Qu’est-ce qui se passe à l’Est de la Rdc ? Au niveau national, ce dossier étant devenu un fond de commerce pour certains, il est difficile d’entendre des avis objectifs. La Société civile sort ses griffes au moment où l’on l’attendait le moins. C’est le paradoxe. Lorsque les rebelles du Cndp et autres groupes armés semaient la loi à l’Est du pays, société civile et Ong se terraient comme des rats.

Maintenant que l’on peut parler d’un retour progressif au calme, c’est en ce moment que la société civile s’agite avec comme objectif à atteindre, démontrer que rien n’est fait. Et pourtant, chaque jour qui passe, les personnalités du monde qui passent par l’Est remarquent un progrès notable. Hier c’était à l’Onu et au Secrétaire d’Etat américain adjoint de signaler des progrès réalisés.

Aujourd’hui c’est le tour du conseil de l’Union européenne de se féliciter des progrès accomplis vers la stabilisation dans la région des Grands Lacs africains.

Le Conseil de l’Ue se dit cependant être profondément préoccupé par la situation humanitaire dans l’Est de la Rdc. Pour le Conseil de l’Ue, ce progrès est dû au renforcement des relations diplomatiques entre la Rdc et le Rwanda. En termes clairs, même si d’aucuns refusent de le dire clairement, on doit ce progrès aux efforts diplomatiques du gouvernement Muzito sous la houlette de Joseph Kabila. Ce constat de progrès notable à l’Est de la Rdc, est une des conclusions de la 297ième session du Conseil de l’Ue tenue le 27 octobre au Luxembourg.

Le doute européen

L’Ue revient à la langue de bois qui avait fait qu’on ne savait pas qui faisait quoi à l’Est de la Rdc. Bien plus on ne savait pas qui était la victime et qui était le bourreau. Ce comportement avait fait croire au bourreau qu’il était dans son droit de déstabiliser la Rdc parce qu’il était reconnu dans ce droit par la communauté internationale. L’Union européenne émet le souhait de voir le Rwanda et la Rdc de respecter les accords de Nairobi, de Goma et d’Ihusi qui sont un gage de la consolidation de la paix et la stabilité dans l’Est de la Rdc.

Pour interpeller la Rdc ?

La Rdc, à moins de démontrer le contraire, n’a jamais violé quoi que ce soit. Le Rwanda l’accusait d’héberger et d’entretenir les Fdlr. L’Ue était bien placée pour dire à Kigali que les Fdlr étaient en Rdc par la volonté de ce qu’on appelle la Communauté internationale. L’Ue sait que plus d’une fois le gouvernement congolais avait demandé à la communauté internationale, par la volonté de laquelle les Fdlr étaient entrées en Rdc avec armes et munitions, de les déplacer pour les éloigner de la frontière. Il n’y avait pas meilleure intention pour le gouvernement congolais que cette demande incessante jamais prise en compte par cette communauté internationale.

Le Rwanda a fait de la présence des Fdlr en Rdc, une raison de faire la guerre à ce pays. L’Ue et les autres se sont tus. Ils ne pouvaient condamner le Rwanda afin de ne pas recevoir à la face la même condamnation. Il avait fallu que les deux pays, le Rwanda et la Rdc comprennent qu’ils étaient le dindon de la farce et brisent la glace. Il n’est pas acceptable qu’on réécoute ce discours de culpabilisation cotonneuse, voire hypocrite.

Caisse de résonance des Ong

Tout ce que l’Ue fait, c’est reprendre un certain discours de certaines Ong, toujours dans le cadre de cette mortelle politique de vouloir couper la poire en deux en renvoyant dos à dos Rdc et ceux qui sapent son honneur. Le Conseil de l’Ue se dit indigné par « les atrocités dirigées contre les populations civiles locales par les forces en conflits (FDLR, LRA, ainsi que quelques éléments FARDC) ». Cette façon de loger armée nationale et tueurs étrangers à la même enseigne est inacceptable. On n’avait jamais rien nié le fait qu’il pouvait arriver aux éléments isolés des Fardc de commettre des bévues. De même les armées américaines et autres commettent des bévues en Irak ou en Afghanistan. On n’a jamais logé armées occidentales et talibans par exemple, à la même enseigne. Pourquoi ne peut-on pas afficher le même comportement face à l’armée nationale congolaise ?

