationale, CPI, dans la région et demande au gouvernement de la RDC de coopérer avec la Cour s’agissant notamment de l’arrestation et du transfert de Bosco Ntaganda à la CPI ».

Le Conseil de l’Union européenne, dans un autre cha­pitre, « demande instamment aux autorités congolaises d’or­ganiser les élections locales et d’en garantir le financement, comme elles s’y sont engagées. L’UE est disposée à poursui­vre son soutien au processus électoral. Les problèmes de gouvernance, de manque de transparence et des violations des droits civils et politiques font gravement obstacle au processus de démocratisation et les autorités ne  doivent y remédier ». Une injonction.

Comme à l’époque de Mobutu  et de LD Kabila

Les choses semblent se présenter comme s’il se prépa­rerait quelque chose contre la RDC. En fait, l’on serait incomplet si l’on ne relève pas ces  «  expulsions ou retours massifs, c’est selon, des Congolais des pays limitrophes. À ce sujet, une ONG internationale a de­mandé à la RDC et au Burundi « d’arrêter » d’expulser les res­sortissants étrangers et tout devrait se faire sous le signe du «  volontariat ». Quelques jours après, au sommet de Kampala, une convention  venaient d’être adopté portant sur la protection des réfugiés et des déplacés.

Cette convention, encore aux contours flous, pourrait affecter les opérations « KIMIA II et RUDIA » eu égard à cette  « mauvaise publicité » autour de leurs résultats. Ce qui se traduirait par l’arrêt de ces opéra­tions et le maintien des réfugiés rwandais et ougandais en RDC. Allez-y comprendre quelque chose.

D’autre part, des observa­teurs de la politique congolaise interprètent la visite du Rappor­teur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme comme « un ultimatum » aux autorités congolaises. De prime abord, Kins­hasa n’a pas encore donné son aval pour la nomination d’un représentant de l’ONU sur les droits de l’homme en RDC. Un «  affront » que New York digère mal. Ensuite, La Lutte contre l’impunité et la Tolérance zéro étant « sélective », donc sans efficacité, selon eux, la Communauté internationale estime que Kins­hasa ne fait pas preuve de vo­lonté politique.

Enfin, violations de bonnes gouvernances. Ce sont des conditions « impératives » des pays occidentaux, pour ne pas dire seulement européens afin d’ac­céder aux facilités élargies des institutions financières internatio­nales. La signature du nouveau programme économique avec la RDC doit répondre à ces deux critères. L’Union européenne n’a pas dérogé à cette règle ni chan­ger d’un iota sa position. Elle vient de l’exprimer clairement à Kins­hasa à travers ce communiqué du Conseil de l’Union euro­péenne sur la région des Grands Lacs.

Violations des droits de l’homme : les régimes précédents en savaient quelque chose. Pas question de faire preuve de surdité et de cécités politiques dont seules sont capables des « nains politiques ». Le décor serait-il planté ? Comment alors expliquer ce « choix subtile de l’Union européenne qui privilégie les « droits de l’homme » à la paix pendant que Kinshasa propose la démarche contraire ? La Communauté internationale serait-elle déçue par l’attitude des autorités congolaises devant le manque de volonté politique ?

L’on ne saurait clore les propos de ce jour sans faire allu­sion aux « Contrats miniers » soumis au processus de ré visitation. Qui dit contrats miniers sous-entendent des multinationales qui ont un mot à dire dans les politiques étrangères des pays les plus industrialisés, les grands bailleurs de fonds, des organisa­tions internationales comme l’ONU et l’Union européenne. La pression ou la menace, c’est selon, viendrait-elle des multina­tionales ? Pourquoi le Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme a-t-il exhorté la communauté internationale dans son rapport d’agir vite peut évi­ter « une nouvelle effusion du sang dans certaines régions du pays ? ». Ces  interrogations sont pertinentes.

Le Potentiel


(Milor/DN/GW/PKF)