Le gouvernement qui reconnaît qu’au premier semestre de l’année en cours l’objectif de croissance s’est maintenu à 2,7 % mise toutefois sur une amélioration de la conjoncture économique avec une croissance qui pourra s’élever à 2, 8 %.
A fin août 2009, l’objectif de croissance économique pour ladite année a été maintenu à 2,7%. La monnaie nationale s’est dépréciée de 9,5%, encouragée par une dégradation de la situation du Trésor. Ceci, en dépit des cessions des devises par voie d’adjudication pour un import de 39,0 millions Usd. Toutefois, le Gouvernement est toujours déterminé, et attend une amélioration de l’activité économique au second semestre, soit un taux de croissance de 8,5%.
La récession qui a débuté depuis le deuxième semestre 2008 en République démocratique du Congo s’est poursuivie au premier semestre 2009. L’indice trimestriel de l’activité a reculé de 4,6% et 1,3%, respectivement au premier et deuxième trimestre de l’année en cours. Ce recul de l’activité à fin mars tenait à la baisse de la demande internationale sur fond de pressions sur les marchés des biens et services ainsi que de change au plan intérieur, indique la Note de Conjoncture de la Banque centrale du Congo (BCC) de la mi-août à mi-septembre 2009.
En effet, depuis le mois de juillet, il s’observe de nouvelles tensions sur le marché tant de changes que des biens et services ; consécutives à l’aggravation du déficit public, base solde intérieur net, depuis fin juin. Ce déficit a été entièrement monétisé, impliquant expansion de la liquidité et de nouvelles pressions sur le taux de change et les prix intérieurs. Entre fin juin et 13 septembre, le niveau général des prix a augmenté de 6,2% et la monnaie congolaise s’est dépréciée de 10,1% par rapport au dollar américain. Aussi, à fin août, l’objectif de croissance économique pour 2009 a-t-il été maintenu à 27%. A cet effet, il est attendu une amélioration de l’activité au second semestre, soit un taux de croissance de 8,5%.
Finances publiques: une moins value de 97 milliards
Il sied de noter que les opérations financières du secteur public ont été exécutées dans un contexte manqué par la récession et la gestion des conséquences des conflits à l’Est du pays (pacification, sécurisation, réhabilitation des infrastructures de l’Est et intégration des forces ex-rebelles). La première situation a exercé un effet négatif sur la mobilisation des recettes, tandis que la deuxième s’est traduite par des pressions sur la dépense publique.
En ce qui concerne les recettes fiscales, une moins value de 3,0 milliards a été enregistrée dans la mobilisation des recettes de l’OFIDA, à la suite de l’amenuisement de l’assiette fiscale du fait de la baisse de l’activité économique. Pour la même cause, la DGI a mobilisé moins que prévu. En outre, pour la DGI, il faut également épingler pour une catégorie d’opérateurs politiques, le versement de l’impôt professionnel sur les revenus (IPR).
Du côté des recettes pétrolières, ces recettes ont enregistré un écart défavorable à la suite de la récupération du reliquat de 5,2 millions Usd par les opérateurs du secteur, à la suite de la volatilité du cours international du baril.
Pour rappel, les pétroliers avaient l’habitude d’effectuer chaque mois des paiements anticipatifs sur base des prévisions des cours historiques. Ainsi, suite à la volatilité de cours en 2008, les versements ex-post des pétroliers auraient largement dépassé les montants dus ex ante pour un import de 49,9 millions Usd. Les pétroliers ont donc procédé à la récupération d’office de 44,7 millions Usd sur leurs obligations du premier semestre 2009. Le reliquat de 5,2 millions Usd devrait être récupéré sur les paiements attendus au second Semestre.
La BCC exige sa subvention d’équilibre
Au 4 septembre 2009, le résultat de trésorerie de la BCC se chiffre à 42,9 milliards de CDF. En prenant en compte la subvention d’équilibre non versée par le Trésor, le dépassement serait de 29,2 milliards. Ce résultat découle de la non prise en compte des intérêts à percevoir sur le Trésor, au titre des avances lui accordées depuis avril 2009 à ce jour, soit un montant de 13,8 milliards de CDF; l’expansion du coût de la politique monétaire résultant tant des changes liées au remboursement des Billets de Trésorerie à des taux d’intérêts exorbitants (65% l’an) que de la production, de l’importation et du transport des signes monétaires.
Mais en prenant en compte les intérêts dus par le Trésor, le dépassement serait de 15,6 milliards correspondant à une création nette de monnaie due à la concurrence. Selon la Note de Conjoncture, les excédents de liquidité encore en circulation au sein de l’économie seraient d’environ 22,1 milliards de CDF. Une situation expliquée par des tensions existantes actuellement sur les différents marchés.