Condamner les crimes

Le conseil souhaite que les auteurs des crimes odieux qui continuent à être enregistrés soient poursuivis par la justice. Pour les éléments isolés des Fardc, la justice n’est plus au niveau de vœu. Des procès ont lieu et des coupables reconnus sont condamnés. On n’a pas besoin que le Conseil de l’Ue en fasse son refrain. On savait que ce discours n’est qu’un prélude. On savait que le Conseil était en voie d’enfourcher le cheval de bataille de certaines Ong pour demander la livraison de Bosco Ntaganda. Dans une de ses conclusions, le Conseil demande au gouvernement congolais de coopérer avec la Cour pénale internationale en ce qui concerne l’arrestation et le transfert de Bosco Ntanganda.

Voilà que l’Ue se met en position de demander à la Rdc de retirer ce qu’on peut considérer comme une soupape de sécurité. Le Conseil ne se pose aucune question sur les conséquences de l’arrestation de Bosco Ntaganda par le temps qui court. Pour lui, la parade judiciaire vaut mieux que la sécurité à l’Est de la Rdc. C’est hypocrite, voire mesquin de sa part. On ne peut pas d’une part constater le progrès et d’autre part demander de supprimer l’une d’importantes causes de ce progrès. On ne peut pas en plus déplorer les attaques et d’autre part chercher à créer une autre cause pouvant donner à certains le prétexte de reprendre les armes. Il est clair que le Conseil de l’Ue est à la recherche de la petite bête.

Ignorant les raisons, pourtant bien expliquées par le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, de la protection actuelle de Ntaganda, l’Union européenne est prête à chercher des poux sur la tête de la Rdc, mieux des dirigeants congolais. Car, on ne voit pas le gouvernement congolais arrêter Bosco Ntaganda et le transférer à la Haye sans que les éléments du Cndp réfractaires à la paix y trouvent motif à reprendre la guerre. Que fera l’Union européenne, sinon financer les humanitaires pour gérer les camps des déplacés et déplorer les drames humanitaires, encourager l’opération « tolérance zéro » contre les auteurs des violences sexuelles là où le gouvernement est préoccupé de trouver des solutions pouvant détruire le mal à la racine.

Des mesures contre les Fdlr

Ue envisage de prendre de nouvelles mesures à l’encontre des Fdlr. Quelles étaient les anciennes mesures ? Peut-on les évaluer ? Et la condamnation de l’exploitation des ressources naturelles de la Rdc par les groupes armés ressemble à du déjà entendu. Malheureusement l’Union européenne n’a jamais pris des sanctions les multinationales exportatrices de ces ressources naturelles de la Rdc. Lorsqu’on s’attend à une aide conséquente de la communauté internationale pour éliminer les vraies causes du drame humanitaire à l’est de la Rdc, suggère aux autorités nationales et locales de renforcer la coopération afin de lutter contre les activités criminelles transfrontalières.

Il en est de même de la reforme du secteur de sécurité en cours dont il demande l’appropriation à la RDC, le soutien de l’organisation des élections locales que l’UE serait disposée à soutenir. Si les élections au niveau national n’ont pas permis de mettre fin à l’insécurité, on se demande que les élections locales puissent le faire. Dans cette situation, beaucoup de Congolais ne pourront pas voter. Et l’Ue se retrouve en plein discours qui ne cadre pas avec la situation actuelle du pays avec des institutions qui fonctionnent réellement. Elle estime que « Les problèmes de gouvernance, de manque de transparence et de violation des droits civils et politiques font gravement obstacle au processus de démocratisation et les autorités congolaises doivent y remédier ». Cette déclaration est sans fondement. Elle ne repose sur aucun fait, si ce n’est que sur les gesticulations et la mauvaise humeur de certains politiciens et de certaines Ong.

Toutes les autres recommandations de l’Ue , face à cette mauvaise foi qui transparaît de la mauvaise compréhension du problème congolais, deviennent des vœux pieux, de slogans creux. C’est le cas du fait que le conseil appelle la LRA au respect de son engagement de signer l’accord de paix définitif. Il s’alarme également pour les civiles qui n’ont cessé de faire les frais de l’insécurité en Province Orientale. Ainsi démontre-t-il la nécessité d’une approche globale dans le traitement du dossier Lra. Cela s’appelle ni moins ni plus, verser une larme de crocodile.

Joachim Diana G./L’Avenir


(Tkm/TN/GW/PKF)