Toujours au sujet de la Banque centrale, notons que la détérioration des comptes courants et de capital de la Balance des paiements a sensiblement affecté les réserves brutes de change de la BCC et des banques agréée au premier trimestre. Pour la BCC, ses réserves ont baissé de 62,3% au 25 mars 2009. Le décaissement de la Facilité de Protection contre les chocs exogènes (FPCE) intervenu le 30 mars 2009 a relevé le niveau des réserves de la BCC à 264,6 millions USD au 31 mars. A fin juin, les réserves ont atteint 315,0 millions. En ce qui concerne les banques, une diminution de 10,2% de leurs réserves de change a été enregistrée au premier trimestre de l’année en cours.
La reconstitution de leurs réserves a fait suite à la reprise de l’activité sur le plan international, et éventuellement aux achats des devises offertes par la BCC. A cet effet, les réserves des banques ont augmenté de 60,3 millions USD à fin juin, les situant à 324,89 millions. Au 28 août 2009, les réserves internationales se sont établies à 887,85 millions de USD, soit une couverture d’importation d’environ 7 semaines. Cette augmentation sensible des réserves internationales résulte de l’augmentation des allocations de DTS équivalent à 250 milliards USD, pour épauler les réserves des changes de 186 Etats membres du FMI. La Rdc a alors bénéficié de 621,4 millions USD.
De la hausse générale des prix
Selon une étude de la BCC, dans une économie pratiquant le régime des changes flottants et où l’essentiel des biens et services est importé, la détérioration de la position extérieure impliquer à la dépréciation monétaire et, par effet d’osmose, la hausse du niveau général des prix. Dans une situation de desépargne publique, les dépenses de consommation étant supérieures aux recettes sur ressources propres, le solde budgétaire intérieur va se dégrader.
Il s’en suit que l’investissement sera supérieur à l’épargne, l’Etat étant le principal agent économique dans les pays en voie de développement. Mais dans une économie dépourvue de marchés financiers, la dégradation du solde intérieur impliquera le recours au financement monétaire. D’où expansion de la masse monétaire, dépréciation du taux de change et hausse du niveau général des prix.
Compte tenu des rigidités attachées à la réalisation de la production exportable (voies de communication défectueuses, goulots d’étranglements divers,…), la dépréciation monétaire ne se traduit pas par une hausse de la compétitivité des exportations. Par contre, le coût des importations, du fait de la dépréciation du taux de change, va augmenter. Il en résultera une dégradation de la position extérieure. Dans ce cas, le déséquilibre externe découlera du choc externe d’origine interne.
Quelles perspectives ?
En vue de consolider l’amélioration récente de la situation financière et revigorer la vigueur de la reprise de l’économie réelle, la nécessité de poursuivre l’assainissement du secteur financier reste de mise. En effet, l’obstacle de désendettement persiste encore aux avancées observées en matière de rétablissement de la solvabilité des banques. D’où le besoin d’alignement de la réglementation avec les mesures d’incitation dans le secteur financier pour garantir une surveillance plus étroite et une meilleure gestion des risques.
En outre, il appartiendra aux gouvernements d’examiner et de moderniser leurs politiques nationales et d’améliorer la coordination internationale afin de renforcer les conditions de la croissance économique. C’est notamment dans ce cadre que oeuvre l’Association des Banques Centrales Africaines (ABCA), militante de la convergence macroéconomique et intégration monétaire africaine. Pour le reste de l’année en ce qui concerne la Rdc, des efforts doivent être consentis afin d’assurer la stabilité macroéconomique et de garantir la conclusion d’un programme formel.
Cette conclusion du programme avec les Institutions de Bretton Woods ne lève d’une obligation ardente pour baliser la voie à atteindre du point d’achèvement et mobiliser le financement concessionnel du développement économique à travers la reconstruction des infrastructures et l’industrialisation, condition nécessaire pour la diversification de l’économie.
Ainsi, la contrainte consistera en la gestion ordonnée, hiérarchisée et planifiée des ressources tant renouvelables que non-renouvelables du pays. A cet effet, il serait indispensable de respecter strictement le Plan de Trésorerie du secteur public et de poursuivre avec la mise en oeuvre d’une politique monétaire prudente. Par ailleurs, l’embellie du contexte économique international devrait permettre la réalisation d’un taux de croissance d’environ 7,5% sur la deuxième moitié de l’année, dans un contexte d’amélioration de l’indice des termes de l’échange, suite à la tendance haussière mais, timide des cours des produits miniers base des exportations et au recul des prix des produits alimentaires importés.
Jean-Marie Nkambua/L’Avenir
(TH/DN/PKF)